BFMTV

Le navire FN tangue, mais peut-il couler?

Marine Le Pen après sa rencontre avec Emmanuel Macron à l'Elysée le 21 novembre 2017.

Marine Le Pen après sa rencontre avec Emmanuel Macron à l'Elysée le 21 novembre 2017. - LUDOVIC MARIN / AFP

Le Front national est confronté à une série de difficultés sans précédent, sur le plan financier, judiciaire, idéologique. Avec en toile de fond des doutes sur la capacité de leadership de Marine Le Pen et une baisse du nombre de ses adhérents.

Tous les signaux sont dans le rouge. Depuis la défaite de Marine Le Pen à la présidentielle, l'état de santé du Front national interroge régulièrement. Mais ces derniers jours, le parti est confronté à une accumulation de mauvaises nouvelles sans précédent. La formation d'extrême droite, emmêlée dans des problèmes financiers et en délicatesse avec les banques qui ont fermé plusieurs de ses comptes, vient de lancer un nouvel emprunt patriotique pour assurer son fonctionnement. Elle est également mise en examen, tout comme sa présidente, dans l'affaire des assistants du Parlement européen.

Lors du dernier scrutin, les élections territoriales en Corse, une terre que le FN avait jusque-là bon espoir de conquérir, il a été éliminé dès le premier tour. Marine Le Pen, relativement absente dans les médias, ne bénéficie d'une très bonne image à l'Assemblée nationale, où l'un des députés frontistes a d'ailleurs fait défection au profit des Patriotes. La crise est donc multiforme. Mais peut-elle suffire à signer la mort du parti en pleine refondation?

Déception historique

Ce n'est pas la première fois que la question se pose avec cette radicalité: à la fin des années 90, avec le départ de Bruno Mégret, le parti était déjà donné pour mort, y compris par ses observateurs les plus sérieux. Ce qui n'a pas empêché l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle le 21 avril 2002. Pour le politologue Eddy Fougier, le Front national subit actuellement le contrecoup d'une déception historique.

"S'il y avait dans l'histoire contemporaine une possibilité pour le parti d'accéder au pouvoir, c'était bien en 2017", explique le chercheur associé à l'Iris, contacté par BFMTV.com.

"Ce qui est étrange c'est le décalage entre la situation actuelle du FN et son score à la présidentielle. Il est dans le même état que le Parti socialiste alors qu'il a fait 21% au premier tour et le PS 6%", ajoute Eddy Fougier.

"Pas du tout" l'intention d'arrêter la politique

Comme il le rappelle, la déception a commencé avec le débat d'entre-deux tours que Marine Le Pen elle-même a reconnu avoir raté, et qui a donné le sentiment que le stratégie du parti n'était pas la bonne. Comme le souligne Eddy Fougier, la question de l'avenir du parti est étroitement liée à la personne de Marine Le Pen et à son image. Sébastien Chenu, porte-parole du parti et député frontiste, estime qu'elle a "pu être déçue" après la présidentielle, mais il ne le sent "pas du tout déprimée". "Il faut se méfier des gens qui enterrent rapidement. Marine Le Pen en a sous le pied", ajoute-t-il, cité par l'AFP. Mercredi soir sur le plateau de TF1, la présidente du FN a affirmé n'avoir "pas du tout" l'intention d'arrêter la politique.

"Tant que mon pays aura besoin de moi, je serai là", a-t-elle ajouté.

Mais ses déclarations ne suffisent pas à faire oublier d'autres signaux: pour les prochaines élections européennes, la liste ne sera pas conduite par elle, et ne portera donc pas le nom Le Pen. Tout un symbole, car comme le rappelle Eddy Fougier, c'est avec les européennes de 1984 que le FN a réalisé son premier gros score à l'échelle nationale, et en 2014, le FN est arrivé largement en tête à ce même scrutin, qui lui réussit plutôt bien. Fin novembre, la patronne du FN évoquait aussi la perspective d'un autre candidat qu'elle à la tête du parti et donc à la prochaine présidentielle.

Cafouillage à l'Assemblée nationale

Au-delà de ces déclarations sans doute calculées, Marine Le Pen est décrite comme étant peu présente à l'Assemblée nationale et à la commission des Affaires étrangères. Quand elle ne se trompe pas d'amendement, comme c'est arrivé lundi dans l'hémicycle, alors qu'elle s'avouait "perdue dans ses documents". A part sa venue sur TF1 mercredi, elle est aussi relativement absente des médias. Lors de sa venue à l'Emission politique le 19 octobre sur France 2, le programme a réalisé la pire audience de son histoire, avec 1,74 million de téléspectateurs. Mais fidèle à sa stratégie de victimisation, le parti, qui s'estime la cible d'une "persécution" de la part des banques, se dit aussi "discriminé" par France Télévisions et "écarté des rendez-vous d'information et des magazines" des chaînes publiques. Il a annoncé ce vendredi avoir saisi le CSA.

Pour Eddy Fougier, l'enjeu pour le FN est désormais de "tenir jusqu'au congrès" du mois de mars. Mais dans cette perspective, "Marine Le Pen va devoir rassurer les cadres sur sa compétence", explique-t-il, estimant qu'on a affaire à une "quasi vacance du pouvoir" au FN.

"On accusait Florian Philippot d'être à l'origine du problème de stratégie du parti, mais le plus dur désormais pour Marine Le Pen, ce n'est pas que les problèmes persistent malgré le départ de Philippot, c'est ce problème d'image. Elle apparaît comme quelqu'un de pas compétent, et qui ne travaille pas les dossiers".

"Dégringolade" des adhésions

En interne, le parti est enfin confronté à une baisse du nombre de ses adhérents. Dans un communiqué envoyé mercredi, le secrétaire général Steeve Briois évoque 51.487 adhérents à jour de cotisation au 19 novembre. Le parti revendique aussi 81.000 adhérents statutaires, c'est-à-dire y compris ceux qui n'ont pas - ou pas encore - renouvelé leur cotisation. Mercredi sur TF1, Marine Le Pen a cité le chiffre de 53.000. De quoi faire ironiser Florian Philippot, l'ancien numéro 2: "Les adhésions sont en chute libre, en dégringolade totale. Ils viennent d'ailleurs de lâcher le chiffre de 51.000 adhérents, moi je pensais qu'ils étaient 100.000", a-t-il déclaré sur Sud Radio ce vendredi. En octobre, Marine Le Pen évoquait en effet 100.000 adhérents lors de l'Emission politique.
Charlie Vandekerkhove