BFMTV

Municipales à Paris: zizanie chez LaREM avant de choisir un candidat

Mounir Mahjoubi et Benjamin Griveaux lorgnent tous deux sur la mairie de Paris.

Mounir Mahjoubi et Benjamin Griveaux lorgnent tous deux sur la mairie de Paris. - Patrick KOVARIK / AFP

Le délégué général du parti, Stanislas Guerini, a récemment évoqué l'idée que le candidat de la majorité présidentielle soit plus vite choisi que prévu, avant de rétro-pédaler. L'un des prétendants, Cédric Villani, s'est plaint du manque de clarté du processus.

Le nouveau monde politique reproduit l'habitus de l'ancien. En témoigne la course que se livrent plusieurs ténors de La République en marche afin de sélectionner la tête de liste municipale à Paris, en 2020. Dans une tentative (avortée) de calmer les ardeurs, le délégué général du parti, Stanislas Guerini, avait annoncé sur Radio Classique que le candidat LaREM serait dévoilé, via une commission nationale d'investiture (CNI), au mois d'avril.

En réponse à cette accélération de calendrier, l'un des candidats, le député de Paris Cédric Villani, s'est plaint du manque du clarté de tout le processus. Dans sa lettre, le mathématicien critique également le sondage ViaVoice commandé courant janvier, dans lequel Benjamin Griveaux (qui y recueille 28% des intentions de vote) est le seul des six candidats LaREM à avoir été testé. 

"On n'est pas dupe sur ce qui peut se passer"

Pour le camp Villani, l'inquiétude est simple: que le parti mette en selle Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, presque par défaut.

"On voulait montrer notre détermination, on n'est pas dupe sur ce qui peut se passer", grince auprès de BFMTV l'entourage de Cédric Villani, en campagne active depuis plusieurs mois.

Un autre prétendant à l'investiture sous-entend que le mathématicien, à travers sa lettre, a voulu avant tout faire un coup.

"Quand on la met en pdf c'est qu'on a envie qu'elle sorte, sinon on appelle. J'ai appelé Stanislas Guérini et je lui ai dit la même chose que ce qui est écrit dans la lettre", glisse-t-il. Un autre estime que "ce qui a mis le feu aux poudres, c'est la sortie de Guerini".

"Il ne faut pas me faire croire que c'était un lapsus, à ce niveau-là, c'est impossible. Il y avait une volonté de tout cadenasser au profit de Benjamin Griveaux. Ça a crispé tout le monde", poursuit-il.

"En toute transparence"

Pour tenter d'apaiser l'ambiance, Stanislas Guerini compte rencontrer les six prétendants dans les jours à venir, peut-être dès cette semaine. "Fort bien", réagit l'un des candidats, "mais il faut préparer une procédure en toute transparence et ne pas faire seulement une réunion de rattrapage".

L'institut de sondage Ifop prépare actuellement une enquête, dans laquelle sont testés tous les candidats: Benjamin Griveaux, Cédric Villani, Mounir Mahjoubi (secrétaire d'État chargé du Numérique), le sénateur Julien Bargeton, le député Hugues Renson et Anne Lebreton, adjointe LaREM à la maire socialiste du IVe arrondissement de la capitale. La publication du sondage est prévue pour le 17 ou le 24 mars, probablement dans Le Journal du Dimanche.

Le spectre de l'Élysée

Vice-président de l'Assemblée nationale, tenant du passage à un deuxième chapitre plus "social" du quinquennat, Hugues Renson se dit convaincu que "le temps des municipales n'est pas encore venu".

"On abordera ce sujet une fois que les européennes seront passées. C'est maladroit de vouloir accélérer les choses", ajoute le député de Paris auprès de BFMTV.

Comme toujours dans les élections municipales à Paris, l'Élysée joue son rôle. À savoir, pousser en sous-main "son" candidat, celui qui les faveurs du président de la République. Pour un pilier de LaREM, pas de doute, c'est Emmanuel Macron qui choisira in fine la tête de liste du parti, qu'il y ait ou non une CNI. De quoi sérieusement écorner, auprès des militants, un mouvement affichant sa volonté de changer les pratiques politiques...

L'adoubement élyséen "ne sera pas tout, il faut avoir le cuir épais, la bataille ne sera pas facile", tempère cette source, qui précise: "On sait mener des campagnes expresses, pas besoin de partir trop tôt."

Griveaux "a tout mis en place"

Chez les soutiens de Benjamin Griveaux, la sérénité est de mise. Le porte-parole du gouvernement répète depuis huit mois qu'il se prononcera sur sa candidature au printemps. Et qu'en cas de candidature, il quitterait son poste actuel.

"Il a tout mis en place dans sa tête et ses équipes. Il sort le soir, le weekend, il passe beaucoup de temps avec les marcheurs. C'est un travail qu'il fait depuis des mois", assure un soutien. "S'il décide de sortir, il se préparera et il le fera. Il n'y a pas 50 choses à organiser quand le travail est fait en amont."

Son collègue Mounir Mahjoubi souhaite également ralentir le calendrier. Il estime que lui et Benjamin Griveaux sont des ministres dotés "de bonnes notoriétés": "Si on disparaît tous les deux du gouvernement, avant les européennes, c'est irresponsable."

"Je soutiens Griveaux, mais j'aime bien Mounir"

Nonobstant le soutien tacite d'Emmanuel Macron, Benjamin Griveaux est handicapé par son équation personnelle, son image. "Il sent que sa candidature ne prend pas, il n'est pas installé, il clive. En étant au gouvernement, il est piégé, Paris n'est pas dans son périmètre", juge l'un de ses concurrents. "C'est quelqu'un qui ne fait pas l'unanimité", résume-t-il. "Rien n'est tranché. De ce que j'en ressens, l'hypothèse Griveaux s'éloigne plutôt", estime un ministre du premier cercle. 

Auprès de BFMTV.com, une figure de LaREM décryptait récemment la rivalité Griveaux-Mahjoubi de la manière suivante: "Je soutiens Griveaux, mais j'aime bien Mounir. Pour moi Mounir, c'est le Delanoë d'aujourd'hui, celui qu'on ne voit pas venir et qui est capable de fédérer davantage que ses adversaires."

Un autre pilier du parti donne son avis sur Benjamin Griveaux auprès de BFMTV: "Ce n'est pas un très bon candidat en campagne, mais une fois élu, je pense ce sera un excellent maire. À l'inverse de Mounir qui est excellent en campagne, mais est-ce qu'il sera un bon maire?" 
Elisa Betholomey avec Jules Pecnard