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Pour Claude Chirac, Jacques "a eu raison" de ne pas faire de gouvernement d'union nationale en 2002

Invité de Ruth Elkrief, le rendez-vous sur BFMTV, la fille de Jacques Chirac affirme que l'ex-chef de l'État croyait au besoin d'avoir une droite et une gauche pour freiner la montée des extrêmes.

Le 26 septembre 2019, Jacques Chirac s'éteignait à l'âge 86 ans. Un an jour pour jour après sa mort, sa fille cadette Claude Chirac est l'invitée ce samedi de Ruth Elkrief, le rendez-vous sur BFMTV. Elle prend la parole au sujet de l'ancien président de la République, de son parcours, de certains de ses choix politiques. L'un de ceux qui lui ont été les plus reprochés concerne son second mandat, obtenu après sa large victoire face à Jean-Marie Le Pen le 5 mai 2002.

Pourquoi Jacques Chirac, fort des 82,21% de suffrages recueillis au second tour, n'a-t-il pas mis en place un gouvernement "d'union nationale", rassemblant des membres issus de son camp, la droite, mais aussi de la gauche? Pourquoi avoir opté pour une équipe comptant essentiellement des pontes de l'UMP nouvellement créée, quelques UDF et personnalités venant de la société civile? Pourquoi ne pas avoir saisi cette occasion pour, au fond, mettre en œuvre ce que fera Emmanuel Macron 15 ans plus tard?

Interrogée là-dessus, Claude Chirac affirme que ce fut "un sujet de grande réflexion, profonde". "J'aurais trouvé formidable qu'on fasse en effet un gouvernement d'union nationale, après une telle épreuve pour la France", jure celle qui fut, pendant longtemps, la communicante officieuse de son père à l'Elysée.

Critique en creux de Macron?

Homme du XXe siècle, rompu aux tactiques d'une Ve République qui s'est rapidement structurée autour du clivage gauche/droite, Jacques Chirac n'a pas joué cette carte. "À l'époque il nous a dit, 'il faut une gauche et une droite pour parler de la France, il faut deux pôles, une alternance'", rapporte sa fille.

"Il avait parfaitement conscience que les gens ne comprendraient pas, probablement, cette décision. Mais il a considéré que c'était l'intérêt du pays, à terme, parce que cette confusion serait au bout du bout porteuse, évidemment, d'un affaiblissement des forces démocratiques républicaines au profit des extrémismes", développe-t-elle.

Ainsi Claude Chirac vise-t-elle vraisemblablement, en creux, l'évolution que connaît l'échiquier politique depuis l'élection d'Emmanuel Macron, dont la stratégie a consisté à affaiblir les partis de gouvernement traditionnels. De quoi amorcer une alliance entre le centre-gauche et le centre-droit, ce sur quoi capitalisent les partis à tendance protestataire, qu'il s'agisse du Rassemblement national ou de La France insoumise.

"Aujourd'hui je pense qu'il a eu raison", affirme la fille de Jacques Chirac sur notre plateau. "On voit bien que la confusion, aujourd'hui, est quand même porteuse de beaucoup de dérives", ajoute-t-elle pour conclure.
Jules Pecnard