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Macron-Philippe: une répartition des rôles fidèle à la lettre de la Ve République

Gérard Larcher, Emmanuel Macron, François de Rugy et Édouard Philippe au Congrès de Versailles.

Gérard Larcher, Emmanuel Macron, François de Rugy et Édouard Philippe au Congrès de Versailles. - PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Après dix ans d'hyperprésidence et de présidence normale, les rapports entre l'Élysée et Matignon semblent revenir à la lecture "originelle" de la répartition des rôles au sein du duo exécutif, telle que prévue par la Constitution de la Ve République.

"Vous avez tout à fait raison, monsieur le Premier ministre." À sa manière - cruelle - François Mitterrand rappelait ainsi à Jacques Chirac un grand principe hiérarchique de la Ve République: le Président préside, le Premier ministre gouverne. C'est le message martelé à longueur d'interviews par Édouard Philippe ces derniers jours. Alors que de nombreux commentateurs ont perçu le discours d'Emmanuel Macron, la veille de la déclaration de politique générale du "PM", comme un affront fait au locataire de Matignon, ce dernier s'est échiné à désamorcer la polémique. Ironique, l'ancien maire du Havre glisse ainsi au Parisien:

"Je me sens mal, si mal. J'ai la boule au ventre tous les matins à l'idée de bosser avec ce castrateur."

Nouvelle salve, cette fois dans Le Figaro: "Le Président et le Premier ministre, ce n’est pas la même chose. Tous ceux qui ne le comprennent pas se trompent."

Au pied de la lettre constitutionnelle

Surtout, le duo exécutif, attaché à une stricte division des tâches, semble désireux de revenir à une répartition des rôles conforme à la lettre de la Constitution de 1958. La loi fondamentale prévoit en effet que "le président de la République veille au respect de la Constitution", "assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'État", et "est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités". Le Premier ministre, quant à lui, "dirige l'action du gouvernement", lui-même chargé de "déterminer et conduire la politique de la nation". 

Après les deux quinquennats de "l'hyperprésident" Nicolas Sarkozy et du "président normal" François Hollande, tous deux très éloignés du piédestal gaullien, Emmanuel Macron et Édouard Philippe semble mener une cure de "désintoxication", pour un retour à une Ve République "pure" dans son application politique. 

Une hiérarchie claire

Dans Le Monde, Édouard Philippe défend ainsi cette interprétation du texte: 

"On fait mine de s’étonner de la prééminence politique du Président. Mais c’est la cohérence de la Ve République. (...) Ni le Président ni moi-même n’avons envie de nous prendre pour l’autre."

La hiérarchie est donc limpide et, une fois n'est pas coutume, le Premier ministre n'a pas manqué d'invoquer la statue du Commandeur pour appuyer cette conception de la fonction: "La question, ce n'est pas de savoir qui est le patron ou le collaborateur. Le Président est le patron. Vous imaginez Debré ou Pompidou dire à de Gaulle: c'est moi le patron?" Toutefois, à l'inverse du Général, "Jupiter" ne bénéficie pas de la légitimité historique pour dominer ses interlocuteurs - une des raisons pour lesquelles Charles de Gaulle avait voulu l'instauration du suffrage universel. 

Louis Nadau