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CHU de Besançon: l'ancien chef du service de dermatologie dénonce de "graves dérives"

Le professeur Philippe Humbert, ancien chef du service de dermatologie au CHU de Besançon.

Le professeur Philippe Humbert, ancien chef du service de dermatologie au CHU de Besançon. - BFMTV

Le professeur Philippe Humbert ancien chef du service de dermatologie du CHU de Besançon dénonce une série de pratiques douteuses au sein du service qu'il a dirigé pendant 22 ans. Plusieurs patients vont porter plainte.

Quelque 46 courriers en recommandés sont partis ce mercredi matin, adressés à la direction du CHU de Besançon. Il s'agit de plaintes de patients pris en charge entre 2014 et 2016 et qui comptent porter l'affaire en justice. En cause? Des allégations, officiellement démenties par l'hôpital dans un communiqué et accusant le service de dermatologie de s'être livré à des pratiques répréhensibles: patients privés de diagnostic, traitements interrompus ou recours abusifs aux chimiothérapies. L'accusateur? Le professeur et ancien chef du service Philippe Humbert. Le dermatologue de renommée internationale, qui a quitté la le service en 2015 après l'avoir dirigé pendant 22 ans, pointe de "graves dérives".

Il a livré à BFMTV des anecdotes emblématiques de cas litigieux, comme celui-ci: "Une jeune fille de 14 ans n'a plus de cheveux, c'est une maladie. On lui dit: 'Tu es très jolie comme ça. Ça ne repoussera pas. Ce n'est pas la peine de revenir.' Cette jeune fille est aujourd'hui architecte, elle a des cheveux magnifiques. Il y avait une prise en charge tout à fait possible", s'insurge Philippe Humbert. 

Des recours abusifs à la chimiothérapie

Le praticien affirme avoir reçu des dizaines de plaintes de ce type, expliquant que ce sont elles qui l'ont poussé à démissionner. Plus grave encore, il dénonce des recours non justifiés à la chimiothérapie.

"On privilégie la chimiothérapie plutôt que la chirurgie. Mais également, on a pu vérifier que des chimiothérapies avaient été conduites au-delà des autorisations. La sécurité sociale a certainement versé beaucoup d'argent à l'hôpital pour ces chimiothérapies qui n'étaient pas justifiées", accuse-t-il encore.

Les prises en charge de patients atteints de cancers sont particulièrement litigieuses. Les protocoles n'ont pas été respectés. "Plusieurs traitements par chimiothérapie ont été décidés sans l'avis d'un chirurgien et/ou d'un radiothérapeute", affirme Philippe Humbert. Or ces spécialistes sont censés contribuer de manière obligatoire à la stratégie de traitement, décidée de manière collégiale avec l'oncologue. Ce problème concernerait une vingtaine de cas. 

Un rapport de l'Agence régionale de santé (ARS) doit être rendu vendredi. Selon les informations du Parisien le rapport relève "que les dysfonctionnements incombent au chef de service". "Pensez-vous que j'aurais dénoncé de moi-même des faits dont je serais responsable?", rétorque le dermatologue. Il affirme avoir alerté "la direction, la Haute autorité de santé, le ministère, l'Institut national du cancer et l'ARS" et dénonce une "escroquerie qui consiste à [le] faire passer pour fou".

David Namias et Fanny Regnault