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Coronavirus: les masques peuvent-ils devenir gratuits en France?

Pour les ménages les plus fragiles, l'obligation du port du masque induit des dépenses supplémentaires. L'État a annoncé la mise en place d'une gratuité partielle.

Depuis ce lundi, le port du masque est maintenant obligatoire dans les lieux publics clos sur l'ensemble du territoire. Cette mesure, prise en concertation avec le Conseil scientifique, est censée réduire la propagation du Covid-19 en France, où plusieurs signaux inquiétants de reprise ont été recensés ces dernières semaines.

Une décision de santé publique qui soulève toutefois plusieurs questions. Depuis le début du déconfinement, les Français consacrent en moyenne une cinquantaine d'euros mensuels à ce dispositif, qui était jusque-là uniquement imposé dans les transports en commun. Un chiffre qui devrait logiquement augmenter avec ces nouvelles dispositions, et qui pourrait mettre les foyers les plus fragiles dans une position délicate.

La question "se pose en urgence"

Ainsi, la question de la gratuité des masques "se pose en urgence" pour Olivier Gayraud, juriste à l’association Consommation, logement, Cadre et Vie, invité à l'antenne de BFMTV.

"Cela occasionne un coût supplémentaire. Le masque est plafonné à 95 centimes, cela fait 30 euros par mois, à multiplier par deux si vous changez en cours de journée, puis par le nombre de membres d'une même famille. [...] C'est profondément injuste que les gens qui n'ont pas les moyens soient sanctionnés (une amende de 135 euros est prévue pour les contrevenants, ndlr), il faut des mesures extrêmement urgentes à mettre en place", estime-t-il.

En moyenne, pour une famille de quatre personnes, l'usage de masques chirurgicaux représente un budget de 228 euros par mois. Il faut compter 96 euros pour des masques lavables.

Vers une allocation pour les plus fragiles?

Ce discours fait d'ailleurs écho chez bon nombre de Français. Interrogés par BFMTV, plusieurs Parisiens estimaient qu'un "geste" des autorités était nécessaire. "Pas (une prise en charge) à 100%, mais une aide", précisent-ils encore.

Pour Olivier Gayraud, cette dernière pourrait prendre la forme d'une "allocation" pour les publics fragiles, ainsi que par une mise à disposition simplifiée.

"Il faut débloquer rapidement une aide mensuelle qui touche ceux qui en ont besoin. Les gens fragiles, nous savons les identifier en France, le plus simple est de leur permettre de s’approvisionner où c’est facile pour eux", précise-t-il encore.

Véran et Delfraissy réagissent

L'idée de la gratuité du masque, du moins pour une partie de la population, commence d'ailleurs à faire son chemin parmi les autorités sanitaires et certains membres du gouvernement.

Invité ce matin sur les antennes de BFMTV et RMC, Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, s'est dit en faveur de la gratuité pour les personnes les plus fragiles.

"Le Conseil scientifique a beaucoup insisté dans ses derniers avis sur les personnes fragiles, qui sont en situation de précarité ou à la limite. On a beaucoup insisté pour que l'ensemble des moyens pour se protéger contre le coronavirus leur soit donné, avec une forme de gratuité", a-t-il expliqué.

Quelques heures plus tard, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a également évoqué le sujet devant l'Assemblée nationale, soulignant les mesures déjà mises en place depuis plusieurs semaines.

"L’État a tôt distribué 5 millions de masques gratuits par semaine, via les CCAS et les communes. Nous allons réenclencher cette distribution pour le public précaire, notamment celui qui bénéficie de la complémentaire santé solidaire. Par ailleurs, 2 millions de Français, ceux qui sont porteurs de fragilités, peuvent se faire rembourser les masques chirurgicaux sur prescription en pharmacie. Des masques, nous en avons en quantité et nous appelons les Français à les porter massivement", a-t-il assuré.

Les pharmaciens prêts

En cas de mise en place effective de la gratuité des masques, totale ou partielle, les pharmaciens devraient être au centre du dispositif.

"On en parle depuis quasiment un mois avec les pouvoir publics. On distribue déjà des masques gratuitement pour les professionnels de santé, pour les patients atteints de Covid et les personnes contact. S’il faut étendre cette distribution aux plus précaires, on sait faire", explquait auprès de BFMTV Gilles Bonnefond, pharmacien et président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine.

Depuis mai et la fin du confinement en France, en supermarché, le chiffre d'affaires autour des masques s'élève à 175 millions d'euros.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV