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"Personne n'a rien fait": des ex-collaborateurs de Laetitia Avia regrettent l'inaction de l'Assemblée face à leurs accusations de harcèlement

La députée LaREM de Paris Laetitia Avia, le 16 février 2020

La députée LaREM de Paris Laetitia Avia, le 16 février 2020 - AFP - Zakaria Abdelkafi

Trois anciens collaborateurs de la députée LaREM Laetitia Avia confirment auprès de BFMTV les témoignages l'accusant de racisme, d'homophobie ou encore d'humiliations, publiés mardi par Mediapart. Ils dénoncent également la non-réaction des autorités de l'Assemblée nationale, que certains disent avoir alerté.

Plusieurs ex-collaborateurs de la députée LaRem de Paris Laetitia Avia l'accusent, dans un article de Mediapart, de racisme, d'homophobie mais aussi d'humiliations dans le cadre du travail. BFMTV a pu contacter quatre anciens collaborateurs de l'élue. Trois parmi eux confirment "tout ce qui est dit dans l'article de Mediapart". Seul le quatrième indique "ne pas avoir vécu ce genre de problèmes" même s'il reconnaît que "c'était dur de travailler avec elle".

Ces anciens collaborateurs n'ont jamais saisi la Justice.

Des alertes lancées en interne

Aucun d'entre eux n'a souhaité apparaître nommément sous sa vraie identité car ils disent redouter la contre-attaque judiciaire de la députée Laetitia Avia. A la suite de la publication de cette enquête à son sujet, cette dernière a déclaré sur Twitter qu'elle comptait porter plainte pour diffamation. La députée renvoie d'ailleurs vers son avocat.

Sur Twitter, elle écrit n'avoir "jamais été raciste ou homophobe", et que les bouts de ses messages publiés par Mediapart visaient à lui "nuire et porter atteinte à son combat politique". Parmi ses collaborateurs, "aucun ne s’est jamais plaint de harcèlement", assure-t-elle. Mais plusieurs déclarent à BFMTV avoir alerté en interne, le groupe parlementaire, la présidence de l'Assemblée ou encore la déontologue.

"Quand on est victime, dans une situation d'emprise telle que celle-ci, c'est déjà énorme de réussir à parler à quelqu'un", nous confie l'un d'eux.

Mais ils disent avoir trouvé porte close. 

"À l’époque, on nous a seulement proposé un rendez-vous avec la déontologue et Laetitia Avia", déclare dans Mediapart l'un des ex-collaborateurs, "à quoi bon, elle nous l’aurait fait payer derrière".

Pour la plupart, à l'époque où ils travaillaient à l'Assemblée, la cellule anti-harcèlement n'existait pas encore, elle a été mise en place le 1er février 2020. Le rôle de cette structure est "d’écouter, de conseiller et d’accompagner les victimes ou témoins de harcèlement", précise le site de l'Assemblée nationale. D'après les informations de Mediapart, la cellule anti-harcèlement a pour la première fois pris attache avec une des ex-collaboratrices de Laetitia Avia après les révélations dans la presse.

"L'omerta a encore de beaux jours devant elle"

En tout cas, la situation n’est pas une surprise pour d’anciens collaborateurs du groupe LaRem.

"Je mentirais si je disais que je tombe des nues. Les collaborateurs ont alerté tout le monde, personne n'a rien fait. L'omerta a encore de beaux jours devant elle…", confie amer, l’un d’entre eux à BFMTV.

"On ne nie pas du tout qu’il y ait un litige professionnel dans [l'équipe de Laetitia Avia], mais nous ne pouvons pas jouer les médiateurs, nous respectons le droit du travail", consent-on dans l'entourage de Gilles Le Gendre, patron du groupe LaRem. Selon nos informations, ce dernier a appelé Laetitia Avia hier soir à la suite de l’article Mediapart. Mais pour rappel, il n'existe pas de lien hiérarchique entre Gilles Le Gendre et Laetitia Avia, les députés dépendant de la présidence de l'Assemblée.

Une autre collaboratrice en litige avec une autre députée LaRem dit être marquée par ce qu’elle a lu sur Mediapart.

"L’article décrit ce que j'ai vécu" (avec son ex-patronne, ndlr).

Concernant l’absence de réaction des autorités, elle ajoute:

"Les collaborateurs qui vivent ce genre de harcèlement, ont l'habitude de se dire entre autres 'non mais on ne va pas en parler à Ferrand (Richard Ferrand, président de l'Assemblée nationale, ndlr), ça le saoule'."
Elisa Bertholomey, Perrine Vasque et Camille Langlade, avec Salomé Vincendon