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Perturbations pendant l'Euro: "le retournement de l'opinion risque d'être violent"

Jusqu'à présent, selon les sondages, les Français soutiennent les mouvements d'opposition à la loi Travail. Mais les jours passant et l'Euro approchant, les Français pourraient faire volte-face si les grèves et blocages en venaient à durer et à  perturber la tenue de l'Euro. Selon l'institut de sondage Elabe, ce retournement d'opinion est déjà en marche.

L'enjeu de l'Euro 2016 dépasse les seules considérations sportives. Pour l'exécutif, il s'agit également d'un moment retransmis dans le monde entier où l'image de la France est en jeu. Mais à quelques heures du début de la compétition, les syndicats et le gouvernement sont toujours dans d'âpres discussions sur la loi Travail.

Car si l'opposition à ce texte reste largement majoritaire, un sondage Elabe pour BFMTV de la semaine dernière montrait déjà que pour plus de 6 Français sur 10, des perturbations pendant la compétition sportive seraient jugées "inacceptables".

Yves-Marie Cann, directeur des études politiques d'Elabe joint par BFMTV.com, y voit "l'amorce d'un retournement de l'opinion". "Et ce retournement risque d'être encore plus violent dans les jours qui viennent, si chacun campe sur ses positions", prévient-il.

"Si les organisations syndicales vont un cran trop loin dans les perturbations dans les transports ou dans l'organisation des matchs de l'Euro 2016, elles pourraient perdre la bataille de l'opinion publique", ajoute Yves-Marie Cann.

Syndicats et gouvernement plient-ils devant "les intérêts particuliers"?

Pour autant, le gouvernement qui n'a de cesse d'afficher sa détermination sur la loi El Khomri semble parier de ce retournement d'opinion n'est pas à l'abri de reproches. Le Canard enchaîné évoquait fin mai la sérénité du chef de l'Etat sur le sujet: "En 1998, lors du Mondial, il y avait eu une grève des contrôleurs aériens qui avait duré pendant tout le premier tour de la compétition. Mais le sport avait vite pris le dessus sur la mobilisation sociale. Et d'abord dans la presse", glissait-il à son entourage. 

Mais la situation de 2016 est plus inquiétante pour l'exécutif. A l'opposition à la loi Travail s'ajoute un climat social tendu dans les transports publics, avec les éboueurs, la police municipale, des urgentistes, Air France,... Selon l'éditorialiste Hervé Gattegno, "le gouvernement a sous-estimé la volonté de certains syndicats à faire grève. Et peut-être les syndicats ont-ils eux-mêmes sous-estimé la volonté de la base à continuer le mouvement".

"Les intérêts privés priment l'intérêt général. (...) Il y a eu les inondations, il y a l'arrivée de cet Euro, il y a l'image de la France à l'étranger, on attend plusieurs millions de touristes qui vont apporter des sous, donc de la croissance, donc des emplois: les sondages sont en train de s'inverser. Le gouvernement a lâché. Ils ont lâché sur les routiers, les intermittents, la SNCF, tout le monde a eu son lot et pourtant, ça continue", décryptait mercredi soir, également sur notre antenne, le journaliste Laurent Neumann.

Loi Travail et Euro de football, histoire d'un télescopage

Quand sera trouvée la porte de sortie? Si le gouvernement espère une accalmie après la journée de mobilisation syndicale du mardi 14 juin, le problème reste qu'il aurait "brouillé son message".

"La volonté du gouvernement de déminer le terrain sur un certain nombre de sujets comme celui de la SNCF et de temporiser certaines revendications avec des promesses et de l'argent public, peuvent lui permettre dans un premier temps de contenir les foyers de tensions sociales, mais cela contribue aussi à brouiller le message vis-à-vis des Français, puisque les cadeaux faits aux uns, peuvent aussi déplaire aux autres", analyse Yves-Marie Cann. 

Par-delà de la confusion actuelle, un autre écueil relevé par le sondeur est que les débats parlementaires portant sur la loi Travail sont "loin d'être achevés". Le projet actuellement "examiné au Sénat, reviendra début juillet en deuxième lecture devant l'Assemblée nationale, soit en plein pendant l'Euro", fait-il valoir.

En attendant, la fermeté revendiquée par Manuel Valls ne le fait pas grimper dans l'opinion. Selon baromètre Ifop-Fiducial pour Match et Sud Radio, le Premier ministre paie encore plus cher son combat en faveur de la loi Travail et perd 9 points, à 28% d'opinion favorable, tandis que François Hollande perd 2 points à 16%.