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Twitch, Clubhouse: les prétendants à la présidentielle investissent les nouveaux réseaux sociaux

Jean-Luc Mélenchon sur Twitch

Jean-Luc Mélenchon sur Twitch - Capture d'écran Twitch

Lundi soir, les internautes avaient le choix: François Hollande avec Samuel Etienne sur Twitch, et Arnaud Montebourg sur le plus confidentiel Clubhouse. Les personnalités politiques tâchent de coller aux tendances des applications et des réseaux sociaux. Les candidats, officiels ou pressentis à la présidentielle, prennent un soin particulier à occuper ce terrain.

Deux plateformes en pleine explosion pour deux personnalités de gauche à la relance. Lundi soir, Arnaud Montebourg a discuté pendant plus d'une heure sur le réseau (exclusivement audio) Clubhouse, tandis que François Hollande, dont il fut le ministre, se partageait entre les internautes et l'animateur Samuel Etienne sur Twitch.

Grand bien lui en a pris car il touché sa cible: selon Le Figaro, 77.000 personnes étaient encore là au terme du programme, soit deux heures plus tard, et le pic de l'attention a culminé à 84.000 spectateurs.

Les personnalités politiques ne lâchent pas d'une semelle les réseaux sociaux, et se jettent avec un mélange de gourmandise, de curiosité et de prudence sur les nouvelles éclosions numériques, comme Twitch et Clubhouse. Parce qu'ils y ont le plus d'intérêt, parce qu'ils se doivent de diversifier leur communication, de la soigner autant que leur image, les candidats, officiels ou pressentis, à la prochaine présidentielle y affirment particulièrement leur présence.

Du pionnier numérique Jean-Luc Mélenchon au quadra Emmanuel Macron, en passant par le nouvel arrivant Arnaud Montebourg, ceux-ci multiplient les incursions au sein de ces univers en pleine extension.

Un réseau chasse l'autre

Le monde des réseaux sociaux est impitoyable à plus d'un titre. D'abord parce qu'un nouveau concept chasse l'autre ou plutôt le ringardise en un laps de temps très réduit. Ainsi, il y a une quinzaine d'années, avoir un compte Facebook plaçait l'abonné dans le mouchoir de poche des internautes avertis. Le moins qu'on puisse dire est que ce charme a largement eu le temps de se dissiper depuis.

Twitter? Assez grand public, lapidaire et immédiat pour faire valoir son sens de la formule auprès de l'opinion, mais trop mainstream pour se démarquer. Instagram, Snapchat, TikTok ont ensuite servi de refuges aux personnalités en quête d'un nouveau canal de communication. Mais déjà leur étoile pâlit au profit de Twitch et Clubhouse.

Le "phénomène" Twitch

La première a longtemps été le rendez-vous des amateurs de jeux vidéos avant de dépasser, et largement, son public initial. Cette plateforme de diffusion de vidéo en direct, permettant aux participants de dialoguer avec les internautes via un chat, rachetée en 2014 par Amazon, n'a plus grand-chose d'une niche.

Selon Damian Burns, son vice-président auprès de BFMTV.com mi-février, 15 millions de personnes ont utilisé chaque jour Twitch en 2020, pour 18 milliards d'heures de programme regardées sur l'année. Le numéro 2 de Twitch a encore remarqué que le nombre de Twitcheurs avait grimpé de 50% depuis 2016.

Jean Massiet, twitcheur recevant chaque semaine un sénateur sur sa chaîne, a complété dans la même vidéo:

"Il y a eu un phénomène important sur Twitch ça a été le confinement. Partout dans le monde, énormément de personnes se sont mises soit à regarder Twitch parce qu’ils avaient du temps devant eux soit s’y sont mises".

Jean-Luc Mélenchon a essuyé les plâtres

Bien avant François Hollande, Jean-Luc Mélenchon a essuyé les plâtres de la classe politique sur Twitch où, désormais bien installée, sa chaîne fédère environ 70.000 comptes. C'est beaucoup pour Twitch, c'est peu au regard des 507.000 abonnés de la chaîne YouTube du candidat de la France insoumise à la prochaine présidentielle, sur laquelle ce dernier n'oublie jamais de poster ses "revues de la semaine".

À dire vrai, celui qui est aussi un twittos endurci aux 36.000 tweets, ne néglige aucun média - chérissant d'ailleurs l'écrit, à travers son blog personnel. Le 9 juillet dernier, il apparaissait sur TikTok, y lançant notamment un vibrant (et obscur aux non-initiés): "Tu hors de ma vue!". Une référence aux paroles d'un morceau de la chanteuse Wejdene, écoutée surtout par les adolescents et les jeunes adultes. Car là est bien sûr la cible.

En effet, comme le signalent ici Les Echos, 55% des utilisateurs de Twitch ont entre 18 et 35 ans, une tranche désignant un public de plus ou moins néo-votants, moins rigides que d'autres catégories d'âge dans leurs affinités politiques. Ugo Bernalicis, député France insoumise élu dans le Nord, a expliqué à BFMTV:

"Ça reste un public assez peu politisé, c’est tout l’intérêt pour nous qui cherchons à convaincre des gens qui s’intéressent peu ou pas à la politique, qui cherchons à convaincre des abstentionnistes."

Pas de deux à l'Elysée

Emmanuel Macron n'est pas en reste, lui qui sauf grande surprise concourra à sa réélection. Le Figaro précise même ici que l'Elysée dispose d'une cellule dédiée à l'étude de l'évolution des usages sur les applications. Le 7 juillet dernier, il a inauguré son compte TikTok en félicitant les bacheliers. On a également pu le voir sur Snapchat, ou choisir des médias jeunes et Internet comme Brut ou Konbini pour s'exprimer.

Plus récemment, il s'est appuyé sur les YouTubeurs McFly et Carlito pour une chanson rappelant les gestes barrières contre le Covid-19, incrustant même son visage dans le clip. Pour autant, le président de la République hésite à se lancer complètement à l'eau. Il table davantage sur des intermédiaires pour occuper le terrain. Et c'est surtout, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, qui s'y colle.

Celui-ci a ainsi promis de s'astreindre à un rendez-vous mensuel sur Twitch, dénommé Sans Filtre. Il a notamment réuni le 24 février un groupe de jeunes influenceurs. Mais l'initiative lui a valu davantage de critiques et de moqueries que d'admiration. La faute peut-être au choix des invités ou à la mise en scène. "Le code sur Twitch est d’être sincère. Personne n’est sur une estrade sur Twitch, tout le monde est à niveau égal", note par ailleurs Jean Massiet.

Le petit comité Clubhouse

Lui aussi possible candidat à l'élection suprême dans un an, Arnaud Montebourg a préféré se porter sur Clubhouse lundi soir. Et son choix a quelque chose de plus pointu: la plateforme n'est qu'audio et n'existe que depuis une première mouture, en avril 2020. Ce qui n'empêche pas cette application à l'origine pensée pour les entrepreneurs, comme le pose ici Le Monde, d'avancer à grands pas: elle revendique à présent 10 millions d'abonnés.

Ici, on discute, bien à l'aise dans son petit cénacle. L'accès même à Clubhouse est plus ardu qu'ailleurs: on intègre ainsi les inscrits puis les conversations sur invitation. Autant dire qu'une virée sur Clubhouse a encore, pour quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, quelque chose d'élitiste et donc de branché. Une fois dans le cercle, on peut prendre la parole après l'avoir dûment demandée à l'organisateur.

"Proximité" et "courtoisie": les deux vertus de Clubhouse selon le RN

Si Marine Le Pen se tient plus en retrait que d'autres devant les réseaux sociaux, son état-major est déjà très au point. Philippe Olivier, député européen du Rassemblement national et son conseiller, plébiscite aussi Clubhouse, au point d'y voir un débouché possible pour la campagne à venir, en ces temps bridés par les restrictions sanitaires:

"On a l’impression d’être en conversation téléphonique. Ça donne une proximité incroyable. On pourrait y organiser des conférences de presse, ou des échanges réguliers avec nos adhérents", a-t-il développé auprès du Figaro.

Outre la proximité, le cadre du RN salue l'autre valeur ajoutée, selon lui, de ce réseau trié sur le volet numérique: l'air y serait moins délétère, moins véhément. "Même ceux qui viennent y apporter une contradiction le font avec une grande courtoisie", a-t-il confié à France Info, des conditions ouvrant la possibilité de débats "de fond, sans polémique".

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV