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Pressenti pour devenir un Sage, Alain Juppé tourne la page de 40 ans de politique

Alain Juppé - Image d'illustration

Alain Juppé - Image d'illustration - François Mori - AFP

L'actuel maire de Bordeaux doit annoncer sa démission jeudi lors d'une conférence de presse. Il a été proposé au Conseil constitutionnel par Richard Ferrand.

L'actuel maire de Bordeaux Alain Juppé a annoncé ce mercredi, à la surprise générale, avoir accepté la proposition du président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand de siéger au Conseil constitutionnel. Dans un communiqué diffusé ce jour, l'ancien Premier ministre annonce une conférence de presse jeudi à 11h afin de donner "(ses) raisons aux Bordelais(e)s". De sources concordantes à BFMTV, il va annoncer sa démission, qui sera effective dans un mois. 

J’ai décidé, il y a plusieurs mois, de ne pas me représenter à l’élection municipale de mars 2020. Je comptais annoncer cette décision au lendemain des élections européennes fin mai prochain Ma nomination bouleversera ce calendrier", explique-t-il. 

Renoncement aux échéances électorales

Figure emblématique de la politique d'hier et d'aujourd'hui, Alain Juppé semble tire donc un trait définitif sur les prochaines échéances électorales et sur sa carrière politique. Pourtant, en novembre passé, l'hypothèse d'une candidature comme tête de liste LaREM pour les prochaines élections européennes avait été évoquée lors d'un dîner en présence d'Emmanuel Macron. 

"Je vais m'engager à défendre une campagne offensive pour l'Europe. Il faut casser la coalition des casseurs d'Europe", avait-il promis quelques jours plus tard sur l'antenne de CNews

L'intégration d'Alain Juppé au Conseil constitutionnel marque également la fin de l'histoire entre le natif de Mont-de-Marsan et Bordeaux, ville dont il est maire depuis 1995 (moins une période de deux ans, de 2004 à 2006, lorsqu'il a été remplacé par Hugues Martin pour cause d'inéligibilité à la suite d'une condamnation en justice.)

Exit également les rêves présidentiels, une élection qui s'est toujours refusée à lui malgré les excellents sondages dont il bénéficiait alors que s'amorçait la primaire de la droite pour l'élection de 2017. Lors d'une émission de grande écoute sur France 2 en 2014, il a même eu du mal à retenir une larme à la vue d'un sondage favorable.

Bien décidé à mettre en échec le retour de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé s'est cependant "trompé d'élection", selon les termes de François Fillon, dont la ligne libérale et conservatrice a triomphe lors de la primaire face au chantre de "l'identité heureuse", en décalage avec un électorat de droite remonté à bloc contre la présidence de François Hollande.

Relation forte avec Emmanuel Macron 

La nomination surprise d'Alain Juppé confirme également le rapprochement opéré depuis 2017 entre ce dernier et le président Emmanuel Macron, dont le point d'orgue fut la nomination à Matignon de son ancien protégé, Édouard Philippe. Le Premier ministre qui a évoqué ce mercredi soir "une très bonne nouvelle pour la République". 

Le qualifiant dans un premier temps de "ringard" et de "traître" Alain Juppé avait finalement, en 2017, plaidé pour un "grand mouvement central" autour du chef de l'État en vue des élections européennes, en ne cessant de critiquer la ligne incarnée par le nouveau patron de LR, Laurent Wauquiez.

Membre fondateur de l'UMP en 2002, Juppé n'est plus membre des Républicains, n'ayant pas repris sa carte depuis son échec retentissant lors de la primaire de 2016. "De la rancœur envers un parti qu'il n'aime plus", regrette un dirigeant qui l'avait soutenu face à Nicolas Sarkozy et François Fillon.

Ces dernières semaines, à la faveur de la crise des gilets jaunes, les relations s'étaient légèrement troublées entre Alain Juppé et Emmanuel Macron, le maire de Bordeaux estimant que le locataire de l'Elysée devait "répondre concrètement à certaines attentes légitimes."

Ultime étape d'une carrière riche 

S'il passe avec succès l'examen des commissions parlementaires compétentes, Alain Juppé succédera rue de Montpensier, siège du Conseil constitutionnel, à un autre ancien locataire de l'hôtel Matignon, le socialiste Lionel Jospin, qui lui avait lui-même succédé en 1997.

Cette ultime étape d'une carrière politique bien remplie ne devrait somme toute pas être dénuée de sens puisque l'homme de 73 ans aura, en compagnie notamment de Laurent Fabius et de Valéry Giscard d'Estaing, la lourde tâche de veiller à la régularité des élections nationales et autres référendums alors que le RIC, référendum d'initiative citoyenne, est réclamé depuis plusieurs semaines par les gilets jaunes. 

Hugo Septier