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Eric Zemmour reprend le surnom "Ali Juppé" né dans la fachosphère

Alain Juppé est surnommé "Ali Juppé" par l'extrême droite, qui l'accuse de soutenir les Frères musulmans.

Alain Juppé est surnommé "Ali Juppé" par l'extrême droite, qui l'accuse de soutenir les Frères musulmans. - Eric Piermont - AFP

Dans une chronique diffusée jeudi, Eric Zemmour estime que "c'est Ali Juppé qui a perdu la primaire". Il reprend ainsi une expression née de la nébuleuse d'extrême droite sur Internet.

"C'est Ali Juppé qui a perdu la primaire". Dans sa chronique diffusée sur RTL ce jeudi, Eric Zemmour évoque le surnom donné par des militants et blogs d'extrême droite au maire de Bordeaux.

"Il se plaint, il n’a pas été soutenu, personne ne l’a défendu, il a été calomnié, sali, par des groupes d’extrême droite", insiste-t-il. "Leur crime, le surnommer Ali Juppé", déclare le polémiste.

Le candidat à la primaire à droite condamne en effet une "campagne dégueulasse" et regrette en particulier que son adversaire, François Fillon, ne s'émeuve pas de ces attaques dont il fait l'objet. Mais dans sa chronique, Eric Zemmour utilise cette expression pour critiquer lui aussi le candidat. Il la reprend même à son compte. "Alain Juppé n’a pas tort de se plaindre", estime-t-il. 

"C’est Ali Juppé qui a perdu la primaire, l’homme de l’identité heureuse, d’un multiculturalisme qu’il voulait croire pacifié, des accommodements raisonnables avec l’islam".
  • Une expression apparue à la fin des années 2000

Comme le rapporte Libération, qui a consacré un long article à la genèse de ce surnom, il est apparu dans le courant des années 2000, lorsque le maire de Bordeaux est pris pour cible par l'extrême droite identitaire pour ne pas s'être opposé à un projet de "centre culturel et cultuel musulman" devant accueillir entre autres une salle de prière.

"Nous sommes en discussion avec la communauté musulmane. Nous avons d’excellentes relations avec ses principaux leaders. J’ai déjà indiqué qu’un terrain leur serait proposé", explique Alain Juppé en 2008, deux ans après son élection à la tête de la ville, sans se douter de la polémique à venir.
  • Des accusations récupérées par le FN

L'année suivante, il est attaqué par le groupuscule Génération identitaire et par le Front national bordelais. La mairie est accusée de vouloir financer la construction de la mosquée, jamais construite. Des accusations relayées localement par le portail d'extrême droite Infos Bordeaux, décortiqué par Le Monde dans un article sur les faux sites d'informations locales animés par des identitaires.

En 2014, le FN renchérit lors des législatives, en publiant un tract qui accuse la candidate Les Républicains Virginie Calmels et le maire de Bordeaux de préparer une "islamisation" de la ville. Le document est intitulé "Non au centre islamique à Bordeaux". Une campagne dont on trouve encore des traces sur le site du Front national. 

  • Que cache ce surnom?

Derrière le surnom "Ali Juppé" se trouve aussi le reproche fait à Alain Juppé de sa proximité avec Tarek Oubrou, l'imam de Bordeaux. L'homme est membre de l'UOIF (Union des organisations islamiques de France), liée aux Frères musulmans, et apparaît comme le possible recteur du centre en question, si celui-ci venait à être construit. Le maire de Bordeaux, qui entretient des relations cordiales avec lui, est accusé de connivence ou de complaisance avec les islamistes, et d'antisémitisme. 

Des accusations reprises par Eric Zemmour dans sa chronique, qui évoque Alain Juppé comme "l’ami de Tarek Oubrou, imam de Bordeaux qui, malgré ses propos apaisants, n’a jamais renié sa proximité avec les Frères musulmans." L'imam, considéré comme modéré, prône notamment la fermeture des mosquées au discours radical, et fait prier hommes et femmes ensemble dans sa mosquée, précise Libé.

  • De l'échelle locale au plan national

Mais au-delà de leur ancrage local, le surnom d'"Ali Juppé" et la campagne de désinformation qu'il accompagne ont pris une ampleur nationale grâce aux réseaux sociaux et aux blogs d'extrême droite tels que Riposte laïque, qui a fait de la lutte contre l'islam son fond de commerce. Au sein de la fachosphère, nébuleuse qui rassemble l'extrême droite sur le net, ce surnom est récurrent.

Sur Twitter et Facebook, le sobriquet d'Alain Juppé est accompagné de photomontages et de caricatures aux relents racistes, le montrant avec un turban sur la tête et une barbe, ou léchant la babouche du prédicateur contesté Tariq Ramadan. Certaines photos le montrant avec Tarek Oubrou sont aussi réutilisées pour illustrer des propos dont le fondement n'a jamais été démontré.

Comme le souligne Libération, certaines publications émanant de ces réseaux ont été relayées par des soutiens d'autres candidats à la primaire de la droite, et les accusations visant Alain Juppé ont été reprises notamment par Jean-Frédéric Poisson et le magazine Valeurs actuelles

  • Un impact sur le score de Juppé?

Le principal problème, pour le camp Juppé, est que cette campagne a joué selon eux en défaveur du candidat. Elle pourrait même avoir pesé dans la primaire et expliquer en partie son score au premier tour.

"Au début, j'ai pris ces calomnies par le mépris", explique Alain Juppé dans les colonnes du Parisien ce jeudi. "Mais je le regrette aujourd'hui. Car contrairement à ce que j'ai pu penser, ça a eu un impact sur l'élection. Ça m'a fait beaucoup de tort", estime le candidat. 
Charlie Vandekerkhove