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Pourquoi la décision du Conseil d'Etat est essentielle, bien au-delà du burkini

Quelque soit la décision du conseil d'Etat, elle aura des répercussions primordiales sur la vie politique.

Quelque soit la décision du conseil d'Etat, elle aura des répercussions primordiales sur la vie politique. - AFP

Le Conseil d'Etat a tranché sur la légalité de l'arrêté portant sur l'interdiction du burkini à la plage pris par la mairie de Villeneuve-Loubet. Une décision qui n'empêchera pas le débat politique de se poursuivre.

Un arrêt qui était scruté par tous et commenté depuis par tous. Le Conseil d'Etat a décidé de suspendre l'arrêté pris par la municipalité de Villeneuve-Loubet portant sur l'interdiction d'accéder à la plage à toute personne n'ayant pas une tenue correcte, qui s'est transformé en arrêt anti-burkini. Jeudi, les juges de la plus haute juridiction administrative ont écouté les arguments des deux parties, avant de se donner 24 heures pour trancher.

"Cet arrêt a le mérite de trancher, à mon avis provisoirement, un débat qui enflamme toute la classe politique, qui divise le gouvernement et qui suscite l’incompréhension la plus totale dans certains pays à l’étranger", note Laurent Neumann, l'éditorialiste politique de BFMTV. 

L'impact sur la loi nationale

Le temps de la réflexion était, semble-t-il, plus que primordial dans cette affaire tant cette polémique agite la société autant que la classe politique. Le Conseil d'Etat a estimé que les maires ayant pris un arrêté anti-burkini portaient atteinte aux libertés fondamentales et fait ainsi primer la loi nationale sur le pouvoir des communes. 

En annulant le texte de Villeneuve-Loubet, le Conseil d'Etat prend une décision qui devrait faire jurisprudence et représente un camouflet pour Manuel Valls. Jeudi, les dissensions au sein du gouvernement ont éclaté au grand jour. Alors que Manuel Valls a publiquement apporter son soutien aux maires ayant pris ces arrêtés, sa ministre de l'Education nationale et celle des Affaires sociales lui ont opposé une vive contradiction. Pour Najat Vallaud-Belkacem, ces textes représentent "une dérive", quand Marisol Touraine estime elle que cela engendre "une stigmatisation dangereuse pour la cohésion de notre pays".

"Derrière cette décision purement juridique il y a l’opposition entre trouble public et liberté de conscience, estime l'éditorialiste. C’est un enjeu de politique majeur."

L'islam au coeur de la campagne

Et le débat politique est loin de s'essouffler. Le maire PS de Sisco, en Corse, a d'ores et déjà indiqué sur BFMTV qu'il ne retirerait pas son arrêté de son propre chef. A l'annonce de la décision du Conseil d'Etat, plusieurs personnalités de la droite ont elles vivement réagi. Ainsi, chez Les Républicains, Eric Ciotti, Eric Woerth ou encore Jean-François Copé réclame un loi portant sur le port du burkini. "Une proposition de loi va être déposée au parlement, assure Thierry Arnaud, chef du service politique de BFMTV. Ensuite cette loi va-t-elle suivre son cours, selon quel calendrier, ça va être évidemment un débat politique intense."

Plus largement, la polémique de cet été sur le port du burkini dans l'espace public confirme une tendance: "L’islam est au cœur de cette campagne électorale parfois avec des excès, avec beaucoup beaucoup d’hystérie, décrypte Laurent Neumann. Mais la question se pose." Des débats qui s'étaient déjà posés en 2004 lors du vote sur la loi portant sur l'interdiction du voile à l'école ou en 2010 à propos de la loi dite anti-burqa. Et le sujet cristallise les tensions. 

"Ces questions-là, elles vont irriguer toute la campagne, prévient l'éditorialiste de BFMTV. Elles divisent à droite et à gauche, elles divisent les Français. Chacun est embarrassé avec ces questions. Bien sûr il y a la liberté de conscience, il y a la liberté de religion mais en même temps il s'agit de la première campagne présidentielle sous état d'urgence, ce n'était jamais arrivé." Pour lui, le lien se fera évidemment entre questions sur l'état d'urgence et islam car "tout le monde fait l'amalgame".

J.C.