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Débat Fillon - Copé : le "rassembleur" face au "fonceur"

François Fillon (g) et Jean-François Copé

François Fillon (g) et Jean-François Copé - -

François Fillon et Jean-François Copé se sont affrontés dans un débat que les candidats à la présidence de l'UMP voulaient le moins conflictuel possible. Plus que deux droites, deux styles étaient face à face.

Pour une unique fois avant le vote des militants le 18 novembre prochain, les prétendants à la présidence de l'UMP, François Fillon et Jean-François Copé, se sont affrontés sur France 2 dans un débat "important mais pas décisif", que les candidats voulaient le moins conflictuel possible. Les deux hommes ont pu tous deux défendre leur programme respectif et faire valoir les légères divergences qui les opposent, avec quelques piques mais surtout des échanges d'amabilité et pas d'attaque frontale. Pendant cette séquence, les deux adversaires se sont donné du "François" et du "Jean-François", échangeant des sourires et multipliant tous deux les références à Nicolas Sarkozy, ce qui n'a pas empêché quelques piques. Plus que deux droites, deux styles s'affrontaient.

>> Retrouvez l'intégralité du débat Fillon - Copé

Deux candidats, deux styles

D'emblée, les deux hommes se sont placés sur un registre différent, l'ex-Premier ministre se posant en homme de "rassemblement" et mettant en avant ses cinq années passées à Matignon, là où le secrétaire général de l'UMP a mis en exergue son expérience de maire de la ville populaire de Meaux et s'est adressé directement aux militants UMP en se présentant en homme du "terrain" et en chef de guerre à "l'esprit de résistance".

Soulignant avoir "dirigé le gouvernement de la France" dans "des conditions particulièrement difficiles", François Fillon a jugé qu'il était de son "devoir" de mettre son "expérience au service de [son] parti". Il s'est présenté comme l'homme du "rassemblement" avant d'assurer que "c'est aux militants de savoir quel est le meilleur" président pour l'UMP. "Leur choix sera le bon".

>> Fillon - Copé, deux projets, deux droites

"Rassemblement oui, mais pas à l'eau tiède", a clairement semblé lui répondre Jean-François Copé tout en assurant qu'il ne voulait pas "personnaliser" le débat quand il a récemment affirmé que les Français ne voudraient pas, en 2017, d'un "Hollande de droite".

Invité à se prononcer au qualificatif "fuyant" qui lui est souvent accolé, François Fillon a rétorqué: "fuyant les projecteurs, les émissions inutiles, people", oui mais "fuyant les responsabilités jamais". Il s'est targué d'avoir été le "ministre qui a porté les réformes difficiles sans jamais reculer".

"Arrogant", Jean-François Copé ? Un défaut qui lui est surtout affublé par "ceux qui ne [l]'aiment pas", a répondu en souriant l'intéressé, qui a préféré mettre en avant sa "pugnacité". "Plus à droite" que son adversaire ? "Je suis juste le tenant d'une 'droite décomplexée'", a-t-il dit tout en revendiquant d'être le premier à l'UMP à reconnaître les sensibilités.

Deux candidats contre le "ni-ni"

Un des points phare du face à face a été le long interrogatoire de François Fillon sur la stratégie du "ni-ni" en cas de duel gauche/FN. L'ancien Premier ministre, qui avait jusque-là émis des réserves, a finalement rejoint la position de Jean-François Copé en soulignant qu'on ne pouvait "pas demander aux électeurs de l'UMP de voter pour un Parti socialiste en train de conduire le pays dans le mur".

"Jamais je ne voterai pour le Front national", a-t-il notamment martelé. Une réponse à la lancinante question du positionnement face au FN qu'a souvent utilisé son adversaire lors de cette campagne, en rappelant que François Fillon avait semé le trouble à l'UMP en appelant à voter contre le Front national au lendemain du premier tour des cantonales de mars 2011 quand il était Premier ministre. Un faux procès selon François Fillon, qui assure que "jusqu'à maintenant" il n'avait "jamais appelé à voter pour un candidat du PS".

Deux candidats derrière Nicolas Sarkozy

Les candidats à la présidence de l'UMP multiplient les références à l'ancien président de la République. Objectif : capter les votes de militants encore traumatisés par la défaite de leur champion en mai dernier. Et s'il revenait en politique ? Quelles que soient ses décisions futures, je serai à ses côtés", a rappelé Jean-François Copé. François Fillon n'avait jusque-là pas évoqué le sujet. Jeudi soir, l'ancien Premier ministre a précisé que "la question de Nicolas Sarkozy ne se [posait] pas pour l'instant.

>> Derrière le débat, la guerre de l'héritage Sarkozy

Au sujet de la présidentielle 2017, l'ancien Premier ministre a posé la question "va-t-on être en mesure d'incarner un espoir ?" Il faut incarner un espoir et c'est le travail de l'UMP", a-t-il dit, ajoutant que "le moment venu, je serai avec celui qui aura le plus de chances".

"Si c'est moi, Nicolas Sarkozy, je serai derrière Nicolas Sarkozy, si c'est Jean-François Copé, je serai derrière Jean-François Copé, et si c'est moi, j'espère que Jean-François Copé sera avec moi", a-t-il ironisé.

Deux candidats de droite

"Je suis un militant politique depuis l'âge de quatorze ans. Je suis un militant de droite. Je suis de droite, mes valeurs sont de droite", a dit l'ancien Premier ministre, alors qu'on l'interrogeait sur ses valeurs politiques, supposées moins à droite que celles de son adversaire Jean-François Copé.

Lui, assume ses récentes positions droitières "Je suis clairement à droite" a-t-il martelé. "J'assume le concept de droite décomplexée, même si c'est peut-être plus à droite que d'autres. Tant pis si je dois supporter ce mot de 'droitisation'".

Dans son manifeste pour une droite décomplexée, Jean-François Copé a voulu "briser un tabou" en dénonçant le "racisme anti-blancs" qui sévit, selon lui, dans certains quartiers difficiles. Un thème d'habitude plutôt propre à l'extrême-droite et particulièrement au Front national.

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Tristan Berteloot