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Alain Juppé: "Je n'aime pas les flics (...) Je déteste les juges"

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, le 14 octobre 2015.

Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, le 14 octobre 2015. - Nicolas Tucat - AFP

En août 2010, Nicolas Sarkozy, alors en plein quinquennat, rencontre Alain Juppé pour le convaincre de revenir au gouvernement en tant que ministre des Affaires Etrangères, rapporte Anna Cabana dans son livre à paraître mercredi, et dont le JDD a publié les extraits. Dont certains démentis par son équipe de campagne.

"Je ne veux pas l'Intérieur, je n'aime pas les flics. Pas la Justice. Je déteste les juges". C'est la déclaration cinglante qui est prêtée à Alain Juppé, s'adressant à Nicolas Sarkozy. Elle aurait été prononcée au cours d'un déjeuner en tête à tête à la fin du mois d'août 2010, rapporte la journaliste Anna Cabana dans son ouvrage à paraître ce mercredi Un fantasme nommé Juppé (Stock) dont le JDD a publié les bonnes feuilles dimanche. L'équipe de campagne du maire de Bordeaux dément ces citations auprès de BFMTV. 

Des propos dévoilés au moment même où les policiers manifestent leur colère pour le huitième jour consécutif et que l'institution judiciaire s'est vue taxer de "lâcheté" par François Hollande dans le livre de journalistes, Un président ne devrait pas dire ça.

Juppé choisit la Défense... 

A l'époque, Nicolas Sarkozy, alors Président, a besoin de renforts, comme l'explique la rédactrice en chef du service politique au JDD. "Nicolas avait besoin d'un homme comme Alain", lui explique alors un proche de l'ex-chef de l'Etat. A nouveau en odeur de sainteté, le maire de Bordeaux, contraint de démissionner de son ministère de l'Ecologie après sa défaite aux élections législatives de 2007 face à la candidate PS dans la 2e circonscription de Gironde, se laisse désirer et en profite pour imposer ses choix. Car Juppé est un orgueilleux, comme le mentionne Anna Cabana.

Il ne veut pas des Affaires Etrangères, prétextant: "Nicolas, je ne supporterai pas la cohabitation avec toi au Quai d'Orsay. Je ne veux pas porter ton cartable. Et je ne veux pas d'un ministre de l'Afrique officieux nommé Claude Guéant. (...)". Pas non plus l'Intérieur, ni même la Justice. Le ministère de l'Ecologie? "L'élan est passé (...)" argue-t-il. Quant à Bercy, "c'est un ministère où il n'y a que des coups à prendre (...). Ce sera la Défense, comme lorsque "Michel Debré est revenu au gouvernement", rappelle Alain Juppé. Toute une symbolique.

Juppé ne veut pas de Borloo comme Premier ministre

Mais le principal intéressé n'en reste pas là. Il négocie aussi son retour en orientant la nomination du Premier ministre, poste qu'il lorgnait initialement. Exit Jean-Louis Borloo: "Fillon est un faux-jeton, mais il est sérieux. Borloo, lui, est incapable de tenir Matignon! Lui et moi, c'est l'eau et le feu. Je sais bien qu'avec son langage de marchand de frites, ou de merguez, il passe plutôt bien auprès des gens. Mais moi je ne peux pas! Si c'est lui, je ne sais pas si je reviendrai au gouvernement...", signale-t-il à Anna Cabana au cours d'un entretien en septembre 2010. Dont acte. Nicolas Sarkozy décide de reconduire en novembre 2010 pour la seconde fois François Fillon au poste de Premier ministre.

Aurore Coulaud