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Jérôme Rodrigues et trois autres gilets jaunes blessés portent plainte 

Jérôme Rodrigues, l'une des figures connues parmi les gilets jaunes, interviewé par BFMTV le 27 janvier

Jérôme Rodrigues, l'une des figures connues parmi les gilets jaunes, interviewé par BFMTV le 27 janvier - BFMTV

Ils ont également porté plainte contre le Préfet de police de Paris, Michel Delpuech, pour complicité.

Il avait annoncé ce mercredi qu'il ne "lâcherait pas", Jérôme Rodrigues a tenu parole. L'une des figures des gilets jaunes a en effet déposé plainte ce jeudi, en compagnie de trois autres manifestants blessés, pour violences volontaires avec arme par les forces de l'ordre, a-t-on appris auprès de leur avocat.

Ils ont également porté plainte contre le Préfet de police de Paris, Michel Delpuech, pour complicité. 

"Nous avons déposé ce jour devant le doyen des juges d'instruction (...) quatre plaintes criminelles avec constitution de partie civile pour violences volontaires aggravées par personne dépositaire de l'autorité publique, en réunion et ayant entraîné une mutilation permanente; et complicité de violences volontaires aggravées contre X et contre Michel Delpuech, préfet de Paris", a déclaré à l'AFP Me Arié Alimi.

Blessures multiples

Ces quatre plaintes concernent Jérôme Rodrigues, qui affirme avoir perdu l'usage de son oeil droit à cause d'un tir de lanceur de balle de défense (LBD) le 26 janvier à Paris, Sébastien Maillet, qui a eu la main arrachée samedi dernier selon lui par l'explosion d'une grenade près de l'Assemblée nationale, ainsi que Franck Didron et Antoine Coste, qui affirment également avoir perdu un oeil à la suite de tirs de LBD lors de manifestations dans la capitale. 

"Nous avons déposé ces plaintes car nous avons perdu le lien de confiance avec le parquet de Paris, compte tenu de deux faits graves qui se sont déroulé hier." "Il y a eu violation du secret de l'enquête dans l'affaire Rodrigues, s'agissant de l'expertise qui ne pouvait être détenue que par les services de l'IGPN", l'Inspection générale de la police nationale, a encore détaillé Me Arié Alimi.

Mercredi, BFM TV a révélé que selon les expertises, le sang retrouvé sur la balle de LBD remise à l'IGPN par son avocat n'était pas celui de Jérôme Rodrigues. 

"Par ailleurs, il y a eu des mesures d'intimidation par les services de l'IGGN (Inspection générale de la gendarmerie nationale, NDLR) contre M. Sébastien Maillet à l'hôpital Georges-Pompidou" à Paris, a ajouté Me Alimi, qui dit avoir des témoignages, des vidéos ainsi que des enregistrements vocaux de la scène.

Selon lui, les enquêteurs de l'IGGN qui se sont présentés mercredi après-midi devant la chambre d'hôpital de M. Maillet, ont refusé de quitter les lieux, comme le demandaient MM. Maillet et Alimi, les obligeant à faire intervenir la police pour les faire partir.

Deux demandes d'expertises ont également été déposées devant le tribunal administratif de Paris.

L'usage du LBD condamné

Le premier référé-expertise concerne la grenade GLI-F4, "pour connaître la puissance réelle et également la composition du gaz lacrymogène émis par ces grenades", a précisé Me Alimi. Le second concerne le LBD 40, dans le but d'"obtenir des explications sur la puissance effective de cette arme et sur l'adéquation entre les munitions utilisées et l'arme".

Jeudi, le Parlement européen et des experts des Nations Unies (ONU) ont condamné l'usage "disproportionné" de la force par la police dans les manifestations.

Dans une résolution votée par 438 voix pour, 78 contre et 87 abstentions, les députés européens ont "dénoncé le recours à des interventions violentes et disproportionnées de la part des autorités publiques lors de protestations et de manifestations pacifiques" en France.

Un groupe d'experts des droits de l'homme de l'ONU a quant à lui dénoncé un droit de manifester "restreint de manière disproportionné" en France. "Les autorités devraient repenser leurs politiques en matière de maintien de l'ordre pour garantir l'exercice des libertés", appellent-il dans un communiqué.

Hugo Septier avec AFP