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VIH: de nouveaux résultats prometteurs pour la PrEP à la demande

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- - iStock - Thomas Faull

L’essai IPERGAY a permis de démontrer l’efficacité de la PrEP à la demande chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et déclarant des comportements à haut risque. Pour la première fois, une sous étude révèle qu'elle semble également efficace chez les participants ayant des rapports sexuels peu fréquents et utilisant donc moins de comprimés.

Le préservatif reste la pierre angulaire de la prévention contre les infections sexuellement transmissibles dont le VIH, mais celui-ci n'est pas encore utilisé systématiquement. Avec 36,7 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde selon l'OMS et plus de 6000 découvertes d’infections chaque année en France, il devient urgent de pouvoir proposer de nouveaux moyens de prévention.

La Prophylaxie Pré-exposition ou PrEP est un traitement antirétroviral préventif contre l’infection par le VIH: elle consiste à proposer en prévention, chez des personnes qui ne pas sont infectées et qui n’utilise pas systématiquement de préservatif lors de rapports sexuels, un traitement antirétroviral. Le Truvada est le seul médicament aujourd’hui disponible pour la PrEP.

C’est un traitement qui combine deux molécules anti-VIH, l’emtricitabine et le ténofovir disoproxil fumarate, déjà utilisé avec efficacité sur des personnes vivant avec le virus. Son utilisation préventive a fait l’objet de plusieurs études, dont l’essai ANRS IPERGAY mené par le Pr Jean Michel Molina, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’Hôpital Saint Louis et de l’association AIDES.

Cet essai visait à évaluer son efficacité lors d’une prise à la demande: 2 comprimés dans les heures précédant le rapport sexuel, 1 comprimé 24 heures après la première prise et 1 comprimé 48h après la première prise. Cet essai a été mené chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), séronégatifs, déclarant un comportement à risque d’infection par le VIH.

Un résultat positif à 86%

Dans les pays développés les HSH sont en effet la population la plus touchée, selon l'ANRS*: en France, ils représentent 43 % des cas nouvellement diagnostiqués. Les résultats de la première phase de l'étude, randomisée (volontaires séparés en deux groupes: l’un Truvada, l’autre placebo), ont démontré une efficacité de 86 % de la PrEP à la demande.

"Lors de cette phase randomisée, la prise médiane de comprimés par les participants était de 15/mois pour une médiane de 10 rapports sexuels par mois.", explique l'APHP. Mais les chercheurs sont allés plus loin et se sont interrogés sur l’efficacité de la PrEP à la demande chez les HSH ayant moins de rapports sexuels et prenant donc moins de comprimés.

L’analyse des données s’est alors portée sur les périodes de l’essai où les participants prenaient moins de 15 cp/mois, mais à chaque rapport sexuel ce qui correspondait à une prise médiane de 9.5 cp/mois et de 5 rapports sexuels par mois. Six infections par le VIH sont survenues, toutes dans le groupe placebo.

En d’autres termes, les chercheurs affirment "qu'aucune contamination n’a été observée dans le groupe de participants prenant peu de Truvada à la demande mais de façon adaptée à leur activité sexuelle." Suite à ces résultats, une deuxième phase de l’essai a été initiée.

L'efficacité s'accompagne d'une bonne tolérance

Cette phase ouverte (tous les participants recevaient le Truvada à la demande) avait l’objectif d’évaluer le maintien à long terme des bénéfices observés ainsi que d’autres aspects comme la tolérance, l’impact sur les comportements sexuels et l’incidence des autres infections sexuellement transmissibles (IST). Elle a été menée sur 362 volontaires et seul un participant (qui avait interrompu la PrEP), a été infecté par le VIH pendant la durée de l’étude (18 mois).

Ces résultats confirment non seulement la grande efficacité de la PrEP à la demande mais permettent également de confirmer sa bonne tolérance. "Ces deux études confirment la haute efficacité de la PrEP à la demande pour prévenir l’infection par le VIH chez les HSH ayant des comportements à risques", conclut Jean-Michel Molina. Ces résultats font l’objet d’une publication dans The Lancet HIV, à l'occasion de la conférence IAS 2017 à Paris.

Concernant les autres IST, l'AP-HP indique qu'il n’a pas été constaté d’augmentation significative de leur incidence chez les participants. Mais sur le sujet, l'association Aides souligne "qu'il est important de noter que la PrEP ne protège que du VIH, pas d’autres infections sexuellement transmissibles (gonorrhée, condylomes, chlamydia, hépatites A/C, syphilis) ni ne prévient une grossesse non désirée."

*Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales

Alexandra Bresson