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Affaire Vincent Lambert: à partir de quand un patient est-il considéré "en fin de vie"?

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Photo d'illustration. - GUILLAUME SOUVANT / AFP

Au lendemain de la décision de la cour d'appel de Paris, les traitements pour maintenir Vincent Lambert en vie ont repris. Ce nouveau rebondissement replace au coeur du débat la question de la fin de vie.

C’est un énième coup de théâtre dans cette affaire qui a déjà connu de nombreux rebondissements judiciaires depuis 2013. Lundi soir, la cour d’appel de Paris a ordonné le rétablissement des traitements visant à maintenir en vie Vincent Lambert, en état végétatif depuis 10 ans. Cette décision, qualifiée par certains de "sadisme pur", a été saluée par Me Jean Paillot, avocat des parents, qui considère que Vincent Lambert "n’est ni malade, ni en fin de vie".

Invité sur notre antenne ce mardi matin, Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale a lui aussi estimé que la cour d’appel avait reconnu "Vincent Lambert comme un handicapé et non une personne en fin de vie ou atteinte d’une maladie chronique pour laquelle il n’y a plus de ressources thérapeutiques".

Obstination déraisonnable

Depuis 2013, "le spectacle du déchirement de la famille de Vincent Lambert (...) hante nos esprits", écrit le médecin responsable de l’unité mobile de soins palliatifs au CHU de Montpellier, Jean-Pierre Bénézech, dans l'ouvrage Le palliatif est un soin de la société.

"Il s’agit bien d’un échec, d’un contre-exemple de ce que nous vivons de façon presque quotidienne dans nos équipes: la possibilité de trouver un consensus entre famille et soignants pour acter que la fin de vie est là et qu’il est raisonnable de limiter nos thérapeutiques en conséquence". 

Quels sont les critères qui permettent de reconnaître qu’une personne est en fin de vie? Le débat est "loin d'être clos", confie à BFMTV.com un membre du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (SPFV). "C'est une position qui doit être évaluée au cas par cas en plaçant le curseur sur l'obstination déraisonnable", nous explique-t-on avec prudence. 

Pour Régis Aubry, médecin chef du département de soins palliatifs du CHU de Besançon et président de l’Observatoire national de la fin de vie, "on met un patient en fin de vie quand les traitements qu'il reçoit n'ont plus d'effets. Le droit autorise l’arrêt des traitements dès lors qu’ils apparaissent déraisonnables, il prévoit de lutter contre l’acharnement thérapeutique", explique-t-il à BFMTV.com. 

Dans un article intitulé La fin de vie: une notion pour une pluralité de situations, Marie-Jo Thiel, membre du Centre européen d’enseignement et de recherche en éthique, précise que "la notion de fin de vie sert à exiger la sortie de pratiques médicales intensives, dont il est devenu évident que le sujet ne peut plus bénéficier (voire n’en subit que les inconvénients)".

Pronostic vital engagé à "court terme"

C'est ce que prévoit la loi Léonetti-Claeys de 2016, qui dispose que les patients atteints "d'une affection grave et incurable, dont le pronostic vital est engagé à court terme" et présentant "une souffrance réfractaire aux traitements" peuvent demander une "sédation profonde et continue (…) associée à une analgésie et à l'arrêt de l'ensemble des traitements de maintien en vie". 

"L’interrogation demeure sur la notion de ‘court terme’", souligne le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie.

La société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) a tenté d’éclaircir cette notion en précisant qu’"un pronostic vital engagé à court terme correspond à une espérance de vie de quelques heures à quelques jours". Mais pour Régis Aubry, "tant que le patient reçoit une alimentation et une hydratation, comme c’est le cas pour Vincent Lambert depuis le revirement de la cour d’appel lundi soir, on ne peut pas le considérer en fin de vie. Il est maintenu en vie de manière artificielle".

Les débats autours de la fin de vie ne trouvent pas de réponse ferme et définitive, et le flou perdure autour de la situation de Vincent Lambert. Poussant même la justice à faire marche arrière. A la suite de la décision de la cour d'appel de Paris, l'alimentation et l'hydratation de Vincent Lambert ont repris pour une durée de six mois, le temps que le comité international des droits des personnes handicapées étudie le dossier. 

Ambre Lepoivre