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Covid-19: pourra-t-on vraiment éviter un reconfinement?

Le gouvernement a surpris, fin janvier, en estimant avoir "encore une chance d'éviter le confinement". Mais ces derniers jours, les membres du gouvernement laissent même entendre que la France pourrait échapper à un troisième confinement strict.

En à peine deux semaines, le gouvernement a radicalement changé de ton sur la stratégie à adopter pour freiner l'épidémie de Covid-19 en France. À la mi-janvier, l'exécutif semblait prêt à prendre des mesures lourdes afin de prévenir une propagation massive des variants sur le territoire. Puis à la surprise générale, Jean Castex annonçait le 29 janvier vouloir se laisser "une dernière chance" avant d'éviter un nouveau confinement.

Et depuis ce jour, les membres du gouvernement suggèrent un à un dans les médias qu'un confinement n'est plus inéluctable. C'est ce qu'a d'abord déclaré Gabriel Attal mercredi dernier à la sortie du Conseil des ministres. "La situation reste fragile" mais elle "est entre nos mains", a-t-il lancé, soulignant que le gouvernement était engagé dans une "mobilisation nationale pour éviter un reconfinement", considéré comme une "mesure d'ultime recours".

Le gouvernement joue la montre

Une ligne répétée le lendemain par le Premier ministre, pour qui "la situation ne justifie pas à ce jour (jeudi 4 février)" un nouveau confinement. L'exécutif rappelle toutefois qu'il n'hésiterait "pas à prendre (ses) responsabilités" en cas de "dégradation forte et rapide" des indicateurs sanitaires en raison de l'épidémie de Covid-19. Et d'ajouter: "l'objectif que nous devons nous fixer, ce n'est pas de retarder cette échéance, c'est de tout mettre en oeuvre pour l'éviter".

Enfin, Olivier Véran a créé la surprise ce mardi matin sur Franceinfo, en lâchant la phrase: "Il est évidemment possible qu'on ne soit jamais reconfinés", avant de développer: "Le confinement est un choix de nécessité lorsque la situation épidémique nous échappe. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas"; a développé le ministre de la Santé.

"Le changement de ton d'Olivier Véran est réel", souligne à l'antenne de BFMTV l'éditorialiste politique Bruno Jeudy. "La ligne politique, ce n'est plus 'on ne sait pas trop, on est prudents'. Dans cette interview, Olivier Véran ouvre éventuellement la porte à une possible réouverture des musées, donc il va encore plus loin. Désormais, on prend en compte d'autres indicateurs: des facteurs psychologiques, des éléments de bien-être collectif, pour dire que le reconfinement ne peut plus être la solution à elle seule".

"La doctrine du gouvernement n'est plus de regarder les chiffres sur la quinzaine mais au jour le jour... Et si emballement soudain des chiffres il y avait, alors un reconfinement pourrait alors être décrété. Mais on voit bien qu'aujourd'hui l'exécutif est dans une sorte de course contre la montre: chaque semaine gagnée, c'est ça de pris pour l'économie, notre bien-être à tous, sans oublier la campagne vaccinale qui avance petit à petit", analyse encore l'éditorialiste.

Mises en garde à répétition des scientifiques

Ces trois dernières semaines, les chiffres du Covid restent sur un plateau élevé mais relativement stable au niveau national: le nombre de nouveaux cas quotidiens n'augmente pas de manière significative, et le nombre de patients hospitalisés non plus. Le taux d'incidence, lui, a diminué en deux semaines à l'échelle nationale.

Mais les soignants, en première ligne face à l'épidémie, ne sont pas aussi optimistes, et ils ne cachent plus leur inquiétude face à ce statu quo politique. Pour eux, la menace d'une explosion du nombre de cas plane toujours, particulièrement en raison des variants.

"Le risque qu'il y ait un confinement n'a pas changé, il guette", estimait également sur notre antenne le professeur Imad Kansau, infectiologue à l'hôpital Antoine Bécière de Clamart (Hauts-de-Seine) le 28 janvier. "Les courbes épidémiologiques des confrères qui travaillent de très près là-desus n'ont pas changé: on a exactement les mêmes estimations, les mêmes projections, mais le gouvernement n'a pas tablé sur ces projections, il a fait comme il souhaitait".

"Il ne faut plus avoir peur d’un confinement total"

Dans une tribune publiée ce mardi sur le site du journal Le Monde, le directeur médical de crise de l'AP-HP Bruno Riou demande de son côté un reconfinement rapide. Il redoute une accélération de la propagation des variants du coronavirus: "inéluctablement, il (le variant anglais) deviendra prédominant dans quelques semaines sans que personne n’imagine sérieusement pouvoir limiter ce processus".

"Il ne faut plus avoir peur d’un confinement total", écrit le professeur dans les colonnes du quotidien, "à condition qu’il soit de courte durée: c’est la seule stratégie qui a démontré son efficacité dans de nombreux pays, y compris le nôtre, en attendant qu’une proportion suffisante de la population soit vaccinée, ce qui ne sera effectif que dans plusieurs mois."

Le professeur Christophe Rapp, infectiologue à l'hôpital américain de Paris et consultant de BFMTV, avait qualifié le 30 janvier la décision de ne pas reconfiner de "pari sanitaire risqué", estimant que "les chiffres étaient quand même très limites, la situation fragile et les mesures envisagées ne me paraissent pas extrêmement faciles à contrôler".

Pour le professeur Djilalli Annane, chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond-Poincaré à Garches (Hauts-de-Seine), "la réalité est très claire dans les services hospitaliers aujourd'hui: tous les services sont en tension, en Île-de-France tout particulièrement depuis quelques jours. Donc si la capacité hospitalière devient très compliquée en région parisienne, c'est un indicateur de la pression très forte que cause l'épidémie aujourd'hui."

Les membres du Conseil scientifique, dont le professeur Arnaud Fontanet, tablent sur un remplacement du virus initial par son variant anglais d'ici le mois de mars. "Le variant deviendra majoritaire autour du 1er mars", a fait savoir l'épidémiologiste ce lundi. Selon lui, la décision de prendre "d'éventuelles nouvelles restrictions" dépendra de "notre capacité à contrôler la progression du variant anglais".

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Reconfinement

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV