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Accusée par ses ex-assistants de racisme et d'homophobie, la députée Laetitia Avia dit vouloir porter plainte

Dans une enquête publiée par Mediapart, cinq anciens assistants parlementaires de l'élue parisienne l'accusent d'infliger des humiliations régulières à son équipe de travail.

Avis de gros temps pour Laetitia Avia. Dans une enquête publiée mardi par Mediapart, la députée La République en marche de Paris, en charge d'une proposition de loi sur la "haine en ligne", se voit elle-même accusée de racisme et d'homophobie ordinaires. Cinq de ses anciens assistants parlementaires y prennent la parole pour dénoncer, par ailleurs, des méthodes de travail agressives, faites d'humiliations régulières infligées à ses collaborateurs. 

La mise en cause a annoncé, dans la foulée de la publication, qu'elle porterait plainte pour diffamation. Et ce à la veille du vote à l'Assemblée nationale sur son texte, dont l'objet - traquer et faire retirer les "contenus haineux" sur Internet - paraît d'un coup tomber bien mal à propos. 

"Le Chinois" et "l'amendement des PD"

L'une des cibles privilégiées de ses moqueries, selon Mediapart, est un ex-salarié d'origine asiatique, auquel elle se réfère régulièrement en l'appelant "le Chinois". Dans ses boucles de discussion Telegram, l'élue parisienne, avocate de formation, aurait ironisé sur le manque de compétences informatiques de celui-ci. "Tu es un faux Chinois, tu ne maîtrises pas Mac", lui aurait-elle écrit entre autres selon le site d'information. 

Autre sujet sur lequel Laetitia Avia se serait permis des commentaires déplacés: l'homosexualité de l'un de ses collègues. "On a voté l’amendement des PD", peut-on la voir se féliciter dans un autre échange sur Telegram datant d'avril 2018. Mediapart évoque une autre anecdote où la députée LaREM fait référence à la communication bancale d'une ex-ministre d'Édouard Philippe, résultante selon elle du fait qu'un "gay" s'en soit chargé. 

Non contente de réserver ces commentaires aux membres de son équipe, Laetitia Avia raillerait par ailleurs ses collègues parlementaires femmes. À en croire l'enquête, c'est surtout la députée des Yvelines Aurore Bergé qui en ferait les frais, avec un ton volontiers sexiste. 

"Elle insulte souvent les députées qu’elle n’aime pas de 'pute'. Elle se moque aussi beaucoup de leur physique", affirme l'un ses ex-collaborateurs. Comparant ainsi un jour Aurore Bergé au personnage du Pingouin dans Batman, le défi, ou commentant, un autre jour, la longueur de sa robe sur le plateau de Thierry Ardisson. 

Critiques et réprimandes

Sur le lieu de travail, plusieurs ex-assistants parlementaires de Laetitia Avia racontent avoir été soumis à une pression constante. Si l'une d'entre eux affirme auprès de Mediapart que "ça s'est bien passé", d'autres rapportent qu'elle avait pour habitude de "critiquer" et "réprimander" ses salariés. 

"Il y avait un paradoxe insupportable: elle était capable de piquer de grosses colères ou de nous infantiliser en permanence, mais pouvait devenir tout à fait adorable ou s’excuser quand elle allait trop loin. Psychologiquement, c’est très dur à gérer", raconte l'une des sources du site d'information. 

Si l'intéressée reconnaît auprès de Mediapart être "exigeante envers (ses) collaborateurs", tout en leur versant des "primes", elle se voit accusée de leur confier des tâches qui n'ont rien à voir avec son travail parlementaire. Réservation d'une place à Roland-Garros pour son mari, brûmiser ses jambes durant l'été car elle ne supporterait pas la chaleur, voire correction des copies de ses étudiants à Sciences-Po. 

Contacté par BFMTV.com, Sciences-Po indique n'avoir aucune connaissance des faits révélés par Mediapart. "Nous n'avons pas de déclaration à faire", ajoute-t-on, se bornant à expliquer que "Mme Avia n'enseigne plus à Sciences Po depuis 3 ans".

"Boule au ventre"

Certains de ces anciens assistants ont fait l'objet d'un arrêt maladie après une accumulation de ces sévices professionnels supposés. "Boule au ventre", "vécu d'humiliations et de menace", "doubles injonctions"... Tels sont les termes utilisés par la psychologue de l'un des ex-collaborateurs pour étayer son inquiétude. 

Mediapart fait par ailleurs état de plusieurs manquements de Laetitia Avia vis-à-vis du droit du travail. Comme lorsqu'elle souhaite priver l'une de ses salariés d'une rupture conventionnelle pour la licencier purement et simplement, en demandant à ses équipes de témoigner contre elle afin de lui fournir des motifs légaux viables. 

Saisie à six reprises sur ce cas selon le site d'information, la déontologue de l'Assemblée nationale n'y aurait donné aucune suite. Les cabinets de Richard Ferrand, président du Palais-Bourbon, et de Gilles Le Gendre, patron du groupe LaREM, se seraient également vus aviser de "dysfonctionnements", sans pour autant y répondre. 

"Je ne reculerai pas"

Dans un "thread" publié sur Twitter mardi soir, Laetitia Avia a annoncé qu'elle porterait plainte en diffamation contre Mediapart. Elle y dénonce "des bouts de messages privés tronqués, détournés et décontextualisés", mais prend la peine de présenter ses excuses "à tous ceux qui ont pu se sentir heurtés à la lecture de ces extraits". 

"Je n’ai jamais été raciste ou homophobe. Au contraire, mon parcours politique n’a pour raison d’être que la lutte contre le racisme et toutes les discriminations. Et je ne reculerai pas dans ce combat", insiste-t-elle. 

La députée de Paris invoque par ailleurs le fait d'avoir voulu laisser leur chance à des collaborateurs "souvent inexpérimentés". "Aucun ne s’est jamais plaint de harcèlement", assure-t-elle. Invitée ce mercredi matin de Sud Radio, Laetitia Avia a réitéré qu'il s'agissait d'"accusations mensongères, qui sont incohérentes, (...) manipulées à des fins, on le sait très bien, d'affaiblir ce texte que je porte cet après-midi". 

Interrogé mardi par BFMTV, l'auteur de l'article, le journaliste David Perrotin, s'est dit "assez serein", étant détenteur de "notes vocales" étayant les faits allégués. "Si elle porte véritablement plainte en diffamation, (...) on a un dossier très lourd", dit-il.

Sur Sud Radio, la marcheuse a confirmé qu'elle comptait porter plainte contre Mediapart, tout en renvoyant vers son avocat, Basile Ader, pour l'obtention de précisions à ce sujet. Ce dernier a dénoncé sur BFMTV une "manipulation de l'information": "Détourner d’un contexte particulier des messages de nature privé pour tenter de les utiliser pour caractériser ainsi une personnalité, c’est je trouve une méthode journalistique des plus contestables", a-t-il affirmé.

Avant d'éventuelles explications devant le juge toutefois, il y a une échéance politique immédiate pour Laetitia Avia: le vote final, ce mercredi à l'Assemblée nationale, sur sa proposition de loi, dont la première lecture remonte à mars 2019.

Jules Pecnard