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Les défenseurs de l'environnement ulcérés par la décision du gouvernement sur les pesticides

Le gouvernement a tranché. La distance minimale nationale entre les champs sous pesticides et les habitations ou les écoles sera de 5 à 10 mètres. Une nouvelle bien loin de réjouir les militants écologistes qui dénoncent le poids des lobbies sur notre antenne.

Le gouvernement a finalement tranché. D'après nos informations, dans un décret qui entrera en vigueur au 1er janvier 2020, l'exécutif a décidé de fixer une distance minimale nationale entre les champs sous pesticides et les habitations ou les écoles. Et cette distance sera de 5 mètres pour ceux de culture basse et 10 mètres pour ceux de culture haute.

Une distance dérisoire pour les associations et militants écologistes qui proposaient de fixer une distance minimale à 100 ou 150 mètres suivis par plusieurs maires qui ont déjà pris de leur côté des arrêtés allant dans ce sens, soutenus notamment par EELV (Europe Ecologie Les Verts).

Des arrêtés pris dans 47 communes

C'était notamment le cas de Daniel Cueff, maire de Langouët, en Île-et-Vilaine, qui avait pris cet arrêté, suspendu le 27 août dernier par le tribunal administratif de Rennes:

"Quand on m'a annoncé ça hier soir j'ai cru que c'était une fake news, je n'ai pas voulu y croire", explique-t-il au micro de BFMTV. "Pour moins respirer ces produits il faut 150 mètres (...) Et ces 150 mètres ça n'est pas une interdiction de l'agriculture, elle est au contraire souhaitée, mais sans pesticide."

Si de son côté le gouvernement dit s'appuyer sur les recommandations de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), pour Daniel Cueff ses préconisations vont surtout dans le sens des intérêts de certains lobbies:

"Le gouvernement a cédé à une pression (...) Le président avait dit qu'il était d'accord avec mes intentions mais j'ai envie de lui dire qu'en politique il n'y a pas que les intentions qui comptent il y a aussi des faits. Et aujourd'hui les gens ne sont plus en position d'accepter d'être empoisonnés. La bande de recul de 150 mètres c'est très positif, ce n'est pas du tout contre l'agriculture et ça peut l'aider à se passer de produits de synthèses très dangereux." 

Le maire de Langouët l'assure, il continuera le combat avec les 46 autres communes à avoir pris des arrêtés créant des distances d'éloignement avec les pesticides.

Les intérêts des lobbies "avant la santé"

L'écologiste Yann Arthus-Bertrand, fondateur et président de la fondation "GoodPlanet", est le premier a avoir réagi à l'annonce de ce décret vendredi soir sur notre antenne:

"J'ai l'impression que c'est un poisson d'avril. Je ne peux pas croire qu'aujourd'hui les lobbies soient plus forts que la santé de la population et que la santé publique. C'est même insultant pour les gens qui se battent depuis si longtemps contre les pesticides", a expliqué le photographe avant de poursuivre:

"Je n'en reviens pas. Je suis atterré par ce que j'entends. Après avoir entendu ce qu'a dit le président Macron sur les conséquences sur la santé de l'épandage des pesticides et voir qu'il prend ces arrêtés, je n'y crois pas", a-t-il ajouté, choqué par la décision de l'exécutif.

"Une décision anecdotique"

David Corman, secrétaire national EELV et député européen était également l'invité de BFMTV ce samedi matin. Il a qualifié cette décision d'"historique": 

"C'est au moins la première fois que l'Etat reconnaît qu'il y a un danger (...) Le problème, c'est le côté anecdotique de la décision. Une zone tampon de 5 à 10 mètres ça a peu de sens (...) Il faut avoir le courage d'en tirer les vraies conclusions", a-t-il jugé.

Selon lui ces quelques mètres ne sont pas suffisants pour protéger la population. Pour autant David Corman a appelé à ne pas stigmatiser les agriculteurs en les prenant pour responsables, mais au contraire de les aider à changer de modèle pour aller vers une culture paysanne et bio: "Les agriculteurs sont victimes du modèle qu'on leur a imposé (...) Ils sont complètement prisonniers."

"Nous (les écologistes) ne sommes pas contre eux, nous sommes leurs alliés dans ce combat", a finalement conclu le secrétaire national EELV. Quant à la porte-parole du parti écologiste Sandra Regol, elle juge "extrêmement grave" cette décision de l'exécutif:

"Le gouvernement a décidé de trancher entre la sécurité de la population et les besoins de certains syndicats agricoles. Il n'a pas choisi de protéger la santé de la population et ça c'est extrêmement grave parce que ça ne coûte pas très cher de mettre en place ces arrêtés", a-t-elle regretté.

"Contraire à la protection des citoyens"

Une incompréhension également pour l'association France Nature Environnement, qui dénonce le poids des lobbies comme l'explique à BFMTV son porte-parole Benoît Hartmann:

"C'est exactement la demande du syndicat majoritaire agricole (FNSEA). Ce syndicat dit '5 à 10 mètres ok on peut' et ils ont la malhonnêteté de dire qu'ils ne pourront pas cultiver à cet endroit. Ce n'est pas vrai, on peut cultiver sans pesticide. Quand l'Etat dit on va mettre en place cette distance, il met en place la recommandation de Christiane Lambert, c'est à dire d'un syndicat (FNSEA) qui défend des intérêts privés qui selon nous sont contraires à l'intérêt public et à la protection des citoyens."

Ce décret sera soumis à une consultation citoyenne dès lundi sur les sites internet des ministères concernés (Santé, Agriculture et Ecologie), qui durera trois semaines.

Manon Fossat