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Steeve Briois récompensé: comment est remis le prix qui fait polémique?

Steeve Briois lors de son élection officielle à Hénin-Beaumont, le 30 mars 214.

Steeve Briois lors de son élection officielle à Hénin-Beaumont, le 30 mars 214. - Philippe Huguen - AFP

Alors que le choix de Steeve Briois comme élu local 2014 suscite des remous, comment fonctionne le prix du Trombinoscope, remis chaque année à des politiques par des journalistes?

Mardi soir, il règne une ambiance pesante à l'hôtel de Lassay, la résidence officielle du président de l'Assemblée nationale. Le Trombinoscope, l'annuaire des principaux acteurs de la vie politique, remet ses prix annuels. Personnalité politique, meilleur ministre, député de l'année, élu local… Une série de personnalités sont récompensées.

Un rituel d'ordinaire festif, qui fait partie de la vie politique française. Mais cette année, le président de l'Assemblée a refusé d'être présent. En cause: le choix de Steeve Briois, maire FN d'Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, désigné "élu local de l'année".

Des discussions ardues

Tout a commencé à l'automne, lorsque 120 journalistes sont chargés de remplir des documents imprimés. Objectif: présélectionner quatre noms pour chaque catégorie. Charge ensuite à un jury restreint de choisir, en décembre, le lauréat parmi les quatre noms préselectionnés. 

Outre la présidente Arlette Chabot, Gilles Leclerc, président de Public Sénat, Christophe Barbier, directeur de L'Express, Paul-Henri du Limbert, du Figaro, Laurent Joffrin, directeur de Libération, Albert Toscano, du club de la presse européenne, ou encore Bruno Dive, éditorialiste à Sud-Ouest, en font partie. A la lumière de l'actualité politique, chacun des journalistes défend "son" candidat.

Cette année, les discussions sont particulièrement ardues. Car le nom de Steeve Briois a été présélectionné, et il ne fait pas l'unanimité. "Il y a eu débat", reconnaît Gilles Leclerc dans La Voix du Nord. "L'idée, c'est de décerner des prix qui représentent le paysage politique de l'année 2014. Le jury ne pouvait pas ignorer la montée du FN. Et après en avoir beaucoup discuté à travers des débats animés, nous avons choisi Steeve Briois".

Vice-président du FN, le maire d'Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, a été élu au premier tour des élections municipales de mars 2014 et fait partie à ce titre des succès locaux dont se targue le Front national. C'est d'ailleurs la première fois que le parti de Marine Le Pen est récompensé lors de cette cérémonie.

Malaise chez les journalistes

Les journalistes qui ont désigné Steeve Briois sont présents, et leur malaise est palpable: Gilles Leclerc rappelle qu'il ne s'agit "pas d'une récompense mais d'un symbole", et ne remet pas son prix en mains propres à l'élu local de l'année. Arlette Chabot se justifie à son tour: "Ce n'est pas notre choix, c'est celui des Français. C'est aussi la traduction de la montée du FN dans la société française".

Laurent Joffrin, lui, n'assume pas. Alors que la rédaction de Libération se désolidarise de son choix, le directeur écrit sur Twitter: "Devant l'émotion suscitée, la vérité oblige à dire que je n'étais pas présent lors de la délibération Briois, et que j'aurais voté contre".

Soutenu par les élus FN de l'Assemblée, l'élu d'Hénin-Beaumont a tout de même tenu à prononcer quelques mots: "Même s'il m'est attribué à contrecoeur, ce prix me va droit au coeur". Une déclaration suivie de timides applaudissements.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV