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Accusé de "faux témoignage" par l'AP-HP, Didier Raoult se défend sur Twitter

Le professeur Didier Raoult, le 24 juin 2020 lors de son audition à la commission d'enquête

Le professeur Didier Raoult, le 24 juin 2020 lors de son audition à la commission d'enquête - Thomas COEX © 2019 AFP

Dans une série de messages publiée sur les réseaux sociaux, l'infectiologue marseillais relance plusieurs débats, dont celui de la prise en charge du premier patient mort sur le territoire français.

Les attaques contre le professeur Didier Raoult se sont multipliées ces derniers jours. Ce mercredi, le président de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a transmis un courrier au président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand, dans lequel il accuse l'infectiologue marseillais d'avoir délivré un "faux témoignage" lors de son audition devant les députés de la commission d'enquête sur la gestion du Covid-19.

Quelques heures plus tard, le Conseil Scientifique et la Haute autorité de Santé ont pointé à leur tour du doigt le défenseur controversé de l'hydroxychloroquine comme traîtement pour le coronavirus, l'accusant de propos "infamants" et qui relèvaient de la "calomnie."

Jeudi dans la journée, sur son compte Twitter suivi par plus de 630.000 personnes, Didier Raoult a tenu à répondre à Martin Hirsch. Pour cela, il a partagé trois vidéos et articles publiés dans les médias au cours de ces dernières semaines, parfois au plus fort de la crise du Covid-19.

Bataille des chiffres

L'AP-HP dénonce plus particulièrement deux points de l'audition du Directeur général de l'IHU Méditerranée Infection et la communauté scientifique. Dans un premier temps, devant les députés, Didier Raoult avait assuré que la mortalité en réanimation était de 43% à Paris. "Chez nous elle est de 16%", avait-il insisté, présentant les statistiques personnelles de son institut.

Dans sa lettre, Martin Hirsch assure que "nous n'avons aucune donnée qui place à 43% la mortalité dans les réanimations de l'AP-HP", sans préciser à combien se monte ce taux. "D'autre part, il n'y a à ce jour aucune étude publiée qui analyse comparativement les taux de mortalité en réanimation, évaluées dans des conditions contrôlées, entre les hôpitaux parisiens et marseillais", ajoute-t-il.

Auprès de l'AFP, l'entourage du Pr Raoult a renvoyé à des résultats du registre Reva (Réseau européen de recherche en ventilation artificielle) figurant dans un "rapport de la cellule de crise de l'AP-HP du 14 avril". Dans ce document, qui date d'il y a deux mois et demi, période du pic de l'épidémie en France, le pourcentage de décès en réanimation était alors évalué à 43% à l'AP-HP et 41% hors AP-HP.

Sur les réseaux sociaux, Didier Raoult persiste et signe. Les deux premiers documents de son triptyque abordent justement ce point. Dans un premier temps, il a mis en ligne un extrait d'une interview donné fin juin par le Pr Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, établissement de l'AP-HP, dans laquelle ce dernier évoque les chiffres parisiens.

"Pour Paris je confirme, pour les malades en réanimation, c’est de l’ordre de 40% malheureusement, mais Marseille je ne sais absolument pas", affirmait-il à LCI.

Quels patients en réanimation?

Puis, l'infectiologue s'est également appuyé sur les déclarations d'une de ses principales opposantes, le Dr Karine Lacombe. La cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, établissement de l'AP-HP, évoquait mi-avril sur BFMTV l'évolution des patients atteints du coronavirus au sein de son établissement.

"Certains patients se dégradent en salle de médecine et doivent passer en réanimation. Ce n’est jamais un bon pronostic puisque l’on sait qu’à peu près 40 à 50% de ces personnes vont décéder. Notre objectif est d’éviter le passage en réanimation", analysait-elle.

Or, et c'est l'un des principaux reproches faits à l'encontre de Didier Raoult par le corps scientifique, si ces chiffres sont bel et bien évoqués, ils ne prennent pas en compte la gravité de l'état de santé des malades pris en charge par les services hospitaliers parisiens. Des critiques auxquelles l'infectiologue n'a pas répondu sur Twitter.

"Parler de mortalité brute n’a aucun sens puisque la mortalité est liée à la sévérité des malades", rétorquait Antoine Vieillard Baron, anesthésiste réanimateur à l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt, sur BFMTV. "Plus les malades sont admis dans des cas sévères, plus leur mortalité attendue va être élevée."

"Les données épidémiologiques, notamment de mortalité en réanimation en Île-de-France ne sont pas connues, ne sont pas publiées. Toutes nos données ont été mises dans un registre nommé ‘Covid ICU’ qui est dirigé par le Pr Schmidt à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, mais elles ne sont pas publiées. Il faut attendre la fin de l’épidémie pour donner un chiffre de façon fiable", rappelait ce mercredi, toujours sur BFMTV, Bruno Megarbane, chef du service de réanimation médicale à l’hôpital Lariboisière de Paris, un établissement de l'AP-HP.

Un cas non détecté?

Deuxième sujet évoqué, celui du premier patient atteint du Covid-19 à avoir trouvé la mort sur le sol français. Pour Didier Raoult, ce dernier n'a pas été pris en charge de manière correcte. L'infectiologue a affirmé que ce patient chinois de 80 ans s'était présenté "à la Pitié-Salpêtrière", était "rentré chez lui", puis était "revenu 7 jours après" et était "venu mourir dans un hôpital".

À cette accusation, Martin Hirsch, dans son courrier, dévoilait sa version des faits. "Le seul patient chinois de 80 ans auquel peut faire référence le Pr Didier Raoult a été admis le 25 janvier 2020 à l'hôpital européen Georges Pompidou. Il n'a jamais été renvoyé chez lui", a-t-il écrit.

Toujours sur Twitter, Didier Raoult a cette fois-ci partagé un articlé de CNews daté de février, dans lequel est cité Yazdan Yazdanpanah. Le chef de service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat, établissement de l'AP-HP, évoquait ce car précis.

"Il avait de la fièvre mais il n’avait absolument pas de signes respiratoires. D’autre part, il ne venait pas de Wuhan (épicentre de l’épidémie à ce moment-là, ndlr), il venait d’une ville à 350 km au nord", expliquait ce dernier, selon la retranscripion du site d'une conférence de presse donnée fin janvier. Le personnel soignant n’avait "pas pu le détecter", affirmait-il.

Le patient ne "remplissait pas la définition"

Dans l'extrait vidéo visible sur le site, Yazdan Yazdanpanah explique bien que "ce patient est arrivé aux urgences de l'hôpital Georges-Pompidou le 25" janvier, comme le maintient l'AP-HP aujourd'hui. Selon son récit, les hôpitaux parisiens de la Pitié-Salpêtrière et Bichat ont ensuite été sollicités, mais n'ont pas souhaité prendre le patient en charge, ses symptomes ressemblant de trop loin à ceux du Covid-19.

"Il ne remplissait pas la définition", assurait le médecin. "Il n'y avait absolument pas de signes respiratoires et il ne venait pas de l'épicentre de l'épidémie. S'il faut hospitaliser l'ensemble des patients qui ont de la fièvre et viennent de Chine, c'est dangereux pour notre système hospitalier."

"Nous l’avons gardé aux urgences et nous l’avons isolé jusqu’au lendemain matin", détaillaitfin janvier sur BFMTV Philippe Juvin, chef du service des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou. "Le lendemain matin il a commencé à développer des signes respiratoires inquiétants et là nous l’avons transféré en réanimation. Le jour d’après, le diagnostic a été évoqué et posé", affirmait-il.

C'est à partir de ce cas que les autorités sanitaires françaises avait décidé la revue des critères de définition des cas suspects. Outre la ville de Wuhan, la province de Hubei dans son intégralité avait été considérée comme à risques.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV