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Malek Boutih sur les banlieues: "C'est plus difficile qu'il y a dix ans"

Invité de BFM Politique ce dimanche, le député de l'Essonne Malek Boutih expose sa vision des banlieues, dix ans après les émeutes en France.

Le 27 octobre 2005, Zyed Benna et Bouna Traoré, 17 et 15 ans, meurent dans un transformateur électrique en tentant d'échapper à deux policiers, à Clichy-sous-Bois. Quelques heures plus tard, les banlieues s'embrasent, déclenchant la plus grave crise des cités françaises.

Dix ans après, Malek Boutih, député socialiste de l'Essonne et ancien président de SOS Racisme, a rendu un rapport au gouvernement au début de l'été, dans lequel il établit un état des lieux des banlieues. "En dix ans, les choses ont changé, puisque la situation s'est aggravée. C'est plus difficile aujourd'hui qu'avant", estime-t-il sur BFMTV.

"Ces quartiers produisent des terroristes"

"Il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années, et qui nous amène à l'irréparable, puisque maintenant, malheureusement, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes", poursuit Malek Boutih. 

Le député estime que les politiques n'ont plus aucun effet depuis plusieurs années sur les cités. "Il n'y a pas d'efficacité car il y a une mécompréhension du problème." "Au-delà des clivages, la question des banlieues a toujours été vécue comme: 'Ce sont des quartiers pauvres et modestes, quand l'économie ira mieux, ça ira mieux dans les quartiers'. Or, l'aspect économique n'est pas le coeur du problème, qui est beaucoup plus vaste", observe Malek Boutih.

Sa vision diffère de celle de François Hollande, qui avait estimé il y a quelques jours qu'il n'y avait "aucun quartier perdu pour la République". "C'est faux. La République est en affrontement avec certains quartiers." 

"99% des électeurs du FN n'ont pas lu le programme"

Selon un sondage Odoxa-Le Parisien-Aujourd'hui en France, les Français citent en premier le Front national, à 20%, pour nommer un parti susceptible de régler la crise des banlieues. Malek Boutih a réagi avec force à ce résultat. "J'estime que les gens ne savent rien et répondent n'importe quoi. Je pense que 99% des électeurs du FN n'ont jamais lu une ligne du programme, qui n'existe pas vraiment d'ailleurs, surtout sur les banlieues."

Le député de l'Essonne félicite par ailleurs le Premier ministre Manuel Valls, "qui a pris conscience depuis janvier, comme d'autres élus politiques, que la poussière sous le tapis, ce n'était plus seulement un problème politique mais un problème de sécurité nationale. Il a la volonté d'agir."

Lui craint toutefois que la présidentielle de 2017 ne soit "jouée d'avance". "Je ne crois pas que ce soit une question de casting. On est dans une crise politique. Ma crainte n'est pas que la gauche perde 2017. C'est que la République perde 2017. En l'état actuel des choses, je ne vois pas comment Marine Le Pen peut ne pas gagner l'élection présidentielle".

Alexandra Gonzalez