BFMTV

Les maires divisés face à la question de l’accueil des migrants

La question de l'accueil des réfugiés provoque la division dans les mairies.

La question de l'accueil des réfugiés provoque la division dans les mairies. - BFMTV

INFOGRAPHIE - Ces deux prochaines années, 24.000 réfugiés arriveront en France. Entre bonne volonté, inquiétude et problèmes financiers, les maires doivent prendre position sur leur accueil. Coup d'oeil sur ceux qui y sont favorables, ceux qui s'y opposent et ceux qui posent leurs conditions.

Problématiques financières, positionnements politiques… Accueillir des réfugiés n’est pas une évidence dans toutes les communes de France. Dès l’annonce de François Hollande de l’arrivée de 24.000 réfugiés supplémentaires, de nombreux maires ont aussitôt proposé leur aide et manifesté leur bonne volonté. D’autres, en revanche, n’hésitent pas à refuser tout de go d’accueillir de nouveaux arrivants: c’est le cas des municipalités dirigées par des élus du Front national, dont le message a été clair sur le sujet: "aucune mairie Front national ou du Rassemblement bleu Marine n’accueillera le moindre immigré clandestin".

Quel que soit le parti ou la couleur politique des édiles, la question divise. Il suffit de prendre 15 exemples significatifs pour s'en rendre compte.

Les Républicains sans position commune

Chez Les Républicains, en attendant le séminaire sur l'immigration le 16 septembre prochain, aucune consigne officielle n’a été donnée par la direction du parti. D'ici là, à chacun des élus d'estimer la situation. Certains ont immédiatement annoncé qu’ils accueilleraient des réfugiés, comme Alain Juppé à Bordeaux ou Gaël Perdriau, le maire de Saint-Etienne. Chez les élus de Roanne et Belfort, c’est la distinction religieuse qui permettrait l’accueil des réfugiés: Yves Nicolin et Damien Meslot ne souhaitent accueillir que des chrétiens, persécutés par Daesh. Une façon "d’avoir la certitude absolue que ce ne sont pas des terroristes déguisés", selon le maire de Roanne. 

D’autres maires Les Républicains préfèrent refuser tout net, notamment dans le Nord: le maire du Touquet, Daniel Fasquelle, a ainsi rappelé les difficultés actuelles des communes de la région vis-à-vis de l’immigration vers l’Angleterre. De son côté, Xavier Bertrand, maire de Saint-Quentin, dans l'Aisne, estime ne pas pouvoir gérer des réfugiés. "Je ne sais pas les accueillir, je ne sais pas les former, je ne sais pas les intégrer, je ne sais pas leur donner un emploi", a-t-il expliqué cette semaine sur Europe1. Même logique chez François Baroin, élu LR de Troyes, qui assure que sa ville est déjà "en surcapacité". "On ne peut pas avoir des Calais partout en France", a-t-il plaidé.

La question des moyens agite à gauche

A gauche, le PS a lancé par la voix de Jean-Christophe Cambadélis un appel à la mobilisation, suivi par de nombreux élus de grandes villes. Mais les difficultés matérielles rendent les promesses parfois difficiles à réaliser. Olivier Dussopt, qui exhorte les pouvoirs publics à agir davantage par la voix de l’association des petites villes de France qu’il dirige, assure que des communes sont disponibles, mais que les maires concernés "souhaitent des précisions et des modalités sur les moyens".

Lui-même reconnaît d'ailleurs dans Le Figaro que sa commune, Annonay, croule déjà sous les demandes de logement d’urgence, et qu’il ne pourra sans doute pas accueillir de réfugiés. Anne-Lise Dufour, députée-maire PS de Denain, dans le Nord, justifie, elle, son refus par les difficultés sociales connues par sa ville.

Le problème touche de nombreuses municipalités, et oblige certains maires à s’exprimer à rebours des consignes dictées par leur parti: accueillir, oui, mais avec quels moyens lorsque sa commune est déjà en difficulté ? Du côté du Front de gauche, qui a lancé un appel à la solidarité, François Asensi, député-maire de Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, rappelle dans un communiqué que l’Etat "a coupé les vivres des collectivités en leur retirant 11 milliards d’euros". Une façon d’expliquer la difficulté des communes à accueillir des migrants, malgré "l’indispensable devoir de solidarité". Même refrain chez Patrice Bessac, maire communiste de Montreuil, qui explique au Parisien que sa ville "n’en a pas les moyens".

Des inquiétudes et des réticences que le gouvernement cherche à dissiper, à travers différentes réunions organisées cette semaine. La plus importante aura lieu samedi, au ministère de l’Intérieur avec les maires volontaires, pour lancer le dispositif d’accueil.

Ariane Kujawski et Olivier Laffargue