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Coronavirus: ne pas porter de masque, la "grande erreur" de la France et des pays occidentaux?

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Dans un long entretien accordé à la revue américaine Science, le directeur général du Centre chinois de contrôle et de préventions des maladies, Georges Gao, revient notamment sur la gestion de la crise par la Chine.

Alors que la pandémie due au nouveau coronavirus s'accélère en Europe et aux États-Unis, la façon dont la Chine, foyer originel, a géré l'épidémie est l'objet de nombreuses questions. Dans un entretien accordé mi-mars à la revue américaine Science, traduit et publié ce mardi par Le Monde, Georges Gao, directeur général du Centre chinois de contrôle et de préventions des maladies, est interrogé sur les "erreurs" commises par les pays occidentaux dans leur réponse sanitaire.

D'après ce scientifique, "la grande erreur aux États-Unis et en Europe est (...) que la population ne porte pas de masque" afin d'empêcher la propagation du Covid-19

"Ce virus se transmet par les gouttelettes respiratoires, de personne à personne. Les gouttelettes jouent un rôle très important, d’où la nécessité du masque – le simple fait de parler peut transmettre le virus", poursuit-il. 

Georges Gao le rappelle, "de nombreux individus atteints sont asymptomatiques, ou ne présentent pas encore de symptômes". "Avec un masque, on peut empêcher les gouttelettes porteuses du virus de s’échapper et d’infecter les autres", explique-t-il. 

En France, la gestion du "manque" de masques

Confrontés à une pénurie de masques en France, l'exécutif et le Conseil scientifique qui l'épaule ont été contraints de gérer l'urgence: à l'inverse des pays asiatiques où leur port était plus généralisé, les autorités sanitaires françaises ont assuré que les masques devaient être réserves exclusivement aux soignants. "Ces masques sont mal portés, "ces masques sont mal utilisés" par le grand public, avait argué Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé.

Interrogé sur les critiques de Georges Gao, Pierre-Louis Druais, médecin généraliste et membre du Conseil scientifique, reconnaît volontiers qu'il y a un "manque" de masques et défend une approche "pragmatique".

"Aujourd’hui doivent porter des masques tous les professionnels de santé et toutes les personnes qui travaillent pour maintenir la France à flots, et qui sont avec des risques parce qu’en contact avec des patients potentiellement atteints", a-t-il affirmé sur BFMTV ce mercredi.

Avec à l'esprit, dit-il, hormis le secteur hospitalier, les forces de l'ordre ou encore les services de propreté qui assurent la collecte des ordures. "Tous ces gens là doivent être protégés", insiste Pierre-Louis Druais. Quant aux patients fragiles qui ont envie de se protéger ou de protéger les autres, il les encourage à le faire, mais plutôt avec des masques chirurgicaux, et non pas des FFP2, destinés aux personnels soignants car plus protecteurs. 

"Quand je vois que dans les services de réanimations on manque de FFP2 et que je les vois circuler avec des gens qui sont dans leur voiture tous seuls, je m’interroge sur la logique de tout ça, sur le sens civique", déclare Pierre-Louis Druais.

"Les FFP2, réservez-les, si vous en avez en stock donnez-les dans les pharmacies, dans les hôpitaux", ajoute-t-il. 

"Personne ne veut provoquer une panique"

Pour autant, la gestion de Pékin, accusé d'avoir sous-estimé le bilan humain de l'épidémie, interroge. Questionné par Science sur le retard qu'aurait pris la Chine à partager le génome du virus, dont c'est le Wall Street Journal qui a révélé l'existence le 8 janvier, Georges Gao botte en touche:

"Nous nous sommes empressés de partager l’information avec la communauté scientifique, mais c’est un sujet de santé publique, et nous devions donc attendre l’annonce des pouvoirs publics. Personne ne veut provoquer une panique, n’est-ce pas?"

Autre sujet sur lequel la gestion chinoise suscite des interrogations, le délai qu'il a fallu attendre avant que Pékin n'affirme, le 20 janvier, que le SARS-CoV-2 se transmet par voie humaine. "Nous n’avions pas encore de données épidémiologiques détaillées", défend Georges Gao. 

"Nous étions confrontés depuis le début à un virus violent et sournois. C’est la même chose en Italie et dans le reste de l’Europe, et aux États-Unis. 'C’est juste un virus', voilà ce que les scientifiques, comme tous les autres, se sont dit au début", juge-t-il.
Jules Pecnard