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S'il veut revenir, Sarkozy doit oublier Buisson

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno - -

L’un des faits marquants de la semaine dernière : l’article de Valeurs Actuelles dans lequel Nicolas Sarkozy envisageait son retour – mais dont ses proches ont contesté le contenu. En voici une lecture originale.

Les avis divergent (jusque dans l’entourage de Nicolas Sarkozy) sur les conditions de cette vraie-fausse interview. Mais ce qui n’est pas discuté, c’est le rôle prépondérant de Patrick Buisson dans son organisation. Le fameux conseiller ultra-droitier, l’éminence (vert-de-)grise a des liens anciens avec Valeurs actuelles, et il faut lire cet article comme un prolongement du discours sarkoziste de la présidentielle, qui déjà lui devait beaucoup. Du coup, il ne faut pas s’étonner que ce qui devait être un coup ait fait un flop. Avec Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy ne change pas une équipe… qui perd.

Patrick Buisson (et Valeurs Actuelles) ont involontairement piégé Nicolas Sarkozy ?

On peut appeler cela un excès de zèle mais c’est bien un combat politique que Buisson et les siens mènent : pour que l’UMP soit le grand parti ultraconservateur de leurs rêves, quitte à se rapprocher du FN. C’était la ligne de Buisson il y a 30 ans comme directeur de Minute. C’est celle de Valeurs actuelles, qui ne défend pas que des valeurs très actuelles (sur la famille, l’immigration, la peine de mort…). L’article en question, rempli de citations de Nicolas Sarkozy qui n’ont pas été inventées, érige à nouveau Nicolas Sarkozy en porte-drapeau de cette droite-là. Celle qui a perdu l’an dernier. Et qui continue à croire que sa stratégie était gagnante.

Mais sur le fond, si les propos qui sont cités dans le journal sont bien ceux de N. Sarkozy, c’est qu’il est lui-même en accord avec cette ligne ?

Il en est plutôt prisonnier. Bien sûr qu’il a dû dire, en privé, les horreurs citées dans l’article sur le mariage gay, avec ce parallèle insane sur la « traçabilité des enfants » et celle de la viande. Ou ces rodomontades sur le Mali, pleines d’aigreur envers François Hollande mais qui jurent avec ce qu’il a fait lui-même en Libye. Surtout, qui connaît Nicolas Sarkozy sait qu’il parle énormément en privé, à tort et à travers, qu’il se contredit d’un interlocuteur à l’autre. Sans doute qu’il dit à Buisson et ses amis ce qu’ils ont envie d’entendre. Et que aux ont écrit ce qu’ils avaient envie d’écrire. A l’arrivée, en tout cas, ça ne donne pas de Nicolas Sarkozy, l’autoportrait le plus flatteur qui soit. Ni le plus habile pour un futur candidat…

Donc vous croyez au moins à la phrase sur son éventuel retour « par devoir, pour la France »…

Je ne doute pas que Nicolas Sarkozy veuille revenir – même si avec cette phrase, il veut surtout se donner le beau rôle. Il dit aussi que le monde politique l’ennuie, mais s’il reçoit tous les élus UMP de France et de Navarre ce n’est pas pour préparer ses conférences sur la gouvernance mondiale ! En attendant, ce que cet épisode montre bien, c’est qu’il a perdu de sa vista politique – et que ses amis les plus empressés ne sont pas les plus inspirés. Pour préparer un retour, Nicolas Sarkozy avait prévu de semer de petits cailloux de temps en temps. Là, c’est plutôt un gros pavé qu’il a lâché. Et il se l’est fait tomber sur le pied.

Ecoutez ici le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 11 mars.

Hervé Gattegno