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Covid-19: 5000 cas par jour et 3000 personnes en réanimation d'ici le 15 décembre, est-ce réaliste?

"5000 cas par jour", "2500 à 3000 personnes en réanimation" d'ici le 15 décembre, est-ce jouable ?

"5000 cas par jour", "2500 à 3000 personnes en réanimation" d'ici le 15 décembre, est-ce jouable ? - BFMTV

Le chef de l'État a fixé ce mardi des objectifs chiffrés à atteindre d'ici afin d'alléger un peu plus le confinement. Ces chiffres sont-ils réalistes étant donné les indicateurs actuels de l'épidémie?

Au moment de l'annonce de l'allègement du confinement, Emmanuel Macron a fixé un nouvel objectif aux Français. "Le 15 décembre, si nous sommes bien arrivés autour des 5000 contaminations par jour et environ 2500 à 3000 personnes en réanimation, nous pourrons alors franchir un nouveau cap", a déclaré le président de la République lors de son allocution télévisée.

Si ces objectifs sont atteints, "alors le confinement pourra être levé", a-t-il indiqué, et remplacé par un couvre-feu sans restrictions de déplacements.

Ces seuils sont-ils réalistes? Commencons par le nombre de cas. Ces derniers jours, les autorités détectent environ 15.000 cas quotidiennement. La semaine dernière, entre le 11 et le 18 novembre, la fourchette se situait plutôt entre 20 et 25.000 cas quotidiens. Lors du pic de la seconde vague - fin octobre, début novembre - on dépassait parfois les 50.000 cas par jour.

1er objectif: 5000 nouveaux cas par jour

L'infographie ci-dessous montre l'évolution du nombre moyen de cas sur 7 jours depuis le mois d'août. La ligne rouge montre cet objectif fixé par le gouvernement au 15 décembre: 5000 nouveaux cas par jour. Ce seuil se rapproche de la situation du pays fin août.

"Le virus circule toujours, donc atteindre 0 contaminations par jour est irréaliste", a commenté ce mercredi sur BFMTV Djillali Annane, chef du service réanimation à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches. "Il faut trouver une valeur qui permet de relâcher toute tension sur les services de santé. Le seuil des 5000 cas par jour paraît relativement raisonnable."

Interrogé sur Europe 1, le spécialiste de la modélisation des épidémies au CNRS Jean-Stéphane Dhersin abonde et pense que ce seuil devrait être atteint avant Noël "à condition qu'il n'y ait pas de relâchement":

"Si on continue la descente telle qu'on la voit actuellement, au 1er décembre, on sera à un peu plus de 10.000 cas. Donc il faudra attendre une dizaine ou une quinzaine de jours supplémentaires pour atteindre les 5000 cas."

En théorie, le télétravail doit rester généralisé, les rassemblements sont toujours interdits, les commerces rouvrant leurs portes doivent appliquer un protocole sanitaire plus strict (8 m² par client, file d'attente en extérieur). L'ensemble de ces mesures sont donc censés limiter le nombre de nouvelles contaminations.

D'autres experts sont cependant plus pessimistes, comme le président du Conseil scienfique Jean-François Delfraissy qui, vendredi dernier dans Le Monde, tablait plutôt sur 5000 cas par jours "après Noël, voire début janvier".

2e objectif: "2500 à 3000" patients en réanimation

L'infographie ci-dessous montre l'évolution du nombre de patients en réanimation depuis le mois de mars. Jeudi 26 novembre, 4006 personnes étaient hospitalisés en soins intensifs en raison du Covid-19. Un chiffre en baisse depuis plusieurs jours: ils étaient 4637 le 19 novembre, une semaine plus tôt. Avec une telle décrue, le deuxième objectif fixé par Emmanuel Macron, "entre 2500 et 3000" patients en réanimation, semble-t-il réalisable?

La seconde vague est pour le moment moins violente que prévue pour les services de réanimation. Le 28 octobre, Emmanuel Macron affirmait que "quoi que nous fassions, près de 9000 personnes seront en réanimation mi-novembre". Le pic a pourtant été atteint le 16 novembre avec "seulement" 4903 patients en soins intensifs.

Une deuxième vague différente de la première

Des chiffres plus faibles que ceux du printemps. Le 8 avril, 7019 personnes étaient en réanimation. Moins d'un mois plus tard, le 5 mai, elles n'étaient plus que 3375, soit deux fois moins. Si la courbe de la deuxième vague suivait une trajectoire similaire à celle de la première vague, l'objectif du 15 décembre fixé par Emmanuel Macron serait atteint.

Durant cette deuxième vague, moins de patients sont admis en soins intensifs qu'au printemps, nous expliquait l'épidémiologiste Catherine Hill il y a quelques jours dans le cadre d'un autre article:

On a actuellement le même nombre de patients à l'hôpital que pendant la première vague (environ 33.000, NDLR) mais moins de patients en soins intensifs (7019 le 8 avril, 4903 le 16 novembre, NDLR). Donc oui, on met moins de gens en réanimation. Cela s'explique notamment par le fait qu'on gère mieux la détresse respiratoire aïgue maintenant qu'au début de l'épidémie.

Si les objectifs fixés par le chef de l'État semblent réalistes, il est cependant impossible d'assurer à ce stade qu'ils seront bien atteints. Le "déconfinement allégé" pourrait générer des clusters et relancer l'épidémie en quelques jours, faisant ainsi remonter les courbes des cas, puis des réanimations. L'exécutif a donc multiplié les appels à la prudence lors de ses interventions.

Louis Tanca Journaliste BFMTV