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Loi El Khomri: le texte que la droite peine à critiquer

Myriam El Khomri, le 3 février 2016.

Myriam El Khomri, le 3 février 2016. - Thomas Samson - AFP

Si la gronde monte à gauche, plusieurs ténors de la droite affirment qu’en l’état, ils voteraient le projet de réforme du Code du Travail de Myriam El Khomri.

Jeunes dans la rue faisant planer la menace d’un nouveau CPE, mobilisation plus vaste en cours d’organisation, PS déchiré… Si la loi Travail de Myriam El Khomri donne une nouvelle à fois à voir le fossé qui se creuse entre le gouvernement et sa majorité mais aussi l’électorat de gauche, la droite peine quant à elle à s’opposer à ce projet de réforme du Code du Travail.

Mercredi, alors que lycéens et étudiants commençaient à battre le pavé, le président de Les Républicains Nicolas Sarkozy a fustigé dans une interview au Monde l’"ambiance de fin de règne" au sein de l'exécutif. "Dans le meilleur des cas, la montagne accouchera d'une souris car l'habituel exercice de synthèse de François Hollande l'aura emporté sur le courage. Dans le pire des cas, cela aboutira à un recul général", a lancé le chef de l’opposition... Sans critiquer le contenu du texte dans sa version actuelle.

Plusieurs ténors Les Républicains voteraient le texte

Car sur le fond et tel qu’il a fuité dans la presse, le projet de loi trouve de nombreux soutiens à droite. Du côté des candidats à la primaire de la droite et du centre en vue de 2017, l'ex-Premier ministre François Fillon a jugé "nécessaire", ce mercredi sur BFMTV, cette réforme qu'il qualifie de "libérale". "Je la voterai parce qu'il y a des mesures dans le bon sens même si je trouve qu’elle ne va pas assez loin", a-t-il dit, posant comme condition que le projet ne soit pas dénaturé et appelant le chef de l’Etat à consulter les Français sur le sujet en organisant un référendum.

Si son rival Alain Juppé a récemment dénoncé, le 25 février sur BFMTV, un projet gouvernemental "mal préparé", l'ancien Premier ministre a aussi jugé que le texte n’était "pas d'inspiration socialiste" et "plutôt d'inspiration libérale" et qu’il constituait "un premier pas dans la bonne direction".

"En l'état, je voterai" la réforme du code du travail, expliquait le même jour Bruno Le Maire face à Jean-Jacques Bourdin, tout juste après l’annonce de sa candidature. Le député de l’Eure a toutefois souhaité aller plus loin, expliquant: "Il faut qu'on libère le marché du travail. Des licenciements économiques plus faciles, pourquoi pas, mais cette réforme doit être accompagnée d'autres changements".

Le projet de réforme du droit du travail "va dans le bon sens", estimait pour sa part fin février le député-maire de Meaux et ex-président de l’UMP Jean-François Copé, ajoutant même que "ce sont des mesures que la droite aurait peut-être dû appliquer plus tôt". 

Nathalie Kosciusko-Morizet, qui s’est lancée mardi dans la primaire de la droite et du centre, a de son côté signé fin février une tribune - aux côtés de seize autres parlementaires Les Républicains et UDI, dont le député juppéiste Benoist Apparu, le député-maire centriste de Neuilly Jean-Christophe Fromantin, et Philippe Vigier, président du groupe UDI à l'Assemblée - pour faire savoir que si le texte n’était pas édulcoré, elle pourrait le voter. Avec ce projet de loi, l’exécutif "envoie un signal positif, un signal de bonne volonté", expliquait d’ailleurs la députée de l'Essonne.

Seule voix réellement discordante, le député LR Henri Guaino s'est prononcé contre le texte, y voyant une "frénésie de destruction des protections".

"Ce qui nous décrédibiliserait serait de ne pas voter"

Déchéance de la nationalité votée à l'Assemblée avec les voix de Les Républicains, projet de réforme pénale massivement voté en première lecture mardi par les députés et notamment de la droite, et maintenant des ténors de la droite qui affirment être prêts à voter le projet de loi Travail... L'opposition a-t-elle toujours un rôle à jouer avec un PS au bord de l'implosion et dans un contexte où elle est d'accord avec une série de mesures avancées par l'exécutif? 

"Nous avions nous-même fait des propositions à peu près similaires" sur la réforme du Code du Travail, reconnaît le député LR de Paris Philippe Goujon, interrogé par BFMTV.com. "La version initiale", même si "personne ne sait ce qu'elle est en l'état", semble aller "tout à fait dans le bon sens", ajoute-t-il regrettant cependant "qu'elle se fasse si tard".

"Peu importe que ce soit la gauche. Si sur des sujets essentiels, la sécurité ou l'emploi, ça va dans le bon sens, on les vote. On ne va pas rentrer dans un rôle stérile", fait-il valoir. "Le contexte est grave, ce qui nous décrédibiliserait serait de ne pas voter."

"Ce n'est pas le moment de rentrer dans de basses tactiques politiciennes", explique en échos Bernard Reynes, secrétaire national du parti et député des Bouches-du-Rhône, invoquant "l'intérêt général".

Et la gronde qui monte contre le projet de loi n'entache en rien la démarche de la droite, pour la porte-parole Les Républicains et vice-présidente de la région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine Valérie Debord.

"Les gens qui manifestent sont ceux qui ont voté pour François Hollande", explique-t-elle. "Le rôle de l’opposition, c’est de dénoncer le mensonge de François Hollande. C’est quelque chose qu’il n’avait pas annoncé lors de son discours du Bourget. Malheureusement, il y a des gens qui y ont cru, qui ont voté pour lui et qui se sentent trahis."

"Ce sont des mesures que nous aurions dû déjà faire", regrette toutefois Bernard Reynes, qui voterait le projet de loi en l'état. "Il y a une nécessité de nous interroger sur ce que nous n’avons pas fait", poursuit-il, appelant le parti à faire preuve d'"autocritique". "J’ai un regret, je l’ai déjà dit. Quand la droite est au pouvoir, la gauche se refait des couleurs. Et quand la gauche est au pouvoir, c’est l’extrême droite qui se refait des couleurs".

V.R.