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Fracturé, le PS se meurt-il?

Juliette Méadel, l'ancienne porte-parole du PS et nouvelle secrétaire d'Etat chargée de l'aide aux victimes

Juliette Méadel, l'ancienne porte-parole du PS et nouvelle secrétaire d'Etat chargée de l'aide aux victimes - Stéphane de Sakutin - AFP

Divisé chaque jour un peu plus, le Parti socialiste peut-il exploser après la violente charge de Martine Aubry contre Manuel Valls? L'hypothèse est de plus en plus plausible à l'approche de 2017.

Martine Aubry en couchant sur papier de violentes critiques contre la politique gouvernementale a fracturé son camp, déjà mal en point. Depuis la nomination de Manuel Valls à Matignon, au lendemain de municipales qui présageaient une série de défaites électorales, le Parti socialiste est divisé et chaque projet de loi donne lieu à des affrontements. A 14 mois de la présidentielle, le PS ne semble plus en mesure de faire corps autour d'une ligne commune - ni de François Hollande - alors que l'hypothèse d'une primaire navigue dans les eaux troubles de la gauche française...

"Ce qui me frappe, c'est qu'ils ont envie d'en découdre, insiste le politologue Gérard Grunberg, interrogé par le JDD. Je ne sais pas quand aura lieu la rupture, mais en tout cas elle est possible. (...) Pour la première fois, on peut avoir une vraie interrogation sur la capacité du PS à demeurer un parti de gouvernement".

"La rupture est possible"

Et les chiffres parlent d'eux-mêmes: au sein du Bureau national du parti, les "aubrystes" (18% des voix), qui avaient signé la motion gouvernementale au dernier congrès de 2015, sont majoritaires si on les additionne à la motion B conduite par le frondeur Christian Paul (30%) et à la motion D de Karine Berger (9%), calcule pour l'AFP le député Jean-Marc Germain, proche de Martine Aubry. A l'Assemblée, ces trois courants comptent une centaine de parlementaires. 

Au PS, on tente toutefois de relativiser l'ampleur de la division, en rappelant que le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis a, lui-même, exprimé dès la semaine dernière des réserves sur le projet de loi travail. Et Manuel Valls s'est félicité que cette tribune soit une "clarification" des projets des uns et des autres.

Au Monde, un proche du Premier ministre confie: "C’est affligeant. On est à peine un an avant la présidentielle et on passe encore notre temps à se taper dessus entre socialistes, plutôt que de taper sur la droite et le FN. (...) C’est la baie des Cochons version PS 2016. Mais qui va appuyer le premier sur le bouton atomique? Tout ça va mal finir."

Quel leader pour l'opposition interne?

Reste à trouver le leader qui pourrait incarner l'opposition interne? L'ancienne première secrétaire du PS et candidate défaite à la primaire du PS en 2011 ne vise pas la présidentielle de 2017 mais plaide désormais pour une primaire, même en cas de candidature de François Hollande à sa succession. La maire de Lille avait plutôt préservé le chef de l'Etat malgré leur inimitié historique.

Dans ce cas de figure, le but est de faire barrage à Manuel Valls et sa ligne politique alors que chaque camp revendique le statut de "gauche progressiste" face à l'autre. 

"Quand on aura réglé le présent, on verra qui on choisit pour demain", dit Martine Aubry. 

Le piège de Manuel Valls

Parmi les proches de François Hollande, une autre option est à l'étude. "Valls se prépare à sortir, il ne veut pas rester à Matignon jusqu’à la fin et être coresponsable du bilan. Alors il tend au maximum l’élastique pour qu’il finisse par casser. S’il est mis en minorité sur la loi travail, il pourra sortir en disant qu’il n’a pas les moyens de son grand réformisme", détaille l'un d'eux au Monde

En attendant que le PS choisisse sa destinée, le président de la République, qui a lié son avenir au chômage, doit gouverner avec une majorité au bord de l'implosion. Bien conscient que son Premier ministre cristallise les critiques tant pour ses idées que pour ses manières jugées brutales, il l'a conforté lors du dernier remaniement.

"S'il laisse Valls démissionner, il ôte toute cohérence à sa politique depuis 2014. Il peut aussi maintenir Valls à Matignon et alors il ne pourra pas réunir la gauche, juge Gérard Grunberg dans Le Parisien.

Mais au fond François Hollande y a peut-être renoncé." Ce serait un pas de plus vers la fin du PS. Avant ou après 2017?

Samuel Auffray