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L'Assemblée à l'heure de l'unité nationale... ou presque

François Guillot - AFP

François Guillot - AFP - Une fois n'est pas coutume, les députés ont essayé de ne pas s'écharper mercredi et on a même vu des élus lire Charlie Hebdo, ce qui n'est pas vraiment dans les habitudes de la maison.

ARENE PARLEMENTAIRE – Encore empreints d'unité nationale, les échanges entre le gouvernement et l'opposition ont été patinés d'une cordialité rarissime mercredi. BFMTV.com vous résume la séance de questions au gouvernement de ce 14 janvier, sans polémique (ou presque).

Les questions au gouvernement se transforment trop souvent en théâtre où s'enchaînent petites phrases bien préparées et répliques assassines. Mais l'esprit du 11 janvier est passé par là. Au lendemain de la Marseillaise historique entonnée dans l'hémicycle, alors que des questions commencent à être soulevées sur les mesures à prendre après les attentats qui ont endeuillé la France, la séance de mercredi des questions au gouvernement a été marquée par une cordialité rarement vue entre députés de tout bord.

BFMTV.com vous résume cette séance de questions au gouvernement à l'heure de l'unité nationale, essentiellement consacrée aux attentats.

# Les questions à Bernard Cazeneuve

Depuis son arrivée à Matignon, le Premier ministre Manuel Valls s'est distingué de son prédécesseur Jean-Marc Ayrault par son omniprésence lors des séances de questions au gouvernement. Répondant en général aux questions qui lui sont adressées et même souvent à celles qui sont posées à un ministre, Manuel Valls optimise ses chances de passer dans les médias et fait montre d'autorité en s'exprimant sur les débat les plus polémiques.

Mais après avoir rendu hommage à plusieurs reprises à son ministre de l'Intérieur au cours des derniers jours, Manuel Valls a en quelque sorte donné les clefs de l'hémicycle à Bernard Cazeneuve, qui a répondu ce mercredi à sept des quinze questions de la séance du jour. Au lendemain de son discours unanimement applaudi par les députés, Manuel Valls ne s'est même pas levé une fois de son banc.

Pour la première question, posée par Eric Ciotti, Benard Cazeneuve a salué "le ton" employé par le député UMP. Quand Christian Estrosi, a demandé que les policiers municipaux soient équipés d'armes automatiques, Bernard Cazeneuve a commencé par lui répondre qu'il s'associait à l'hommage que le député-maire UMP de Nice avait rendu à la police nationale et municipale. Avant d'indiquer qu'il fallait "assurer, dans le cadre du contexte auquel nous sommes confrontés, la protection de nos policiers municipaux et nationaux" et d'annoncer une concertation.

Ce qui lui a valu d'être applaudi sur les bancs de la droite, par Christian Estrosi notamment.

# Najat Vallaud-Belkacem applaudie

Fait encore plus rare, la ministre de l'Education, habituée aux attaques de l'UMP, a été applaudie sur les bancs de la droite. 

Interrogée par le député UMP Claude Goasguen sur la réponse à apporter face au refus de certains collégiens et lycéens d'observer une minute de silence en hommage aux victimes des attentats, Najat Vallaud-Belkacem a indiqué qu'on ne pouvait pas "laisser passer cela". "Oui, l'école est en première ligne et sera ferme", a-t-elle assuré.

Questionnée encore sur les failles de l'école par le député UDI Rudy Salles, qui demandait à la ministre que la Marseillaise soit enseignée aux enfants, Najat Vallaud-Belkacem a mis de côté la langue de bois pour expliquer: "Aujourd'hui je peux vous le dire, l'école n'est pas à la hauteur dans cette mission [de transmission des valeurs]".

# Christiane Taubira encore chahutée

Mais preuve que l'unité apparente ne résiste pas à tous les clivages, la concorde s'est rompue lors de l'antépénultième question qui portait sur la réforme pénale. "Le Premier ministre a dit hier que la France était en guerre contre l'islamisme, nous le soutenons dans sa volonté de protéger nos valeurs et nos compatriotes", a commencé le député UMP Georges Fenech. "Dans ce contexte d'union nationale, je m'étonne, madame la ministre – et sans esprit polémique croyez-le bien – que les dernières instructions de votre ministère adressées aux procureurs vont à l'encontre de ces objectifs", a poursuivi le député du Rhône en s'adressant à Christiane Taubira.

"Je crois que nous sommes intimés à nous hisser, c'est d'ailleurs la consigne du président de la République", lui a répondu la garde des Sceaux. "Nous avons constaté sur ces bancs qu'il y en a qui accomplissent cet effort, je vais me l'imposer moi-même. Par conséquent je ne relèverai pas le ton polémique de votre question", a poursuivi Christiane Taubira, huée par l'opposition.

Relevant des "inexactitudes malvenantes introduites" dans la question du député, la ministre a défendu sa réforme qui cherche notamment à éviter les "sorties sèches" de détenus.

# Gilbert Collard et la diffamation

Pour finir, la Marseillaise entonnée mardi à l'unisson dans l'hémicycle pourrait déboucher sur le dépôt d'une plainte contre un élu: l'avocat et élu Gilbert Collard, compagnon de route du Front national, a indiqué au Lab qu'il saisirait la justice contre le député socialiste Christophe Castaner, qui indiquait sur Twitter que Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen étaient restés assis pendant ce rare exemple de communion. Sauf que la photo qu'il utilisait correspondant à un autre moment de la séance, pendant le discours de Manuel Valls.

L'union nationale a ses limites.

Karine Lambin