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Coronavirus: avant la phase 2 du déconfinement, où en est-on de l'épidémie?

Les chercheurs craignent un relâchement concernant les gestes barrière.

Les chercheurs craignent un relâchement concernant les gestes barrière. - Bertrand Guay - AFP

A la veille de l'entrée en application de la phase 2 du déconfinement, les indicateurs sur le nombre de malades du coronavirus sont à la baisse. Une situation satisfaisante qui ne fait pas oublier la crainte d'une seconde vague notamment à l'automne.

Déplacements à nouveau autorisés, réouverture des cafés, des restaurants, d'une partie des musées, ou encore des salles de spectacles. Selon les départements, la vie va peu à peu reprendre son cour à partir du 2 juin. Ce mardi marque en effet l'entrée en application de la phase 2 du déconfinement annoncée la semaine dernière par Edouard Philippe. Un Premier ministre qui a estimé que "les résultats sont bons sur le plan sanitaire".

Trois semaines après les premières mesures de déconfinement, une période qui permet d'avoir des indicateurs révélateurs, l'épidémie semble contenue dans le pays. Le dernier point presse de la direction générale de la santé a fait état de données positives: le 31 mai, 14.322 personnes étaient hospitalisées pour un Covid-19 contre plus de 17.000 la semaine dernière. 1319 malades atteints d'une forme sévère restaient hospitalisés en réanimation, contre 1.655 il y a une semaine. Une autre donnée est également rassurante: le R0 qui atteste de la transmission et circulation de la maladie est à un taux de 0,77, ce qui signifie qu'un malade contamine moins d'une personne.

"On ne peut que se réjouir que l'on va poursuivre le déconfinement, on va essayer de traverser l'été", estime sur BFMTV Yves Gaudin, virologue au CNRS.

Une situation mieux connue

Les spécialistes s'accordent pour dire que la situation est bien meilleure qu'au mois de mars, avant le confinement. "Ce qui est nouveau pour nous, c'est que nous avons des outils de surveillance, qui sont en place actuellement qui nous permettent non seulement comme on le faisait jusqu'à présent, de savoir le nombre de nouvelles admissions aux urgences, en hôpital, en réanimation avec des Covid, mais surtout maintenant le nombre de cas diagnostiqués sur le territoire français grâce au déploiement des tests", a affirmé sur BFMTV et RMC ce lundi matin l'épidémiologiste de l'Institut Pasteur Arnaud Fontanet. Le membre du conseil scientifique rappelle que la France a la capacité de tester jusqu'à 100.000 personnes.

"C'est essentiel, car si les gens se font tester et que le nombre de nouveaux cas n'augmente pas, à ce moment-là on saura que le virus est toujours sous contrôle", a-t-il poursuivi.

La situation est également mieux maîtrisée car le monde scientifique a désormais une meilleure connaissance du virus, et notamment de sa survie. L'épidémiologiste de l'institut Pasteur précise que les tests en laboratoire ont permis d'établir que le virus Sars-CoV-2, responsable de la pandémie Covid-19, survit moins bien lorsque les températures augmentent. Le chercheur rappelle également que jusqu'alors la contamination en milieu fermé avait été sous-estimée. Deux éléments importants à l'approche de cette période estivale où les Français seront amenés à passer davantage de temps en extérieur.

"Ce qu'on a appris et qui est nouveau, c'est que les concentrations du virus au fond de la gorge sont extrêmement élevées", détaille Arnaud Fontanet. "Quand vous parlez, vous émettez des particules virales, la concentration est tellement élevée, elles peuvent rester en suspension, et elles mettent beaucoup plus de temps à tomber sur le sol, et il peut avoir une transmission en milieu confiné par ces aérosols."

Une seconde vague à l'automne?

Ces éléments ne font pas oublier que le virus reste présent sur le territoire français, même si le confinement a fait chuter sa circulation. Depuis le 11 mai, une centaine de clusters, ces foyers d'infection, ont été recensés dans le pays. "Le virus circule partout, il y a des foyers partout dans le pays", note Catherine Hill, épidémiologiste et biostatisticienne. "Le virus est là, mais on ne sait pas vraiment où." Pessimiste, la chercheuse estime que le déconfinement, et les déplacements induits, entraînent "plus de risques de tomber sur quelqu'un qui porte le virus".

"Il faut porter un masque dès qu'on est en dehors de chez soit, pas pour se protéger soit même mais pour que les porteurs asymptomatiques - et il y en a beaucoup, ils sont la source de la moitié des contaminations - ne mettent pas de virus autour d'eux", plaide Catherine Hill, qui insiste également sur la nécessité de tester "beaucoup plus massivement".

A la crainte d'un relâchement des Français concernant les gestes barrières s'ajoutent d'autres inconnues. Désormais, les chercheurs savent que les malades ayant été atteints de formes légères de la maladie développent des anticorps et dispose d'une immunité protectrice de 40 jours, selon Arnaud Fontanet. Les équipes de l'institut Pasteur travaillent désormais sur la nature de l'immunité, alors qu'on estime que 4,5 millions de Français ont été contaminés par le virus. "Est-ce qu'elle protège? Combien de temps elle dure?", cite en exemple l'épidémiologiste qui cherche à répondre à ces questions. 

Les prochaines semaines vont donc être déterminantes. Yves Gaudin, virologue au CNRS, indique qu'actuellement 4000 cas de coronavirus sont détectés par semaine. La priorité est donc de localiser les clusters pour limiter la propagation de la maladie et donc limiter les grands rassemblements avec des personnes venues de régions différentes. "Il y a eu beaucoup de contamination intrafamiliale, tous ces lieux clos ont été des lieux de contamination", rappelle le chercheur. Avec la fin des beaux jours, la baisse des températures, et la rentrée en septembre, la crainte d'un regain se fait sentir.

"S'il y a une deuxième vague, je vois plutôt ça à l'automne, note Yves Gaudin. Ça va dépendre de beaucoup de choses, ça va dépendre du comportement des gens, ça va dépendre de la circulation des gens."
Justine Chevalier