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Drame de Clichy-sous-Bois: dix ans après, relaxe requise pour les deux policiers

La relaxe a été requise jeudi à l'encontre des deux policiers qui comparaissent depuis lundi à Rennes pour non-assistance à personne en danger après le drame de Clichy-sous-Bois qui a coûté la vie à deux adolescents morts électrocutés le 27 octobre 2005.

Dix ans après le drame de Clichy-sous-Bois, la relaxe est requise par le parquet pour les deux policiers. Lundi s'était ouvert au tribunal de Rennes le procès des deux fonctionnaires qui sont poursuivis pour "non-assistance à personne en danger".

Le 27 octobre 2005, deux jeunes âgés de 17 et 15 ans s'étaient réfugiés dans un transformateur EDF pour échapper à une intervention de police sur un chantier voisin. Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, avaient trouvé la mort, électrocutés par un arc électrique.

"Il n'y a pas lieu d'entrer en voie de condamnation", a affirmé en guise de conclusion à ses réquisitions Delphine Dewailly, représentant le ministère public. "On n'apaise pas la douleur d'un drame en causant une nouvelle injustice", a-t-elle expliqué.

"Est-ce que tout le monde est justiciable de la même manière? C'est la question qu'on peut se poser", a réagi au micro de BFMTV Siyakha Traoré, le grand-frère de Bouna, après avoir entendu les réquisitions.

Les deux policiers encourent cinq ans de prison

Le procès doit s'achever vendredi matin avec les plaidoiries de la défense. Sébastien Gaillemin, 41 ans, et Stéphanie Klein, 38 ans, encourent au maximum cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende s'ils sont reconnus coupables de ne pas avoir porté secours aux adolescents, partis se cacher dans une installation électrique.

Ouvert depuis lundi à Rennes, le procès a passé l'affaire au crible, depuis l'intervention de la police sur un chantier de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) le 27 octobre 2005 à 17h21, qui a mis en fuite un groupe de jeunes. "Dans ce dossier, c'est la peur qui fait courir les jeunes", a assuré dans sa plaidoirie Emmanuel Tordjman, l'un des avocats des parties civiles.

"Mes clients ne sont pas surpris" a indiqué de son côté Daniel Merchat, avocat des policiers. Depuis neuf ans, ils soutiennent la même position à savoir 'nous ne savions pas'". "Une espèce de surdité s'est dissipée", a-t-il ajouté.

"S'ils entrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau"

Bouna Traoré, 15 ans, Zyed Benna, 17 ans, et Muhittin Altun, 17 ans, prennent la fuite avec deux autres jeunes jusqu'à un cimetière de Clichy-sous-Bois. Derrière eux, les policiers ont cessé la poursuite. Mais à l'entrée du cimetière, les jeunes voient un autre véhicule de police arriver. Celui du gardien de la paix Sébastien Gaillemin et de deux collègues. Deux garçons se cachent dans des massifs de fleurs. Les trois autres escaladent un grillage qui interdit l'accès, à l'ouest du cimetière, à un petit bois bordé lui-même cinq mètres plus loin par le mur d'un site EDF. 

"Ils sont en train d'enjamber pour aller sur le site EDF", lâche le policier à la radio. Il ne connaît pas les lieux mais voit des pylônes dépasser non loin de là. Quelques instant plus tard, il commente: "S'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau".

Affectée à la radio de la police, l'autre prévenue, Stéphanie Klein, qui ne connaît pas non plus les lieux, explique penser qu'il s'agit d'un site administratif d'EDF, pas d'une centrale électrique. Aucun des deux ne tente d'avertir ni les jeunes, ni EDF.

Un avocat des familles dénonce la "désinvolture" des policiers

Pour Jean-Pierre Mignard, l'autre avocat des familles, il y a de la "désinvolture" de la part des policiers. Il critique la "logique d'interpellation de la police", au lieu de la "logique de secours" qui aurait dû l'animer. "Un cri et tout aurait été sauvé", regrette-t-il. "Il me semble que c'est un réquisitoire qui vise exagérément à mettre hors de cause les fonctionnaires", a-t-il dit, ajoutant qu'un "dialogue de sourds dure depuis des années".

D. N. avec AFP