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13-novembre: un an après, des salariés toujours sous le choc

Les syndromes post traumatiques suite aux attentats empêchent toujours des professionnels d'exercer leur métier ou de se rendre sur leur lieu de travail.

Hypervigilance, flash de scènes ensanglantées, troubles du sommeil, stress aigu, irritabilité, difficulté à gérer ses émotions, phobies des transports…

Autant de symptômes qui constituent "des réactions de stress assez normales suite à un événement si éprouvant", selon Maria Ouazzani, psychologue et responsable du pôle accompagnement du cabinet spécialisé dans la gestion des risques psychosociaux (RPS) Psya.

"Si ces signes perdurent plus d'un mois ou un mois et demi, on a probablement affaire à des troubles post traumatiques", qualifie-t-elle.

Ceux qui travaillaient

Des troubles qui influent sur la capacité d'exercer sa fonction comme avant, même un an après les attentats du Bataclan. Les professionnels les plus impactés ont été les témoins directs, ceux qui travaillaient à proximité des cibles des jihadistes, dans les restaurants notamment.

Les professionnels de santé qui ont dû agir dans l'urgence sont également affectés. "Ils se sont mis en position de soignants alors qu’eux-mêmes étaient impactées personnellement", souligne Camy Puech, directeur général de Qualisocial, expert en bien-être au travail.

"Les journalistes qui ont dû traiter de ces événements dramatiques sans avoir été formés comme s'ils étaient partis en terrain de guerre ont également été choqués", complète Aude d’Argenlieu, directrice du pôle clinique d’Eléas, cabinet spécialisé en prévention des RPS.

Ceux qui ont perdu un collègue

Ceux qui ont perdu un proche dans les attentats sont évidemment ébranlés. Mais aussi quand un collègue a été emporté. "On sous-estime parfois leur douleur. Elle peut être aussi vive que s’il s’agissait d’un proche de la sphère privée", estime l'experte d'Eléas.

Plus tard, le personnel "de la justice, qui enquêtent sur les événements et les revit tous les jours", souffre aussi. Au fur et à mesure de l'état d'avancée des investigations, d'autres professionnels peuvent développer des troubles anxiogènes. "Du fait de menaces de futurs attentats qui ciblent les commerces, par exemple, les personnels qui y travaillent se sentent particulièrement exposés", assure Aude d’Argenlieu.

Débriefing et thérapies

Pour soigner les troubles post traumatiques, dans l'immédiat, "les interventions de type débriefing psychologiques constituent une première mesure préventive permettant aux victimes de verbaliser l’événement traumatique et leurs ressentis", décrit Maria Ouazzani.

S'ils perdurent, des thérapies "travaillent à l'extinction de l'événement traumatique, en amenant les personnes à maîtriser leurs émotions et leurs pensées sur l'objet qui génère l'angoisse", illustre la psychologue. La méthode de l'EMDR consiste par exemple à "débloquer l'événement traumatique" en effectuant des mouvements oculaires pour déconnecter le mental des souvenirs douloureux. Et canaliser ainsi ses phobies.

Rozenn Le Saint