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Les politiques prêts à tout pour rester dans les baromètres d'opinion

L'ancien ministre de la Culture, Jack Lang, le 1er septembre 2017 à Paris.

L'ancien ministre de la Culture, Jack Lang, le 1er septembre 2017 à Paris. - Bertrand Guay - AFP

Alors que les baromètres sur les personnalités politiques renouvellent régulièrement les noms testés, certains font des pieds et des mains pour y rester, par peur de disparaître de l'opinion.

Ils répertorient plusieurs dizaines de noms et rythment la vie politique. Les baromètres de popularité, comme les sondages en général, sont tour à tour accusés de faire l'opinion ou de ne pas la refléter de manière assez représentative. Pour beaucoup d'hommes et de femmes politiques, ils constituent néanmoins un marqueur important.

Quelques mois après les débuts du gouvernement Philippe II, les récentes études montrent par exemple que certains ministres sont encore peu connus du public. Le 28 septembre, un sondage d'Odoxa révélait même que plus d'un tiers des Français (38%) ne connaissent pas le Premier ministre. Un chiffre qui fait écho aux difficultés d'Edouard Philippe à "imprimer sa marque", comme l'a constaté à plusieurs reprises Emmanuel Macron, et qui a poussé le chef du gouvernement à se faire davantage présent dans les médias.

Etre ou ne pas être testé

Les baromètres d'opinion ont donc un effet plus ou moins direct sur la stratégie des hommes et femmes politiques. Mais ils sont à double-tranchant: ils peuvent booster une personnalité, ou au contraire la faire apparaître comme secondaire quand elle en sort. Car comme le souligne L'Opinion, qui s'intéresse ce vendredi au phénomène, ces baromètres ne sont pas extensibles.

Celui que réalise l'Ifop pour Paris Match teste 50 personnalités, celui de Kantar Sofres pour Le Figaro Magazine 42. L'enquête Ipsos pour Le Point propose 33 personnalités au jugement des Français, et celle d'Elabe pour Les Echos répertorie 28 noms. Dans la dernière étude de Kantar Sofres, la plus large, consacrée aux "cotes d'avenir des personnalités politiques", on retrouve Ségolène Royal, Martine Aubry mais aussi Marion Maréchal-Le Pen et Brice Hortefeux. Cécile Duflot y apparaît également, alors qu'elle est absente des autres. Des femmes et hommes politiques importants, mais qui ne sont plus au premier range de l'actualité politique. A l'inverse, de nombreux ministres actuels n'y figurent pas.

"Ce sont des classements implacables. Les gens pensent qu’ils sont connus mais ce n’est souvent pas le cas. Benjamin Griveaux a, par exemple, passé toute la campagne présidentielle à la télé et il se retrouve au fin fond de la liste", explique aussi le rédacteur en chef d'un journal. 

L'entourage de Jack Lang tente de le faire réintégrer au classement

Certaines personnalités n'hésitent pas à solliciter les instituts quand leur nom ne figure plus dans la fameuse liste.

"Pendant la présidentielle, je n’ai eu aucune remarque sur les sondages d’intention de vote que j’ai réalisés. En revanche, j’ai eu droit à des coups de fil amicaux au sujet du baromètre de personnalités", explique au quotidien Bernard Sananes, le fondateur d'Elabe.

Parmi ceux qui ont tenté leur chance, les anciens ministres Jack Lang et Jean-Louis Borloo, qui sont sortis du classement de l'Ifop en 2015 et s'en sont ému. 

"Le ministre de la Culture de François Mitterrand écrit encore régulièrement à la direction de Paris Match et à l’institut de sondages pour y être réintégré". Une information confirmée auprès du Lab par le magazine lui-même, qui évoque "un mail une à deux fois par an". 

Une méthode qui perdure

"Durant le quinquennat de François Hollande, Cécile Duflot avait aussi été éliminée quelques mois de ce classement. Mais un de ses proches était intervenu afin qu’elle retrouve son rang, dans la perspective de la présidentielle de 2017", détaille aussi L'Opinion.

Une pratique qui n'a apparemment toujours pas disparu, puisque le cabinet de la ministre des Sports, Laura Flessel aurait beaucoup insisté pour qu'elle figure au tableau de l'Ifop. Le 2 octobre, un sondage Harris Interactive indiquait qu'elle était l'une des ministres avec les meilleurs cotes de confiance: 53% des sondés ont indiqué lui faire confiance, contre 52% pour Nicolas Hulot. Tous deux étaient au mois de juin apparue comme les personnalités politiques préférées des Français, le ministre de la Transition écologique tenant la tête du podium, devant sa collègue. 

Charlie Vandekerkhove