BFMTV

Les grands principes pour Macron, les annonces difficiles pour Philippe

Edouard Philippe entre au Château de Versailles aux côtés de François de Rugy, Emmanuel Macron et Gérard Larcher.

Edouard Philippe entre au Château de Versailles aux côtés de François de Rugy, Emmanuel Macron et Gérard Larcher. - PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Le président de la République s'est exprimé devant le Parlement réuni en Congrès ce lundi évoquant les grands principes guidant son quinquennat. Ce mardi, il reviendra à son Premier ministre, Edouard Philippe, de préciser les premières mesures gouvernementales.

Au premier, les grands principes, au second, leur mise en œuvre. Au premier, le face-à-face annuel devant le Parlement, au second, le travail d'arbitrage quotidien avec les ministres. C'est ainsi que le président de la République Emmanuel Macron a réparti lundi les rôles entre lui-même et son Premier ministre, Edouard Philippe, lors de son discours devant le Parlement réuni en Congrès au château de Versailles. 

Emmanuel Macron répartit les rôles

"Le Président de la République doit fixer le sens du quinquennat et c’est ce que je suis venu faire devant vous. Il revient au Premier ministre qui dirige l’action du gouvernement de lui donner corps", a-t-il notamment lancé. Dans un même esprit, il a mentionné le discours de politique générale que va prononcer ce mardi Edouard Philippe. "Les réformes et ces transformations profondes auxquelles je me suis engagé seront conduites. Le Premier ministre, Edouard Philippe, que j’ai nommé afin qu’il en soit le dépositaire à la tête du gouvernement, en présentera la mise en œuvre dans son discours de politique générale", a ainsi déclaré Emmanuel Macron. 

Enfin, le chef de l'Etat a souligné qu'il était des prérogatives du président de la République de livrer l'inspiration des politiques prônées autour de quelques grands principes (pour reprendre les formulations utilisées devant les parlementaires, "liberté forte", "fraternité", "intelligence française", "construction de la paix") tout en laissant au Premier ministre le soin d'en donner les contours pratiques: "Il ne s’agit pas ici pour moi de décliner l’action du gouvernement. C’est la tâche du Premier ministre et je n’égrènerai pas ici tous les secteurs les métiers et les territoires."

La marge de manœuvre d'Edouard Philippe préservée

Cette réserve à l'idée d'entrer dans les détails, "l'abstraction" prêtée par certains opposants au discours du président de la République a coloré les critiques. Camille Langlade, l'une de nos éditorialistes politiques, a estimé sur notre antenne que la forme même de cette prise de parole rehaussait l'attente autour du discours de politique générale d'Edouard Philippe. "Il aura d’autant plus de choses à dire après ce discours d’Emmanuel Macron", a-t-elle noté avant de poursuivre: "Emmanuel Macron semble avoir facilité la tâche d’Edouard Philippe. Les seules critiques qu’on entend aujourd’hui, c’est ‘c’est trop flou, pas assez concret’. Ce concret, c’est à Edouard Philippe de l’apporter."

Elle a d'ailleurs dévoilé quelques unes des pistes qu'empruntera la prose du pensionnaire de Matignon mardi: "Et grâce à son discours, où il y aura plus de mesures notamment fiscales, plus d’annonces sur la loi contre le terrorisme et surtout sur les coupes dans les dépenses publiques, Edouard Philippe risque d’exister davantage que ce que l’on pouvait imaginer."

Les annonces douloureuses échoient au Premier ministre

Certes, si le discours sur les principes d'Emmanuel Macron laisse toute latitude à son Premier ministre de développer les chantiers du gouvernement, il lui abandonne surtout les annonces de l'ensemble des premières mesures gouvernementales. Il sera tout d'abord attendu sur le terrain économique et fiscal. 

Dans une allocution prononcée en fin de semaine dernière, Edouard Philippe a martelé la nécessité, selon lui, de trouver quatre à cinq milliards d'euros pour rentrer dans les clous budgétaires et retomber sous la barre des 3% de déficits publics. Au Palais Bourbon, Edouard Philippe devrait évoquer l'augmentation de la CSG de 1,7 point, assortie à la suppression des cotisations salariales de 3,15%. 

Sur le plan sécuritaire, la parole du chef du gouvernement sera également scrutée alors qu'Emmanuel Macron a confirmé la levée à l'automne de l'état d'urgence et son remplacement par une loi renforçant les moyens mis en œuvre contre le terrorisme. Si le président de la République s'en est tenu aux généralités, Edouard Philippe devra donner du corps à cette intention. Il y a quelques jours, son ministre de l'Intérieur Gérard Collomb avait notamment évoqué la possibilité d'inscrire dans le texte la substitution des mesures individuelles de surveillance aux assignations à résidence, ou encore de fermer les lieux de culte se rendant coupables d'apologie du terrorisme. 

Robin Verner