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Tribune de militaires: qui sont les généraux signataires du texte?

Le général Piquemal lors de la manifestation anti-migrants au cours de laquelle il a été arrêté, le 6 février dernier.

Le général Piquemal lors de la manifestation anti-migrants au cours de laquelle il a été arrêté, le 6 février dernier. - Philippe Huguen - AFP

Une vingtaine de généraux ont signé un texte publié par l'hebdomadaire Valeurs Actuelles, dénonçant le "délitement" de la société française.

Ils appellent à "un retour de l'honneur de nos gouvernants" et dénoncent un "délitement qui frappe notre patrie", "à travers un certain antiracisme", et "l'islamisme et les hordes de banlieue". Une vingtaine de généraux ont publié mercredi dernier une tribune dans Valeurs Actuelles. Ils revendiquent également la signature d'"une centaine de hauts-gradés et plus d'un millier d'autres militaires".

"Si rien n’est entrepris, conclut le texte, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, assènent-ils, provoquant au final une explosion et l'intervention de nos camarades d'active".

Un texte que d'aucuns ont interprété comme un appel à la sédition. Le statut de ces militaires est flou, note l'Agence France-Presse (AFP). Le ministère des Armées a indiqué à l'agence mardi que des vérifications étaient en cours concernant leur statut véritable, leur consentement à signer ce texte ainsi que leurs états de service.

Beaucoup sont présentés comme étant de 2S, pour "deuxième section", c'est-à-dire ne faisant plus partie de "l'active" mais pouvant être rappelés au besoin.

Soutien de Marine Le Pen

Si rien n'est explicité sur ce point, la date de publication, le 21 avril, rappelle deux événements: le putsch des généraux d'Alger le 21 avril 1961, et la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour de la présidentielle le 21 avril 2002.

L'initiateur du texte, l'ancien capitaine de gendarmerie Jean-Pierre Fabre-Bernadac, a assuré ce mardi sur BFTMTV ne pas être "nostalgique" de l'Algérie française. L'homme a été, selon l'Essor de la gendarmerie cité par Libération, responsable du service d'ordre du Front national entre 1993 et 1994.

La présidente du Rassemblement national (RN) et candidate à la présidentielle Marine Le Pen a apporté son soutien au texte et l'a réitéré ce mardi.

Sur le blog de Jean-Pierre Fabre-Bernadac, qui avait initialement publié le texte le 13 avril dernier, des signataires continuent à être comptabilisés. Selon l'éditorialiste politique internationale de BFMTV Ulysse Gosset, 30 généraux étaient dénombrés et 2500 militaires étaient au total recensés ce mardi à 17 heures. À ce stade, aucun militaire en activité n'aurait été recensé, selon le ministère des Armées.

Sur la page publiée par l'hebdomadaire droitier, 19 noms de généraux ainsi que leur corps d'origine apparaissent. "La tribune irresponsable publiée dans Valeurs Actuelles est uniquement signée par des militaires à la retraite, qui n'ont plus aucune fonction dans nos armées et ne représentent qu’eux-mêmes", a précisé dimanche soir sur Twitter la ministre des Armées Florence Parly, première au sein du gouvernement à réagir au texte, quatre jours après sa publication.

"Un quarteron de généraux (en référence au discours de 1961 de De Gaulle, après la tentative de putsch, NDLR) en charentaises qui appelle au soulèvement", a tancé lundi sur France Info la ministre de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher, "soixante ans jour pour jour après le putsch des généraux contre le général de Gaulle, tout cela n'est pas gratuit", a-t-elle estimé.
Des militaires proches de l'extrême droite parmi les signataires de la tribune
Des militaires proches de l'extrême droite parmi les signataires de la tribune © BFMTV

Des identitaires notoires

Parmi les noms, certains sont déjà connus. Le premier à apparaître est celui de Christian Piquemal. L'homme n'en est pas à son premier coup d'éclat. Il est présenté comme un général de corps d'armée au sein de la Légion étrangère. À noter qu'il a été radié des cadres de la grande muette en 2016, avait à l'époque révélé Le Figaro, décision validée par le Conseil d'État en 2017.

Quelques mois avant sa radiation, il avait participé à une manifestation contre les migrants à Calais, à l'initiative du mouvement d'extrême droite allemand xénophobe et anti-islam Pegida. S'il avait été relaxé par la justice pour "organisation d'une manifestation non-autorisée" et "participation à un attroupement qui ne s'est pas dissous après sommation", la procédure disciplinaire introduite à son encontre avait donc abouti. Il est un proche de l'identitaire Renaud Camus, chantre du "grand remplacement".

Parmi les autres noms, celui d'Antoine Martinez, général de deuxième section de l'armée de l'air, par ailleurs candidat à la présidentielle de 2022, selon nos informations confirmant celles de Libération, avec un programme qui dénonce "l'islamisation" et "l'immigration extra-européenne de peuplement", note le quotidien.

Parmi ces signataires figurent également les gradés André Coustou, Roland Dubois et Daniel Grosmaire, qui militent contre l'islam et l'immigration.

Des militaires proches de l'extrême droite parmi les signataires de la tribune
Des militaires proches de l'extrême droite parmi les signataires de la tribune © BFMTV

Des militants RN

Plusieurs généraux signataires évoluent également dans le giron du RN: François Gaubert est conseiller régional du parti en Occitanie, Éric Champoiseau a été candidat sur une liste pro-RN à Libourne, en Gironde, Norbert de Cacqueray a lui été candidat sur une liste RN à Vannes, dans le Morbihan, selon des informations de Libération confirmées par BFMTV.

Emmanuel de Richoufftz, autre signataire, a défendu ce mardi sur notre antenne un rôle de "sentinelle" à travers cet appel. "Mon parti politique c'est la France", a-t-il assuré, interrogé notamment sur le soutien affiché de Marine Le Pen. Le militaire a toutefois été candidat aux dernières municipales au Grau-du-Roi, dans le Gard, d'abord sur une liste RN puis sur une liste Debout la France.

Ce mardi sur France Info, la ministre des Armées Florence Parly a déclaré avoir "demandé au chef d'état major d'appliquer les règles prévues dans le statut des militaires, c'est-à-dire des sanctions" s'il s'avérait que des militaires actifs se trouvaient parmi les signataires. "Le recensement est en cours et les sanctions tomberont", a-t-elle ajouté.

Clarisse Martin et Patrick Sauce