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Coronavirus: la réouverture des parcs et jardins publics est-elle vraiment risquée?  

Jardin du Luxembourg.

Jardin du Luxembourg. - ERIC PIERMONT / AFP

C'est un débat au sein des pouvoirs publics comme des milieux scientifiques: rouvrir les parcs, fermés dans les départements rouges, fait-il courir un risque supplémentaire et significatif de propagation du coronavirus? Etudes et avis médicaux fournissent déjà des éléments de réponse.

Une pomme de discorde roule actuellement sur les pelouses des parcs et jardins publics des "zones rouges". Plus précisément, dans ces départements où le virus circule encore activement et où les services hospitaliers sont encore saturés, ce sont les jardins eux-mêmes qui prennent des airs de fruit défendu. Et la controverse est aussi bien politique - comme le montre la fin de non-recevoir opposée par le gouvernement aux demandes de la maire de Paris, désireuse de rouvrir les grilles aux porteurs de masques - que scientifique.

Les termes du débat sont partout les mêmes: tandis que les uns craignent que ces espaces verts favorisent les rassemblements et donc la propagation de la maladie, les autres soutiennent la relative innocuité du plein air. Sorte de juge de paix, le parc de La Courneuve doit d'ailleurs desceller ses portes ce jeudi, une expérience à valeur de test. 

"Psychose collective"?

Dès mardi soir, sur notre antenne, Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Antoine, intervenait, tranchante: "Je crois qu’il y a une psychose collective sur la manière dont on attrape le virus. Quand on regarde les foyers épidémiques qui émergent actuellement, à chaque fois ces clusters viennent de gens qui étaient dans un milieu fermé et sont restés une heure ou deux heures parce qu’ils avaient une réunion, parce qu’ils habitent ensemble, étaient à un enterrement, ce n’est pas dans les parcs et les jardins, ni sur la plage." "Je parle de la situation actuelle, pas du plus fort de l’épidémie", nuançait-elle aussitôt. 

Deux savants, interrogés par Europe 1 ce jeudi, ont cependant vu les choses d'un tout autre œil. La virologue Christine Rouzioux a ainsi estimé que "le moment (était) trop critique", et qu'offrir de nouveaux cadres de rassemblement serait "trop tentant", et que les gens "n'y (résisteraient) pas...". L'infectiologue François Bricaire a expliqué auprès de la même radio qu'il valait mieux selon lui "attendre encore deux ou trois semaines". 

Moins de risque de contamination en milieu ouvert?

A l'étranger, les recherches vont déjà à belle allure pour tenter de clarifier la discussion et se faire une idée plus nette de la nature du danger. Dans une étude mise en ligne dès le 7 avril, des scientifiques de Hong Kong examinaient 318 foyers épidémiques (disséminés dans 320 communes chinoises) comportant au moins trois cas de contamination: tous avaient surgi en milieu clos. Leurs travaux ne mentionnaient qu'un seul exemple de contamination en milieu ouvert et celui-ci n'avait concerné que deux personnes. Le Huffington Post a quant à lui cité une étude japonaise estimant que le risque de propager la maladie en milieu fermé était 18,7 fois plus important qu’à l’air libre. 

Le brassage permanent de l'air, associé au respect de règles de prudence élémentaires, expliquerait ce contraste. Le journaliste indépendant Vincent Glad a noté mercredi sur Twitter que le virologue Christian Drosten, qui a notamment appuyé auprès d'Angela Merkel la politique de dépistage massif et qui s'est fait connaître du grand public grâce à un podcast bihebdomadaire consacré au coronavirus, avait déclaré dans son émission que "les espaces extérieurs (devaient) être classés comme une zone relativement sûre".

Il ajoutait plus tard: "Mon intuition est la suivante: près de la moitié des contaminations ont lieu par aérosol (particules très fines, émises notamment en parlant, NDLR) près de la moitié par gouttelettes et peut-être 10% par contact physique". Les semaines à venir devraient apporter un peu plus qu'une intuition. 

Robin Verner