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Nouvelle-Calédonie: pourquoi les indépendantistes sortent renforcés malgré la victoire du "non"

Un bureau de vote à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), le 4 novembre 2018.

Un bureau de vote à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), le 4 novembre 2018. - Théo Rouby - AFP

Les Calédoniens se sont rendus massivement aux urnes ce dimanche pour exprimer leur choix sur l'indépendance de l’archipel.

Le "non" à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie l'a emporté avec 56,4% des voix lors du référendum d'autodétermination, selon les résultats définitifs publiés par le Haut-Commissariat. Une victoire serrée pour les anti-indépendantistes de l’archipel. Or l’enjeu du référendum portait moins sur l’issue du scrutin que sur le score. Depuis le début de la campagne, les sondages donnaient le "non" à l’indépendance vainqueur avec 63% à 75% des voix.

Le score de 56,4% est donc très en-dessous de la fourchette basse mise en avant par tous les sondages avant le vote de ce dimanche - une excellente nouvelle pour les leaders indépendantistes.

Deux autres référendums pourraient être organisés prochainement

Peu avant la proclamation définitive des résultats, le président Emmanuel Macron a exprimé son "immense fierté que nous ayons passé ensemble cette étape historique", se félicitant d'une "marque de confiance dans la République française".

Ce premier référendum pourrait pourtant initier une inversion du rapport de force entre les deux camps, car le débat sur l’indépendance n’est pas clos. Le processus politique cadré par l'accord de Nouméa de 1998 prévoit effectivement que deux autres référendums puissent être organisés prochainement, l'un en 2020, et s'il est encore rejeté, un dernier au plus tard en 2022. Et ce, alors que les partis indépendantistes sortent renforcés de cette première bataille.

"Le 'non' a gagné ce soir. Mais nous on dit: le 'oui' est là, c'est un acquis sur lequel nous allons continuer à construire", a souligné Gérard Regnier, directeur de campagne du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS).

Un baromètre du sentiment indépendantiste au sein des Kanaks

Le combat indépendantiste a été mené par une grande partie des Kanaks, le peuple autochtone mélanésien de l'archipel colonisé par la France en 1853. Ces derniers représentent un quart de la population néo-calédonienne et la population majoritaire de la province Nord et des îles Loyauté, particulièrement touchées par la pauvreté. Interrogé par l'Agence France-Presse (AFP), l'historien Paul Fizin souligne la persistance des inégalités dans l’archipel, en dépit de trente années de rééquilibrage économique et social en faveur des Kanaks. "Il y a encore des problèmes d'intégration et un sentiment d'injustice prégnant dans la société kanak", affirme-t-il. Une partie de la jeunesse kanak, marginalisée, a sombré dans la délinquance.

"Les Kanaks ont pris conscience que c'était à eux de montrer leur détermination à être enfin libres", a souligné Alosio Sako, président du FLNKS. "On est à deux doigts de la victoire, et il nous reste deux consultations à venir."

Si tous les Kanaks ne sont pas forcément pour l'indépendance, comme l'ont montré de nombreux témoignages juste avant le référendum, il apparaît ce dimanche qu'une majorité de cette communauté la désire aujourd'hui. Et ce alors qu'une frange radicale de cette dernière avait appelé à ignorer la consultation de ce jour.
Marine Jeannin avec Marie Regnier, envoyée spéciale à Nouméa