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Pourquoi le gouvernement Castex attend-il toujours ses secrétaires d'État?

Premier conseil des ministres du nouveau gouvernement, le 7 juillet 2020 à l'Elysée

Premier conseil des ministres du nouveau gouvernement, le 7 juillet 2020 à l'Elysée - Ian LANGSDON © 2019 AFP

Initialement prévue pour le début de semaine, la désignation des secrétaires d'État censés compléter l'équipe tarde à être finalisée. Un hiatus lié aux multiples paramètres à prendre en compte.

Peut-être Emmanuel Macron ou Jean Castex ont-ils à l'esprit ce chiffre: 49. Il s'agit du nombre record de membres au sein d'un même gouvernement sous la Ve République. C'était sous l'égide de Michel Rocard, de 1988 à 1991. Effectif initial: 21 ministres, 11 ministres délégués et... 17 secrétaires d'État.

Autres temps? S'agissant des seuls ministres, cet étiage est très proche de celui du gouvernement Castex, qui compte 31 ministres ou ministres délégués. La désignation des secrétaires d'État, qui permettent à un exécutif de traiter certains dossiers de façon plus ciblée, tarde à venir - exception faite du porte-parolat, attribué à Gabriel Attal. Ces nominations étaient initialement prévues pour le début de cette semaine.

Le risque de l'équipe pléthorique

Désormais, c'est une fourchette allant de dimanche à mardi prochain qui est évoquée par l'Élysée. Soit, si l'hypothèse lointaine venait à l'emporter, près de deux semaines après l'arrivée des ministres. Si l'on compare ce timing à celui en vigueur dans d'autres démocraties libérales, le hiatus n'a rien de choquant.

Cela est d'autant plus vrai que les premiers jours du nouveau gouvernement sont consacrés essentiellement au rodage de sa communication et aux déplacements sur le terrain. Ce que les ministres en place peuvent largement accomplir avec leurs équipes sans la présence de secrétaires d'État.

En France néanmoins, la pratique veut que nos gouvernements soient au complet dans un délai très bref. Trop bref, ont pu regretter d'anciens ministres. Il faut reconnaître qu'en la matière, Emmanuel Macron a pris l'habitude de laisser s'écouler davantage de temps que ses prédécesseurs pour boucler ses équipes.

Dans le cas d'espèce, le chef de l'État et son nouveau Premier ministre doivent tenir compte de nombreux paramètres pour parfaire leur liste. Il y a d'abord la question prosaïque du nombre, qui contrevient déjà à l'objectif de départ de constituer un gouvernement "resserré".

La charge symbolique d'un exécutif pléthorique n'est pas de nature à traduire, dénonceront les oppositions, le nouvel élan qu'entend insuffler Emmanuel Macron pour terminer son mandat. Et ce, quand bien même le fantasme du gouvernement resserré est l'une des marottes de la Ve République.

Les dossiers primordiaux

Derrière cet élément, auquel s'ajoute la parité hommes-femmes, il y a la question des dossiers sur lesquels le gouvernement souhaite afficher sa mobilisation. Par exemple, la disparition du maroquin de Cédric O, en charge du Numérique sous Édouard Philippe, est-elle envisageable dans un contexte où ce sujet en régit beaucoup d'autres?

Il en va de même pour le secrétariat d'État auprès du ministère de la Transition écologique, dans la mesure où l'environnement est censé être l'un des axes majeurs de la fin du quinquennat. Pour l'heure, Barbara Pompili ne s'appuie sur aucun ministre délégué. Un indicateur, peut-être, que le poste occupé jusque récemment par Brune Poirson pourrait être préservé. Avec ou sans elle, d'ailleurs: Barbara Pompili ayant libéré son siège de présidente de la commission Développement durable à l'Assemblée nationale, il est possible qu'un jeu de substitution ait lieu.

Qui maintenir, qui "faire monter"

C'est là l'autre casse-tête, plus politique mais tout aussi classique, auquel sont confrontés l'Elysée et Matignon: celui des personnes à maintenir à leur poste actuel ou à "faire monter". Parmi les noms de potentiels nouveaux arrivants issus des rangs de La République en marche, ceux d'Aurore Bergé, Olivia Grégoire, Jean-Baptiste Moreau ou Stanislas Guerini sont régulièrement évoqués.

S'agissant du dernier, actuel délégué général de LaREM, sa nomination - à Bercy, nous dit-on au sein du mouvement - accélérerait automatiquement le remaniement du parti présidentiel. Même s'il n'est pas en soi proscrit de cumuler cette fonction et un portefeuille ministériel. D'autres l'ont fait, à commencer par Christophe Castaner.

Le poste de Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État au Quai d'Orsay en charge du Commerce extérieur et du Tourisme, secteurs ô combien touchés par la crise de la Covid-19, devrait être perennisé. Pour les Affaires européennes, ancien périmètre d'Amélie de Montchalin, les deux têtes de l'exécutif ont l'embarras du choix: il y a Clément Beaune, conseiller Europe d'Emmanuel Macron, mais aussi le député Pieyre-Alexandre Anglade, ou encore l'eurodéputée juppéiste Fabienne Keller.

Élargir la majorité?

Restent les profils censés élargir la majorité macroniste. Parmi ceux-là, le plus emblématique est incontestablement celui de Guillaume Larrivé, qui a raté le coche du ministère de la Justice et qui pourrait être repêché à l'occasion de cette seconde vague de désignations.

Le fait qu'il a été le seul député Les Républicains à voter la confiance au gouvernement Castex a été abondamment commenté à cette aune. Problème: le garde des Sceaux nommé le 6 juillet, Eric Dupond-Moretti, aurait refusé selon Le Parisien d'être flanqué d'un secrétaire d'État. Par ailleurs, beaucoup au sein de la macronie ne passent pas au député LR de l'Yonne son opposition frontale au président durant l'essentiel du quinquennat.

Jules Pecnard Journaliste BFMTV