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Syrie: l'opposition dénonce des "frappes irresponsables" en "violation du droit"

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon - GERARD JULIEN / AFP

L'opposition dénonce ce samedi le suivisme dont la France ferait preuve en frappant le régime syrien aux côtés des États-Unis. Élus de droit et de gauche s'émeuvent de l'absence de mandat pour conduire ces opérations.

Il n'y aura certainement pas d'union sacrée autour de la question syrienne: alors que la France a bombardé, aux côtés des États-Unis et du Royaume-Uni, des cibles du régime de Bachar El-Assad dans la nuit de vendredi à samedi, l'opposition manifeste déjà un vif désaccord quant à cette intervention.

"Escalade irresponsable"

Si le Parti socialiste juge que les attaques chimiques "imposaient une réaction", La France insoumise et son leader Jean-Luc Mélenchon condamnent quant à eux "une aventure de revanche nord-américaine" alimentant "une escalade irresponsable".

"La France, hélas, a perdu tout rôle possible autre que celui d'accompagnateur des États-Unis d'Amérique. C'est le résultat déplorable de cette nuit. Jusque-là, on avait une certaine marge d'autonomie. (...) À partir du moment où nous avons fait cause commune avec une intervention absurde, c'est fini, nous ne sommes plus du tout dans une situation qui nous permettrait d'avoir un rôle de médiation possible", déplore sur notre antenne le député des Bouches-du-Rhône. 

"Leçons oubliées"

Même son de cloche chez le patron des sénateurs Les Républicains Bruno Retailleau. Dans un communiqué, l'héritier politique de François Fillon considère que "ces frappes affaiblissent notre diplomatie". 

"La voix de la France n’est forte que si elle est singulière, elle n’est utile que si elle privilégie le dialogue", écrit l'élu vendéen. "Emmanuel Macron aligne la diplomatie de la France sur celle de Donald Trump; c’est une erreur et les leçons du passé et de nos échecs au Moyen Orient semblent déjà oubliés."

"Pourquoi s'attaquer à Assad, alors qu'au même moment, le président de la République reçoit le prince d'Arabie saoudite, pays responsable de massacres au Yémen?", interroge par ailleurs le député de l'Essonne Nicolas Dupont-Aignan. "Attention au deux poids, deux mesures. (...) Il s'agit de maintenir une politique étrangère équilibrée et indépendante."

Sur Twitter, la présidente du Front national exprime elle aussi son désaccord. "La France perd à nouveau une occasion d'apparaître sur la scène internationale comme une puissance indépendante et d'équilibre dans le monde", a regretté Marine Le Pen. 

Absence de mandat

En outre, de nombreux élus, de tous bords confondus, s'émeuvent de l'absence de mandat, de l'ONU ou du Parlement, pour conduire ces frappes. "Si détestable que soit le régime d’El-Assad, on ne fait pas respecter le droit international en le violant soi-même", dénonce le député insoumis Adrien Quatennens.

Le secrétaire général adjoint des Républicains Julien Aubert, estime quant à lui que "pour la première fois de son histoire, la France d’Emmanuel Macron n’est pas du coté du droit".

"En bombardant sans l’aval du conseil de sécurité un pays souverain, comme Bush en Irak, elle détruit le système légal ONU dont elle est une des premières bénéficiaires", regrette-t-il sur Twitter.

"Toutes les règles du droit violées. Une bonne affaire pour les islamistes", commente également le frontiste Bruno Gollnisch.

L'article 35 de la Constitution, qui stipule que "la déclaration de guerre est autorisée par le Parlement", précise cependant, comme l'a fait remarquer la députée macroniste Aurore Bergé, que "le gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l'étranger, au plus tard trois jours après le début de l'intervention. (...) Cette information peut donner lieu à un débat qui n'est suivi d'aucun vote".

Louis Nadau