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Comment la mutation d'une molécule a permis la rémission d'un patient atteint du VIH

VIH-1 en formation (en vert) - Image d'illustration

VIH-1 en formation (en vert) - Image d'illustration - Wikimedia

C'est la mutation de la molécule CCR5, présente chez un 1% de la population mondiale, qui a permis aux deux patients d'interrompre leur traitement, et de connaître une rémission durable du VIH.

Une deuxième personne a connu une rémission durable du VIH-1, le virus à l'origine du sida, après avoir interrompu son traitement. "Le patient de Londres", n'a pas montré de signe d'être atteint virus depuis près de 19 mois, ont rapporté les chercheurs dans le journal Nature, lundi. Ils doivent présenter leurs résultats lors de la Conférence annuelle sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) à Seattle (Washington) ce mardi.

Cette rémission arrive dix ans après le premier cas confirmé du "patient Berlin", qui s'était lui aussi remis de cette maladie mortelle. Le principal chercheur sur ce cas, Ravindra Gupta, professeur à l'Université de Cambridge, a déclaré que son équipe avait mené sur le second patient "une approche similaire" de celle utilisée sur le premier. Cette seconde rémission vient donc prouver que la première n'était pas qu'une "anomalie".

Une mutation de la molécule CCR5

Le patient de Londres a, comme celui de Berlin, subi une greffe de moelle osseuse. C'est le type de donneur qui semble avoir permis une rémission. Les deux malades ont ainsi reçu des transplantations de cellules souche de donneurs ayant une mutation génétique qui rend inopérant un récepteur du VIH connu, la molécule CCR5.

"Située à la surface des globules blancs, CCR5 régule les réponses immunitaires de l’hôte contre les pathogènes. Mais, victime de son succès, elle sert également d’ancrage au VIH pour infecter les cellules immunitaires, contribuant ainsi au développement du sida", explique un article de l'Institut national de la santé et de la recherche médical (Inserm).

L'Inserm explique également que cette molécule était déjà l'une des "cibles thérapeutiques dans la lutte contre le VIH". La mutation du gène du CCR5 transmise aux deux patients, Londres et Berlin, empêche le virus de pénétrer dans les cellules hôtes, ce qui rend les porteurs de cette mutation résistants au virus du sida. Cette mutation n'est présente que chez 1% de la population mondiale.

"Ces deux patients avaient le même profil"

"Ces deux patients avaient le même profil", explique Alain Ducardonnet, journaliste santé pour BFMTV: "le sida, un traitement rétroviral classique, et puis un cancer du sang. C'est pour ce cancer du sang qu'on a remplacé la moelle avec une moelle nouvelle".

Le "patient de Londres" a été diagnostiqué comme atteint du VIH en 2003 et a suivi une thérapie antirétrovirale depuis 2012. Plus tard la même année, il a été diagnostiqué comme atteint d'une forme avancée de la maladie de Hodgkin, un cancer du système lymphatique.

Après le transplant de moelle osseuse, il a suivi une thérapie antirétrovirale pendant seize mois, puis le traitement a été interrompu. Des tests réguliers ont confirmé que la charge virale du patient était indétectable depuis.

Le "patient de Berlin", soigné pour une leucémie, avait lui subi deux transplantations ainsi qu'une irradiation sur l'ensemble du corps. En revanche, le "patient de Londres" a reçu une seule transplantation et une chimiothérapie moins agressive.

Transplantation de moelle osseuse, pas une solution miracle

"Le deuxième cas renforce l'idée qu'une guérison est possible", a déclaré Sharon R. Lewin, directrice de l'Institut Doherty et professeure à l'Université de Melbourne. Cependant, "une transplantation de moelle osseuse n'est pas viable pour guérir".

"La transplantation de moelle osseuse, c'est extrêmement dangereux, donc c'est très difficile à faire", confirme Alain Ducardonnet. "Mais on peut essayer de déterminer quelle part de la transplantation a fait la différence pour permettre à cet homme de cesser de prendre ses médicaments antiviraux", a déclaré Sharon R. Lewin.

Salomé Vincendon avec AFP