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Coronavirus: où en sommes-nous une semaine avant la fin du confinement?

A une semaine du délicat déconfinement qui doit débuter en France, des signaux encourageants dans la lutte contre la propagation du Covid-19 permettent d'aborder plus sereinement cette échéance. Mais d'importantes questions et inquiétudes subsistent, au risque même de repousser cette date capitale. Tour d'horizon de la situation.

C'est un horizon lointain et incertain, autant espéré que redouté. A près d'une semaine du déconfinement progressif qui doit s'amorcer en France, nombreuses sont les questions à persister. A commencer par cette fameuse date du 11 mai: sera-t-elle maintenue ou risque-t-elle d'être repoussée? Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a lui-même de nouveau averti, dans le Parisien daté de ce jour, que le déconfinement pourrait être décalé si les Français se relâchaient trop fortement avant cette échéance. Comprendre: si le nombre de nouveaux malades repartait à la hausse.

  • Les signaux positifs

Avant d'aborder cette délicate mission, la lente amélioration dans la lutte contre le coronavirus apparaît comme un bon signe, mais qu'il faudra d'autant plus réussir à préserver avec l'assouplissement souhaité. Pour preuve, les chiffres dévoilés ce samedi soir par la Santé: la pression sur les lits de réanimation continue à s'amoindrir, avec 51 patients atteints du Covid-19 en moins entre vendredi et samedi. Le virus a causé la mort de 166 personnes durant de cette période, un nombre toujours aussi dramatique mais loin cependant des centaines de morts quotidiennes il y a encore quelques semaines.

La carte de France a encore "verdi" un peu plus samedi avec de nouveaux départements, six au total, désormais dans le vert, les tensions sur le système hospitalier diminuant. Dans ces départements, 47 au total, une moindre présence du virus permettra d'organiser un déconfinement plus large.

  • De nouvelles mesures pour ne pas baisser la garde

Le gouvernement n'entend pas néanmoins baisser la garde et il a annoncé samedi la prolongation de l'état d'urgence sanitaire jusqu'au 24 juillet. Celle-ci ne pouvant être autorisée que par la loi, le texte sera examiné à partir de lundi au Sénat puis du lendemain à l'Assemblée nationale.

Comme prévu, le gouvernement a rendu obligatoire une "quatorzaine" pour les personnes arrivant sur le territoire national, dont les conditions de mise en oeuvre doivent être arrêtées dans les jours à venir, et un isolement si elles sont malades.

En revanche, pour les personnes testées positives qui se trouvent déjà sur le territoire, le gouvernement "n'a pas pris de dispositif législatif pour imposer l'isolement", a détaillé le ministre de la Santé Olivier Véran, comptant sur "l'esprit de responsabilité des Français".

  • Comment tracer les malades?

Le gouvernement est également resté prudent sur le traçage des malades, un sujet extrêmement sensible. L'application controversée StopCovid ne sera ainsi pas disponible le 11 mai.

Seront en revanche actives des "brigades" devant permettre l'identification des "cas contacts" des personnes testées positives.

  • Quid des écoles?

De très nombreuses interrogations subsistent néanmoins sur l'après-11 mai, essentiellement autour de la réouverture des écoles, qui laisse encore perplexes nombre de parents et d'enseignants.

La "majorité des écoles" maternelles et primaires seront au rendez-vous du 11 mai, a assuré le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer, avec un maximum de 15 enfants par classe. Et pour les accueillir, les écoles devront respecter un protocole sanitaire très strict : lavage de mains répétés, jeux proscrits, désinfection du matériel, sens de circulation marqué au sol... un vrai casse-tête, surtout en maternelle, font valoir certains enseignants.

Ainsi à Lyon, aucune date de rentrée n'a été fixée pour les élèves de petite et moyenne section de maternelle. "Les mesures de distanciation et les gestes barrières étant très complexes à mettre en oeuvre", a justifié la mairie de Lyon dans un communiqué. Idem à Nantes où la maire Johanna Rolland a d'ores et déjà prévenu qu'il ne serait "pas possible" que tous les enfants retournent à l'école le 11 mai.

  • Du télétravail autant que possible, notamment en Île-de-France

Le 11 mai ne signifiera pas un retour au travail pour tous. Comme évoqué par le couple exécutif à de plusieurs reprises, le télétravail reste encouragé pour ceux qui en ont la possibilité. Objectif: éviter de voir les transports en commun bondés, alors que leur trafic ne sera pas assuré à 100%, et que faire respecter les règles de distanciation sociale s'annonce être un véritable casse-tête.

La crainte est grande en Île-de-France où la présidente de la région, Valérie Pécresse, demande expressément que les salariés aujourd'hui en télétravail ne retournent pas au bureau le 11 mai pour éviter l'engorgement du métro ou du RER.

  • Tensions autour de la vente et le port de masques

Autre source de tension en prévision du 11 mai: la vente des masques dont le port sera obligatoire dans les transports publics. A dix jours du déconfinement, le gouvernement a décidé de plafonner le prix de vente des masques chirurgicaux à 95 centimes l'unité, mais pas celui des masques en tissu, en raison de la diversité des modèles et de leur provenance.

La polémique face à une hausse attendue de l'offre de masques continue de battre son plein. La grande distribution s'est une nouvelle fois défendue samedi d'avoir constitué des "stocks cachés" de masques à usage unique, une polémique "nulle" pour le patron du groupe Leclerc, "insensée" pour celui de Système U.

Les Ordres des professions de santé se sont offusqués dans un texte cinglant du nombre "sidérant" de masques annoncés à la vente par la grande distribution à partir de lundi: "100 millions par ici, 50 millions par là. Qui dit mieux ? C'est la surenchère de l'indécence."

Jérémy Maccaud avec AFP