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Les gilets jaunes vont-ils abandonner les mobilisations du samedi au profit du dimanche?

Des gilets jaunes à Lorient.

Des gilets jaunes à Lorient. - Fred TANNEAU / AFP

Pour la quatorzième fois consécutive, le week-end se parera de jaune dans l'Hexagone. Mais alors qu'il atteint ses trois mois, le mouvement semble marquer le pas. Le soutien des Français dont il jouissait jusqu'alors s'effrite, et la lassitude progresse dans les rangs des manifestants, qui envisagent pour certains d'autres formes de mobilisation.

Malgré sa comparution ce vendredi matin devant le tribunal correctionnel de Paris, Eric Drouet l'assure: il sera mobilisé pour le 14e week-end d'action des gilets jaunes. Accusé d'avoir organisé le 2 janvier dernier dans la capitale "une manifestation sans autorisation préalable", ce chauffeur routier, devenu l'une des figures du mouvement six, encourt mois d'emprisonnement et 7500 euros d'amende. Pas de quoi refroidir les gilets jaunes, qui ont encore prévu de battre le pavé ce week-end. 

"Dimanche jaune"

Mais si les gilets jaunes sont déterminés à poursuivre la mobilisation, des interrogations naissent sur la forme à donner au mouvement, à l'heure où il célèbre ses trois mois.

Selon la préfecture de police de Paris, trois manifestations et quatre rassemblements ont été déclarés pour la journée de samedi dans la capitale et une manifestation et un rassemblement pour la journée de dimanche. Le 17 février marquera en effet l'anniversaire exact du lancement du mouvement. Entre déclarations d'intérêt et de participation, la page Facebook "ACTE 14 - Tous à Paris pour le Dimanche Jaune - Acte XIV" attire déjà 10.000 internautes. 

Les organisateurs ont apporté quelques précisions, bien que le trajet paraisse encore flou, évoquant un rendez-vous à 11 heures au niveau de l'Arc de Triomphe, un départ du cortège à 13 heures, pour "un parcours déclaré de 7 kilomètres", qui passerait par les Champs-Elysées, l'Assemblée nationale, le ministère du Travail (rue de Grenelle, dans le 7e arrondissement), le Mur pour la Paix et le Champ-de-Mars.

Le texte développe ensuite les intentions des manifestants: "On ne lâche rien! Pour la justice sociale, pour le climat, pour la démocratie! On réclame des Etats généraux citoyens pour le peuple et par le peuple et pouvoir ainsi instaurer démocratiquement le RIC et toutes nos revendications. Nous voulons changer de monde!"

Le retour au rond-point? 

Cette idée de se retrouver plutôt un dimanche entre en écho avec des aspirations qui se répandent parmi les gilets jaunes. La lassitude de se mettre en marche tous les samedis est évoquée par certains dans un article du Parisien ce vendredi.

Benjamin Cauchy, gilet jaune toulousain mais largement décrié par les membres du mouvement, y est cité et livre un autre argument en faveur des démonstrations de force dominicales: "Cela permet d'associer les salariés, les retraités, les familles et les commerçants et artisans qui travaillent le samedi. Les salariés pauvres, comme les caissières ou les étudiants peuvent aussi s'y joindre".

Autre proposition du Haut-Garonnais: en revenir aux ronds-points et aux actions ponctuelles. "A Toulouse, les organisateurs songent à sortir du centre-ville. Ils veulent revenir sur les périphéries, bloquer les grands centres commerciaux, des grosses enseignes nationales et internationales et se dissocier des casseurs", fait-il valoir.

La bataille de l'opinion 

Le rond-point plutôt que le défilé parisien, le blocus d'un supermarché plutôt que la procession dans le centre-ville de Toulouse, Bordeaux ou d'ailleurs, cette dichotomie est de plus en plus portée par l'opinion. Le sondage Elabe diffusé mercredi par BFMTV témoigne d'un net coup d'arrêt dans le soutien des Français au mouvement des gilets jaunes. Celui-ci s'affaisse fortement, au point que 56% des gens pensent désormais que la mobilisation devrait s'arrêter. Les sondés maintiennent cependant leur sympathie, pour 58% d'entre eux en tout cas, aux manifestants. 

Au centre de ce paradoxal décrochage, on trouve l'idée qu'il existerait désormais un hiatus entre les aspirations initiales des gilets jaunes, schématiquement incarnées par les ronds-points, et les manifestations du samedi. 64% des personnes interrogées estiment ainsi que les mobilisations du samedi se sont écartées des premières revendications.

Robin Verner