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2017: Montebourg, l'électron libre du PS à l'assaut de la présidentielle

Arnaud Montebourg a officialisé ce dimanche sa candidature à la présidentielle de 2017. Chantre du "Made in France", l'ancien ministre de l'Economie un temps devenu entrepreneur se pose désormais en alternative à François Hollande. Portrait.

Un défricheur et un innovateur en politique, mais aussi un "solitaire" adepte des coups d'éclat: Arnaud Montebourg, qui a annoncé ce dimanche sa candidature à la présidence de la République, devra, pour convaincre faire, oublier son image de "trublion" un peu "fantasque".

Deux ans après son éviction du gouvernement avec Benoît Hamon et Aurélie Filippetti - qui deviendra sa compagne -, l'ancien ministre socialiste de l'Economie a choisi Frangy-en-Bresse pour lancer son projet présidentiel.

Chantre du "Made in France"

Né le 30 octobre 1962 à Clamecy, dans la Nièvre, cet avocat de profession dont nul ne conteste les talents d'orateur et la prestance s'est fait connaître en 1995 en portant plainte pour prise illégale d'intérêts au nom des contribuables parisiens dans l'affaire de l'appartement du fils du Premier ministre d'alors, Alain Juppé.

Elu député de Saône-et-Loire en 1997, puis nommé ministre du "Redressement productif" en 2012, Arnaud Montebourg a souvent porté dans le débat public des thèmes qui ont par la suite fait florès: lutte contre la corruption des élus et les paradis fiscaux, promotion d'une VIe République, défense de la "démondialisation" et du "made in France", dénonciation de la construction libérale de l'Union européenne...

"Il y a peu d'hommes politiques qui peuvent se vanter d'être associés à une marque comme Montebourg l'est au Made in France", se félicite son lieutenant, François Kalfon. L'image du ministre de l'Economie en marinière a marqué les esprits.

"Inventivité", "étoffe", "caractère fantasque"...

Dans un portrait publié dans Le Monde en 2013, le député PS de l'Essonne Malek Boutih saluait le "courage" et "l'inventivité" d'Arnaud Montebourg, le voyant "précurseur d'un changement de culture des leaders politiques".

De tous les adversaires potentiels de François Hollande dans la primaire, "celui qui a le plus d'étoffe, c'est Montebourg", estime auprès de l'Agence France-Presse (AFP) un proche du Premier ministre Manuel Valls.

Il rappelle aussi le "caractère un peu fantasque, un peu exubérant" de Arnaud Montebourg, dont les provocations ont longtemps fait les délices des médias, comme lorsqu'il estima, en 2007, que le "seul défaut" de Ségolène Royal, candidate à la présidentielle, c'était "son compagnon" -un certain François Hollande.

"Il n'a pas su créer un groupe"

Interrogé par l'AFP, un ancien collaborateur d'Arnaud Montebourg à Bercy salue sa capacité à "être en avance sur son temps", tout en déplorant une certaine "soumission à la communication" et une tendance à s'entourer de "gourous de la com et des sondages", d'Aquilino Morelle (pendant la campagne des primaires de 2011) à François Kalfon en passant par Marianne Zalc-Müller (à Bercy).

Autre reproche adressé par cet ex-conseiller qui a depuis pris du champ: Arnaud Montebourg est un "solitaire", qui ne "veut avoir de comptes à rendre à personne" et a du mal à "redonner ce qu'il reçoit" de son entourage, comme à nouer des alliances -à preuve, selon cette source, la candidature face à Arnaud Montebourg de son ancien comparse Benoît Hamon, soutenu par une partie des frondeurs.

"Il n'a pas su créer un groupe, il n'a pas de députés prêts à mourir pour lui", convient sous couvert d'anonymat un ami d'Arnaud Montebourg.

"Gaullo-gaucho"

"Arnaud Montebourg n'est pas aimé de la gauche du parti", croit savoir un visiteur de François Hollande, tandis qu'un hiérarque du PS raille le "positionnement gaullo-gaucho, chevènementiste" d'Arnaud Montebourg - effectivement proche de Jean-Pierre Chevènement.

Dans L'alternative Arnaud Montebourg, du journaliste de l'AFP Antonio Rodriguez, Arnaud Montebourg, qui a quitté la politique entre 2014 et 2016 pour se lancer dans l'aventure entrepreneuriale, collaborant notamment avec l'entreprise d'ameublement Habitat, définit lui-même sa politique comme "une sorte de gaullisme social".

"Une synthèse", dit-il, "entre le colbertisme, l'amour de l'entreprise, la liberté d'entreprendre, le goût de l'innovation et la protection des gens qui travaillent".

Un positionnement "socialiste mais pas seulement" qui lui permet de parler bien au-delà de la seule gauche du PS, mais qui n'en fait pas forcément le héraut le plus évident des déçus du hollandisme, écologistes, communistes ou même frondeurs.

V.R. avec AFP