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Covid-19: combien de temps le couvre-feu à 18h va-t-il rester en vigueur?

Face à la relative stabilité des chiffres de l'épidémie, certains réclament déjà un allègement des mesures restrictives.

Faut-il relâcher la pression ou resserrer les contraintes? Plus d'un mois après la généralisation du couvre-feu à 18h, la lassitude des Français se fait sentir. Face à ce statu quo gouvernemental qui dure, des élus réclament la fin de cette mesure.

Sur les réseaux sociaux, certains s'interrogent sur la date de sortie du couvre-feu. "Le couvre-feu, c'est pour la vie là? On dirait ils nous ont oublié (sic)", tweetait notamment une internaute mercredi. Un message repartagé près de 33.000 fois sur Twitter, et "liké" à près de 120.000 reprises.

Le dilemne du gouvernement

À l'approche des beaux jours, le couvre-feu pourrait de plus en plus difficile à faire respecter. La semaine passée, quelque 50.000 verbalisations ont eu lieu sur l'ensemble du territoire: un chiffre en hausse de 11% par rapport à la semaine précédente. Par conséquent, les contrôles vont être renforcés ce week-end, la préfecture de police de Paris prévoit de déployer par exemple 700 agents supplémentaires en Île-de-France.

"L'heure n'est pas au relâchement", a prévenu Olivier Véran jeudi lors de sa conférence de presse hebdomadaire, faisant valoir que "rien ne serait pire que de lever les contraintes au mauvais moment, trop tôt".

Sur le plan de la communication, le gouvernement est pris en étau entre deux impératifs ces derniers jours: d'un côté, l'exécutif souhaite donner des perspectives et de l'espoir aux Français. De l'autre, il souhaite calmer les ardeurs des Français qui souhaiteraient relâcher la pression trop tôt, afin d'éviter une nouvelle flambée épidémique. Alors, faut-il resserrer la vis ou alléger les restrictions? Pour l'instant, l'éxecutif refuse de se prononcer. "Il est encore trop tôt pour trancher", selon Emmanuel Macron, qui considère qu'"on y verra plus clair d'ici 8 à 10 jours".

"Le couvre-feu ne doit pas être banalisé"

Ces derniers jours, des voix commencent à se lever au sein de l'opposition et de l'opinion publique pour demander jusqu'à quand le couvre-feu à 18h va être maintenu.

"Le couvre-feu n'est pas une mesure qui doit être banalisée, comme une routine qui se perpétue", a notamment critiqué François Ruffin, député de la Somme, ce vendredi sur BFMTV. L'élu reproche à l'exécutif de n'avoir fixé "ni cap, ni horizon, ni agenda".

"C'est une mesure exceptionnelle, qui répond certes à un état exceptionnel, mais on ne peut pas la banaliser. C'est quelque chose d'inédit dans notre Histoire, et il ne faut pas que ça se perpétue comme ça, sans que ce soit tranché démocratiquement et sans discussion autour", a poursuivi le député qui siège avec La France insoumise.

Au début de la pandémie, "on était pris par surprise et on agissait dans l'urgence, donc on pouvait comprendre", note François Ruffin. "Mais aujourd'hui, que ce soit le chef de l'État tout seul qui vienne décider des mesures à prendre... c'est lié à un manque de discussion démocratique".

Même son de cloche du côté du maire "Libres" de Clamart, dans les Hauts-de-Seine. Interrogé sur BFMTV ce jeudi soir, Jean-Didier Berger estime qu'"avoir un calendrier à l'avance aurait été beaucoup plus facile (pour les Français). "Car je constate sur le terrain qu'il y a une forme d'usure psychologique très forte de nos concitoyens".

Mais de son côté, le gouvernement n'est pas prêt à lâcher du lest. Il redoute toujours une reprise épidémique: "la situation est fragile" et "un rien peut la faire basculer", répète-t-on au sommet de l'État. Gabriel Attal juge "important" que le couvre-feu à 18h "reste en place et continue d'être respecté" car il "a permis de stabiliser la situation sanitaire". "Nous pourrions "payer très cher toute forme de relâchement", a répété le porte-parole du gouvernement au terme du conseil de défense sanitaire puis du conseil des ministres mercredi.

En novembre dernier, le gouvernement avait fixé à 5000 le seuil du nombre de nouveaux cas quotidiens à atteindre pour pouvoir envisager un allègement des mesures de restriction. Or, si la situation sanitaire reste relativement stable, l'objectif est loin d'être atteint. Les chiffres demeurent à un niveau encore très haut, avec plus de 22.000 nouveaux cas confirmés dans les dernières 24 heures et une tension toujours forte sur les hôpitaux (plus de 25.000 patients hospitalisés dont plus de 3300 en réanimation ce vendredi).

Une situation jugée "fragile" face aux variants

La progression des nouveaux variants inquiète encore dans plusieurs régions, comme en Moselle, autour de Dunkerque (Nord) ou encore à La Réunion, où le gouvernement a annoncé des moyens et mesures de restrictions renforcés. Il y a encore deux semaines, les Français s'attendaient à être soumis à un troisième confinement strict avant que le gouvernement ne décide finalement de se laisser "une dernière chance". Dans la presse, les scientifiques et les soignants appellaient même l'exécutif à prendre des mesures plus strictes pour endiguer l'épidémie.

"On est sur un plateau élevé et ça n'est pas bien. L'objectif, c'est moins de 5000 cas par jour, donc on est loin, loin, loin!", regrettait ainsi sur LCI ce vendredi le professeur Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à l'hôpital parisien Pitié-Salpêtrière et partisan affiché d'une stratégie "zéro Covid" passant par un reconfinement.

Pour certains médecins, la menace d'une explosion du nombre de cas plane toujours, particulièrement en raison des variants. Le professeur Imad Kansau, infectiologue à l'hôpital Antoine Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine), faisait remarquer fin janvier sur BFMTV que "les courbes épidémiologiques" n'avaient pas changé: "on a exactement les mêmes estimations, les mêmes projections qu'au mois de janvier, mais le gouvernement a choisi de ne pas tabler sur ces projections".

Dans les colonnes du Parisien, l'infectiologue Denis Malvy, membre du Conseil scientifique et praticien au CHU de Bordeaux, met en garde face à l'apparente stabilité des chffres. "Nous sommes dans un entre-deux" avec la montée en puissance des variants. "Pendant ce temps il y a un flou et comme nous sommes tous fatigués nous nous y raccrochons. Mais attention à ce trompe-l'oeil qui peut nous rendre trop optimistes et nous faire baisser la garde. Aujourd'hui, nous sommes dans l'incertitude", concluait le médecin.

Pendant ce temps, la campagne de vaccination, principal espoir d'un retour à une vie normale, se poursuit en France comme dans le reste de l'Europe. Après un démarrage très critiqué fin décembre, la France a passé jeudi la barre du million de personnes ayant reçu deux doses et donc pleinement vaccinées contre le Covid-19. Près de 2,5 millions de personnes ont reçu au moins une dose.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV