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Police: la droite tiraillée entre l'enjeu sécuritaire et le bilan de Sarkozy 

Des policiers attendent devant les locaux de la DDSP (Direction départementale de la Sécurité publique) le 30 septembre 2008 à Bobigny. (image d'illustration)

Des policiers attendent devant les locaux de la DDSP (Direction départementale de la Sécurité publique) le 30 septembre 2008 à Bobigny. (image d'illustration) - JACQUES DEMARTHON - AFP

En pointant du doigt les baisses d'effectifs de police et de gendarmerie sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire tente de jouer son va-tout et d'engager à la hâte le débat sur la sécurité avec ses adversaires de la primaire.

Bruno le Maire ne lâche rien. Le député de l'Eure, crédité de 27% d'intentions de vote en vue du premier tour de la primaire de la droite et du centre, derrière Alain Juppé (41%) et Nicolas Sarkozy (29%), a abordé ce mercredi matin sur BFMTV et RMC la question des effectifs de police et de gendarmerie, en pleine contestation, en admettant que la réduction du "nombre de policiers et de gendarmes entre 2007 et 2012", sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, a été une erreur.

Une manoeuvre qui vise à déstabiliser l'ancien chef de l'Etat tout en précipitant la question de la sécurité et de la justice, qui reste fondamentale dans le cadre de la campagne présidentielle, dans le débat des primaires. Une occasion dont s'est également saisie Alain Juppé qui a notamment déclaré ce mercredi sur France 2 comprendre les policiers "soumis à un rythme de travail qui est extraordinairement soutenu" mais déploré qu'il "faut attendre la fin du quinquennat pour qu'on se rende compte qu'il aurait fallu recruter des policiers supplémentaires". 

Le Maire, à l'offensive

Mais les stratégies des candidats sur cette problématique devraient différer sensiblement lors du prochain débat de la primaire de la droite, le 3 novembre prochain. Bruno Le Maire ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet, qui officiaient tous deux dans le gouvernement Fillon sous Nicolas Sarkozy, peuvent se permettre d'attaquer plus frontalement l'ex-Président "en tentant d'égratigner son image d'autorité et d'ex-premier flic de France puisque durant son mandat aucun d'eux n'était assez puissant pour s'opposer aux coupes budgétaires et aux suppressions de postes", explique le politologue Olivier Rouquan.

L'un ou l'autre pourrait même pousser le vice en évoquant la suppression de la police de proximité par Nicolas Sarkozy en 2002 alors qu'il était ministre de l'Intérieur, rappelle Le Monde.

Juppé joue l'union

De son côté, Alain Juppé, qui avait lui aussi exercé notamment en tant que ministre de la Défense puis des Affaires Etrangères sous Nicolas Sarkozy, "a décidé d'opter pour un discours fédérateur, en témoigne sa déclaration de la matinée, qui a pour seule et unique cible François Hollande, explique le spécialiste. Même si en creux, il souligne certainement la responsabilité de Nicolas Sarkozy", note-t-il.

Fillon, coincé

L'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy est, lui bel et bien handicapé par la situation qui est susceptible de lui faire perdre des points de popularité. C'est pourquoi il devrait tâcher d'éviter d'aborder la question. "On peut lui tomber dessus en lui reprochant de n'avoir rien fait auprès de l'ex-Président pour éviter la baisse des effectifs policiers", ajoute Olivier Rouquan.

Sarkozy, immuable

Mais alors quelles marges de manoeuvre pour le principal intéressé? Nicolas Sarkozy possède une image forte, en dépit des faits, sur les questions identitaire et sécuritaire exploitées très tôt. "Il n'a pas grand chose à faire pour conserver cette image-là. Aucun de ses adversaires à la primaire ne pourront la détruire", indique le politologue.

S'il est attaqué sur la réduction des effectifs sous son quinquennat au cours du prochain débat de la primaire de la droite, l'ex-Président insistera certainement "sur la dégradation de la situation sous François Hollande et sur le fait qu'il fallait faire une réforme de l'Etat et que les policiers n'étaient pas les seuls concernés...ou encore sur durant son mandat la sécurité posait moins problème, donc que l'on pouvait réduire les effectifs", explique Olivier Rouquan.

Quoiqu'il en soit, il serait judicieux que les acteurs de la primaire de droite évitent la désunion sur le thème de la sécurité en vue de 2017. Un sujet qui colle à la peau de leur famille politique

Aurore Coulaud