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Yachts sans ISF: l'embarras de la majorité

Édouard Philippe

Édouard Philippe - THOMAS SAMSON / AFP

"L'angle mort" de la réforme de l'ISF, qui ne concernait plus les biens mobiliers de luxe - yacht, voiture, chevaux -, est un guêpier politique pour la majorité.

Plus d'ISF sur les yachts? Malgré la polémique grandissante, Édouard Philippe est resté droit dans ses bottes.

"Vous avez parlé des yachts, des jets, vous auriez pu parler des montres, des bijoux. Je l'assume, notre objectif c'est de faire en sorte que le capital reste en France et même d'attirer des gens riches en France", a déclaré le Premier ministre jeudi soir sur France 2.

Pain béni

"L'angle mort" de la réforme de l'ISF, qui ne concernerait plus les yachts, voitures de luxe et autres chevaux de course, est pourtant un vrai guêpier pour l'exécutif. La mesure est un argument servi sur un plateau à l'opposition, qui s'atèle depuis quelques semaines à faire d'Emmanuel Macron un nouveau "président des riches".

Socialistes et insoumis n'ont pas d'ailleurs pas loupé le coche. "Dans la République en marche, il vaut mieux vivre sur un yacht (plus d'ISF) qu'acheter un appartement avec un PEL qui sera taxé à 30% dès janvier", a ainsi tweeté Olivier Faure, patron du groupe socialiste à l'Assemblée nationale.

Malaise dans la majorité

Au sein de la majorité, le malaise est palpable: comment défendre une exemption d'impôt qui, manifestement, ne concerne pas le capital destiné à l'investissement, celui que le gouvernement affirme vouloir protéger avec cette réforme? Jeudi, l'ex ministre Barbara Pompili, écologiste convertie au macronisme, expliquait ainsi sur France 2: 

"En fait, je crois que l’idée n'était pas de faire échapper les yachts à l’imposition. Le problème, c’est qu’ils ont voulu faire simple: l'immobilier d'un côté, le reste de l’autre."

"Si on réussit franchement à faire en sorte que ce genre de choses puissent ne pas avoir d'avantage, je préfère. Ce sera plus simple et on arrêtera de se focaliser là-dessus", finissait-elle par admettre.

Ce vendredi dans Le Parisien, le rapporteur du budget Joël Giraud, député LREM, tire lui aussi la sonnette d'alarme:

"Ce n'est pas possible! Des symboles de ce genre doivent être beaucoup plus taxés. Un yacht, c'est m'as-tu-vu, ce n'est pas productif pour l'économie…"

Éléments de langage

Ce vendredi sur notre antenne, le député de Paris Hugues Renson, interrogé sur la question, n'a pas semblé plus à l'aise. Se réfugiant derrière les éléments de langage indiqués pour défendre le budget 2018, le macroniste s'est défaussé: "La question n’est pas celle du président des riches. C’est un slogan. Il y a des choix politiques. Ils n’ont qu’un objectif: lutter contre le chômage de masse et mieux vivre de son travail."

Toujours sur notre BFMTV, son collègue Olivier Véran, député de l'Isère et marcheur convaincu, s'est lui aussi abstenu de répondre sur le fond, rabâchant le mantra du pouvoir d'achat.

"L'opposition est dans une stratégie de symboles. Plus fort qu'un symbole, il y a une feuille de paie."

Poudrière sociale

Flairant le piège, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner avait pourtant adressé, dès mercredi, des appels du pied ressemblant plus à des coups sous la table aux députés de la majorité.

"S'ils font des propositions, sur des objets qui pourraient échapper -j’ai entendu parler de voitures, de yachts ou d’avions-, que les parlementaires trouvent les moyens de neutraliser une sorte d’organisation fiscale qui ne permettent pas justement de financer l’économie réelle, ils seront parfaitement dans leur rôle. Le gouvernement regardera cela de manière attentive et positive", avait-il déclaré.

Il y a en effet urgence, comme l'explique notre éditorialiste Christophe Barbier. "Les Français pensent que des riches c'est des riches, peu importe leur placement. La polémique s'est envenimée avec des symboles de richesse, des signes ostentatoires. C'est une très mauvaise querelle qui se noue pour le gouvernement. Si les députés en marche ne font pas le travail en ramenant cette réforme dans les clous de la justice sociale, ça peut être la mèche lente qui met le feu à la poudrière cette autonome."

Louis Nadau