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Philippe prévenu en janvier par Buzyn de l'impossibilité de tenir les municipales? Le gouvernement "assume parfaitement"

Dans un entretien accordé au Monde et publié ce mardi, Agnès Buzyn, candidate LaREM à la mairie de Paris, a montré qu'elle déplorait d'avoir quitté le ministère de la Santé alors que la crise du coronavirus pointait déjà. Elle assure cependant avoir confié dès janvier à Edouard Philippe l'impossibilité d'organiser les municipales dans ce contexte.

Dimanche, l'exécutif enjoignait les Français d'aller voter en dépit du coronavirus, moyennant le respect d'une distance réglementaire avec les autres votants et de dispositions hygiéniques élémentaires. Lundi, le gouvernement a finalement annoncé le report au 21 juin du second tour des municipales. Dans l'intervalle, à Paris où elle est candidate pour LaREM, Agnès Buzyn, lointaine troisième de la première manche du scrutin, a arrêté sa campagne, sans toutefois se retirer de la course. 

L'ancienne ministre de la Santé, qui a quitté son ministère pour faire campagne en lieu et place de Benjamin Griveaux alors que la crise du coronavirus s'annonçait déjà, s'est montrée visiblement très affectée à l'idée d'avoir délaissé le gouvernail au moment où la crise approchait, dans un entretien publié par Le Monde ce mardi.

Faisant part de ses remords, elle a même assuré avoir prévenu très en amont Edouard Philippe de la probable impossibilité d'organiser les élections municipales en mars. Ce mardi, le gouvernement, par la voix de sa porte-parole Sibeth Ndiaye, a pourtant "parfaitement assumé" le maintien du rendez-vous de ce dimanche. 

"J'ai prévenu Edouard Philippe le 30 janvier"

Le 24 janvier dernier, à la sortie d'un Conseil des ministres où elle avait encore sa place, Agnès Buzyn avait déclaré: "Les risques de propagation du coronavirus sont très faibles", ajoutant cependant: "Cela peut évidemment évoluer dans les prochains jours s’il apparaissait que plus de villes sont concernées en Chine ou plus de pays, notamment de pays de l’Union européenne". Au milieu des mêmes circonstances, elle avertissait pourtant le gouvernement selon ses confidences aux airs de confessions ce mardi dans Le Monde. 

"Je pense que j’ai vu la première ce qui se passait en Chine: le 20 décembre, un blog anglophone détaillait des pneumopathies étranges. J’ai alerté le directeur général de la santé. Le 11 janvier, j’ai envoyé un message au président sur la situation. Le 30 janvier, j’ai averti Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. Je rongeais mon frein", glisse-t-elle au quotidien. 

Expliquant ses larmes à l'heure de transmettre son portefeuille à Olivier Véran, elle continue: "Quand j’ai quitté le ministère, assure-t-elle, je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. Je suis partie en sachant que les élections n’auraient pas lieu." Elle prolonge, plus dure encore: "Depuis le début je ne pensais qu’à une seule chose : au coronavirus. On aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade."

"Nous assumons parfaitement"

Ces déclarations autour d'un premier tour de municipales qu'il n'était pas pensable de tenir et finalement tenu tout de même, émises par celle qui était alors ministre de la Santé, alimentent déjà le débat public. Ce mardi, lors d'une conférence de presse, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, a essuyé la question. Elle a rétorqué: "Nous n’avons eu de cesse depuis le début de cette crise de prendre au fond les mêmes principes. D’abord, un principe de transparence, l’ensemble des décisions que nous avons prises nous les avons explicitées, largement, quotidiennement, avec le directeur de la Santé Jérôme Salomon, à l’époque avec Agnès Buzyn puis avec Olivier Véran. Le deuxième principe que nous avons mis en œuvre est de toujours demander un avis scientifique", a-t-elle d'abord justifié, enchaînant aussitôt: 

"Nous avons considéré sur la base d’un avis scientifique et d’un consensus politique que les élections municipales pouvaient se tenir dans de bonnes conditions. Donc notre stratégie a été de faire en sorte que ça puisse se passer dans de bonnes conditions, donc l’application de gestes-barrières - la disposition de points d’eau pour se laver les mains ou de gel hydroalcoolique- a permis la tenue de ces élections dans de bonnes conditions. (…) Par ailleurs, notre volonté a toujours été d’être dans une stratégie de graduation, alimentée depuis plusieurs semaines par la connaissance scientifique que nous avons du COVID-19." "Nous assumons parfaitement les décisions que nous avons prises", a-t-elle ensuite soutenu. 

Un changement d'opinion subit sur cette question ne serait cependant pas la première volte-face du gouvernement ces jours-ci. 

Robin Verner