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Mailly à Mélenchon: "Keep cool mec"

Jean-Luc Mélenchon, le 11 octobre 2017 à Grenoble

Jean-Luc Mélenchon, le 11 octobre 2017 à Grenoble - JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Le secrétaire général de Force ouvrière, Jean-Claude Mailly, s'est agacé mercredi des critiques distillées depuis le début de la semaine par le chef de file de La France insoumise.

À peine commencée, la grogne sociale contre la réforme du Code du travail s'épuise. De quoi agacer Jean-Luc Mélenchon. Lundi, le leader de la France insoumise (LFI) n'a pas manqué de faire part de son inquiétude sur "une victoire de Macron par KO sur les ordonnances", taclant la manière dont les syndicats mènent le mouvement social. "Keep cool mec", a répliqué Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière, mercredi 18 octobre. Retour sur un début de semaine tendu entre LFI et syndicats.

Une suite "bien décevante", juge Mélenchon

Le député des Bouches-du-Rhône a donc lancé la première pique, via son blog "l'ère du peule", lundi 16 octobre. "Je fais le point sur cette étrange semaine. Est-ce celle où nous avons perdu une bataille sur le Code du travail si mal conduite?", écrit le leader de la France insoumise.

"Tout semble se dessiner pour une défaite du mouvement ouvrier traditionnel. Elle sera sans précédent."

Rappelant avoir demandé "aux syndicats de prendre l'initiative" après avoir lui-même réuni des dizaines de milliers de partisans place de la République à Paris le 23 septembre, Jean-Luc Mélenchon juge "la suite bien décevante". "De ce leadership, que sort-il? Fort peu", lâche-t-il.

"Je mets en garde"

Le même jour, sur le 20 heures de TF1, le député s'en est de nouveau pris au travail des syndicats. "J'appelle le mouvement social à se ressaisir. Parce que pour ce qui concerne la France insoumise, on a fait notre part du travail, à l'Assemblée, tout seul dans la rue en juillet, puis en appelant à une grande marche", affirme-t-il.

"Le mouvement syndical est très divisé. Je mets en garde : si ça continue comme ça, en dépit des efforts de certains syndicats qui ont tout porté sur leur dos, nous pourrions aboutir à la plus grosse défaite du mouvement ouvrier qu'on a jamais vu depuis ces 30 dernières années."

Une journée de grèves et de manifestations est prévue ce jeudi à l'appel de la CGT, rejointe par Solidaires. La CGT avait décidé ce mouvement seule à l'issue d'une intersyndicale la semaine dernière.

"Keep cool", réplique Mailly

C'en est trop pour Jean-Claude Mailly, patron du syndicat Force ouvrière.
"J'ai envie de lui dire 'Eh, keep cool mec'", s'agace-t-il mercredi matin sur France 2. "Faut arrêter! T'es quoi? Tu fais de la politique ou tu fais du syndicalisme? T'es adhérent quelque part syndicalement?", poursuit le leader de FO, visiblement très énervé.

"On n'a pas de leçon à recevoir de lui ou d'autres. Il est dans un rôle politique, nous on fait du syndicalisme."

Aux yeux de Jean-Claude Mailly, le leader de la France insoumise est un "donneur de leçons". "Ce n'est pas un gourou!", lâche-t-il. "On ne sait plus où il se situe. On a l'impression qu'il va nous donner des conseils, que c'est le grand organisateur des manifestations... Non!"

La tactique du "bélier" de la France insoumise

Mais ces "conseils" pourraient bien illustrer le changement de tactique de Jean-Luc Mélenchon. "Du fait de l'échec des syndicats à organiser un mouvement social d'ampleur à l'image de celui mené en 1995, Jean-Luc Mélenchon fait maintenant le pari du temps long et doit désormais faire œuvre de pédagogie plutôt que de viser la conflictualité", souligne Thomas Guénolé, politologue engagé au sein de la France insoumise, interrogé par Le Figaro.

Dans l'hebdomadaire Le 1, publié mercredi, Jean-Luc Mélenchon détaille d'ailleurs sa doctrine, "celle du bélier": "frapper sans pause, en comptant que la muraille finira par tomber".

Juliette Pousson