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"Sans dents", les deux mots qui vont poursuivre Hollande

François Hollande et Valérie Trierweiler le 6 avril 2013 à Tulle, en Corrèze.

François Hollande et Valérie Trierweiler le 6 avril 2013 à Tulle, en Corrèze. - Jean-Pierre Muller - AFP

L'expression sans dents, prêtée à François Hollande par Valérie Trierweiler dans son livre, pourrait se révéler nuisible pour le chef de l'Etat.

"Il s'est présenté comme l'homme qui n'aime pas les riches. En réalité, le président n'aime pas les pauvres. Lui, l'homme de gauche, dit en privé: 'les sans dents', très fier de son trait d'humour." Tirée de Merci pour ce moment (Arènes), le livre de Valérie Trierweiler, cette phrase, bien que jamais prononcée en public par François Hollande, fait l'effet d'une bombe.

Pourquoi l'expression fait-elle mouche?

"Cette expression, c'est la synthèse du débat politique français actuel, à savoir l'opposition entre le peuple et l'élite, la défiance du peuple vis-à-vis du politique", explique Philippe Moreau-Chevrolet, communicant et président de MCBG. 

"C'est une expression qu'on entend peu en France mais beaucoup en Grande-Bretagne, où l'on évoque les toothless pour désigner les pauvres", ajoute Olivier Clodong, spécialiste en communication politique et ancien directeur de campagne de Nicolas Dupont-Aignan.

Pourtant, ces deux mots renvoient à des références très françaises, selon Philippe Moreau-Chevrolet. "C'est l'imaginaire de la Révolution, les sans-culottes, mais aussi le quotidien des gens: le fait de ne pas pouvoir se payer des frais dentaires, c'est l'une des principales inégalités en France". Selon une étude de l'Ifop citée par Le Monde, plus d'un Français sur trois a déjà renoncé à des soins dentaires pour des raisons financières.

Quelles conséquences pour François Hollande?

  • De quoi alimenter une défiance déjà existante vis-à-vis d'un président dont la popularité plonge. "En 2012, Hollande disait qu'il n'aimait pas les riches ("mon ennemi, c'est la finance", avait-il déclaré en 2012 lors du meeting du Bourget, ndlr). Aujourd'hui, il dit qu'il n'aime pas les pauvres: ça pose un problème", assure Philippe Moreau-Chevrolet.

L'image personnelle du président en prend un coup, elle aussi. "Jusqu'ici, François Hollande apparaissait comme pas vraiment compétent, mais plutôt sympathique", selon Philippe Moreau-Chevrolet. "Mais cette expression ne le rend plus sympathique du tout. Elle rappelle le 'casse-toi pauv' con' de Nicolas Sarkozy". Et si la popularité de François Hollande est déjà très basse, cette expression risque de ne pas l'aider à remonter. "Ses chances de réélection sont sérieusement entamées", affirme Yves-Marie Cann, de l'institut CSA, à Europe 1.

Démentir ou laisser dire?

En attendant, le chef de l'Etat, s'il devait se représenter en 2017, pourrait de nouveau entendre cette expression dans la bouche de ses rivaux. "Elle lui sera forcément renvoyée par ses adversaires au cours de débats futurs", selon Philippe Moreau-Chevrolet. "C'est une véritable bombe politique, elle ne le lâchera pas".

D'autres en profitent déjà: quelques heures à peine après la publication des extraits de l'ouvrage, des comptes Twitter sont apparus, portant le nom de "sans dents". Ils sont revendiqués notamment par la Manif pour tous, ou relayés par des militants de gauche. L'expression est depuis deux jours en deuxième position des trending topics (sujets dominants) sur Twitter. "La phrase est donc utilisée contre lui par tout le monde: les organisations politiques comme les gens dans la rue. C'est le pire scénario", pour Philippe Moreau-Chevrolet.

Apporter un démenti officiel, ou laisser les choses se calmer d'elles-mêmes? L'Elysée est sans doute en pleine réflexion sur la réponse à apporter à cette tempête. La crise ne fait que commencer pour François Hollande. Le livre, paru jeudi matin, s'arrache déjà en librairie

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV